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dimanche 28 janvier 2018

Adieu Gary Cooper

Adieu Gary Cooper est un groupe sacrément addictif. Groupe suisse de Genève ; Par adoption pour l'auteur-compositeur et chanteur Nicolas qui français, arrive à Lausanne il y a 10 ans peaufiner son doctorat en mathématiques et algorithmes. Les mélopées qu'il signe depuis la sortie du premier album de 2014 Bleu Bizarre sont pop rock, garage, post-punk, electro, montrant la panoplie complète des cordes à son arc. Il y en a de toutes couleurs, de toutes tailles, mais elles ont en commun d'être puissantes et aiguisées et cet opus pop folk fourni d'humour est excellent. Le trio offre une énergie contemporaine, lucide, un univers artistique singulier. Il est mis en valeur par les textes en français, une prise de risque qui prouve que la langue est tout autant poétique que musclée, aussi mélodieuse que rebelle, allant comme un gant (de boxe) à la tonalité révoltée des Adieu Gary Cooper. Au printemps dernier parait le grandiose album Outsiders qui attrape mon attention illico. Le style dansant, les arrangements réussis et le jeu de guitare de Paul Becquelin, de Perrine Berger, les harmonies au synthétiseur de Nicolas Scaringella avec la patte de Vincent Hänggi à la batterie, à la basse pour l'enregistrement dans son studio, tout séduit et s'accorde à la perfection. Les amateurs de french-pop, d'Eli et Jacno, Bijou, Lilidrop, des nouveaux groupes underground de New-York ou de Berlin peuvent se délecter.


La belle révolte d'Adieu Gary Cooper dont le nom vient du roman de Romain Gary est décrite dans la bio du groupe 'Entre opium et helium, Adieu Gary Cooper a gardé son odeur de couloir d’hôpital, sa dynamique d'aire d’autoroute américaine où les fantômes de John Fante et de Jim Harrison désespèrent du monde moderne.' On retrouve dans les chansons de l'esprit de la Beat Generation mais aussi du style incisif, bref, insolent avec un peu d'anticonformisme classe et percutant à l'image de la pochette du disque. Outsiders commence avec Il commence à faire noir, où batterie, basse et guitares s'élancent sur un tempo endiablé et du fin sarcasme très plaisant, décongestionnant. La mélodie nous emmène dans un train de notes, fait sautiller sur un quai de gare où l'envie de danser comme un apache à la mesure du tambourin, saisit. Les couleurs métaphoriques envoûtantes nous entrainent dans la mélopée de Solitaire volontaire avec son synthétiseur qui enveloppe l'attention. Puis Docteur (donnez moi quelque chose) continue sur un tempo enthousiaste et immédiat. Les mots chantés en français claquent, sonnent sincèrement rock et se fondent à la mélodie entêtante. Sur le ring pop, on lâche l'éponge à l'écoute du langoureux Travailler c'est mal payé qui délivre toutes les influences des Gary Cooper comme le Velvet Underground avec ce constant décalage entre le tempo et le sens des mots ; Idem sur Les doigts dans la prise de Bleu Bizarre où l'harmonica taquin accompagne un texte psychédélique. La plume acerbe et nécessaire, de manière intemporelle, glisse somptueusement.



Les arrangements rock et pop de Coupe les gaz sont explosifs s'alliant à une invitation spontanée romantique. Le musclé Outsider aussi efficace et fichtrement bien construit arrive avec son tempo et son 'resiste, ne te désiste pas' 'en garde' qui prévient qu'il ne vaut mieux pas poser un genoux à terre. La profusion de notes dansantes est belle, imparable, la batterie et le synthétiseur poppeux à couper le souffle. Le titre bouillonne d'énergie avant le groove élastique de Ligue B qui offre une guitare électrique tendue, magnifique sur la voix de Nicolas libre et gracieuse, merveilleusement obstinée qui porte du psychédélisme et de la matière éloquente. Facultatif déploie ses ailes folk en écho pour évoquer un éloignement, des sentiments qui prennent l'eau, via une volute pop aux reverbs progressives splendides. A l'image du boxeur, du footeux, du sportif qui demeure un outsider, La solitude du coureur de fond continue sur le thème de l'effort, de l'adversité qu'Adieu Gary Cooper insuffle, comme une allégorie, sur tout l'album. Là encore les cordes des guitares transpercent le titre solide et entrainant,  nous fait chanter en choeur les 'papapadada' sur la verve mélodique tonique. L'harmonica boucle le très acidulé album Outsiders qui est à mes oreilles une des meilleures surprises et créations pop de 2017. Quand je serai mort termine l'odyssée pop en douceur et fulgurance à la fois qui correspond à l'univers musical des Adieu Gary Cooper, plein de sensibilité écorchée, décidée, pollinisée de rock et de mélodies obsessives accrocheuses. Le lumineux et coloré Outsiders est signé chez Cheptel Records, label de Nicolas Scaringella et de Robin Girod, à découvrir.
AdieuGaryCooper
CheptelRecords




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vendredi 26 janvier 2018

Pale Lights

Pale Lights est un groupe d'indie-pop américain conduit par Phil Sutton, un anglais exilé à New-York, un favori dans ma collection avec son univers en point de repère qui correspond à ma recherche d'émotions. Je les adore parce qu'ils ont des références artistiques, littéraires, cinématographiques, bien sûr musicales et qu'elles apparaissent furtivement, comme pour un jeu pisté sur partitions. Le leader Philip Sutton, amoureux des livres, travaille au quotidien pour The New York Public Library, passionné d'histoire et d'histoires. Il compose des mélodies pop lumineuses pour refléter ses paroles qu'il puise délicatement dans ces diverses influences culturelles. J'évoque les productions de Pale Lights en 2014 sur Piggledy Pop : "Musicien, chanteur, compositeur et arrangeur, il fait ses armes au sein de multiples groupes Kicker, The Projects, Velocette, The Soft City et récemment son nouveau projet, Pale Lights.



Avec Kicker, Phil Sutton signe deux albums chez Track & Field entre 1999 et 2002. Puis l'anglais s'exile à New-York où il met en place The Soft City avec des membres de Kicker, de Comet Gain et des Ladybug Transistor, un premier EP en 2007 sur Cloudberry Records, puis un autre en 2008 qui aboutissent à un album éponyme en 2010 signé chez Plastilina Records, enfin un autre EP en 2012 Four Stories. Entièrement composés, écrits par Phil Sutton, ils sont tous enregistrés dans le fameux studio à Brooklyn de Gary Olson. Les poppeux de The Soft City offrent des mélopées rythmées, joyeuses et dansantes à l'âme sixties que je conseille chaleureusement." "En 2011 Phil Sutton s'allie à Lisa Goldstein, pour peaufiner un sublime EP sous le nom de Pale Lights qui ravira le club des fans de Lloyd Cole et qui comprend Andy Adler, bassiste dans Crystal Stilts."
PaleLightsPiggledyPop2014



En 2014 Pale Lights offre l'album Before There Were Pictures, sublime et épuisé, il s'est vendu formidablement comme un petit pain et le groupe persiste en novembre de la même année avec l'EP Fourteen Stories Tall suivi au printemps 2016 de l'EP Seance for Something. Le magique titre Jean, Bring the Flowers apparait en novembre dernier pour annoncer le tout nouvel album de décembre 2017 The Stars Seemed Brighter ; j'ai de la veine d'avoir mon exemplaire vinyle issu des 300 parus signés chez le précieux et esthète label allemand Kleine Untergrund Schallplatten, enregistré et mixé chez et par Gary Olson, producteur et leader du groupe Ladybug Transistor dans son studio Marlborough Farms Brooklyn.

La féerie commence avec 100 years qui ouvre l'album dans sa valse de cordes de guitares jouées par Phil et Andy Adler, de basse avec Maria Pace, dotées du synthétiseur avec Kyle Forester ornées de la batterie romanesque de Lisa Goldstein. Le texte romantique, presque old-school fait danser sur ses sujets qui effleurent la mémoire et l'amour. Son auteur la décrit ainsi : "The title is a reference to a line in a biography I read about the poet and artist William Blake, whom I love. The biographer was writing about London at the time of Blake’s birth. He said something like '-250 years ago the stars over London would have been more visible, the night sky would have seemed much brighter-' "
L'envie de danser nous prend quand le tumultueux et irrésistible Mother Cries arrive aux oreilles avec ses arrangements rock garage, solidement tendus pour se marier au tambourin d'Hamish Kilgour. Phil nous invite à son bras pour swinguer le beau moment de I Will Not Pray où il entonne magnifiquement les notes fleuries d'âme pop avec le solo de guitare d'Andy pour offrir sa main à une mystérieuse muse prénommée 'Mary'.



Les guitares poursuivent leur scintillement avec la fantastique mélodie You Were My Sweetheart et toujours la voix de Phil Sutton, somptueuse sur le saxophone assuré par Gary Olson. Suit le métaphorique Jean, Bring The Flowers qui représente un temps passé quand l'art représentait la beauté mais aussi une sorte de critique politique, adaptable selon le côté où l'on se trouve "Jean bring the flowers into the room, Jean bring the flowers into the room, We’ll be lifted by those blooms, Bring the sunlight into our darks lives". Le côté de Phil est celui du pacifiste comme décrit dans The Army Game, titre cristallin avec un soupçon vintage sur fond néo-romantique où Phil évoque sa longue lignée de militaires de la british army et des vétérans en général qui n'ont pas toujours la reconnaissance méritée à leur retour de combat. La gracieuse qualité de la composition et la myriade de notes virevoltantes sont percutantes dans Poor Old Ruby Ellen ; La guitare électrique de douze cordes qu'Andy accompagne parfaitement les harmonies vocales alliées de Phil et de Suzanne Nienaber. Le thème leitmotiv qui revient flotter sur les paroles de Pale Lights est le rêve qui gagne toute sa splendeur sur The Sounds via son clin d'oeil à la Jean-Luc Godard. La saisonnale Coming Up For Air est pour moi le petit bijou de l'album. Comme un voyage initial, un retour aux valeurs, décrivant les sensations, les paysages, comme dans un des romans d'Orwell où le protagoniste revient dans son village natal du Oxfordshire, le même que Phil, faisant vibrer le morceau de vérité et de vécu. Goodnight ferme le pas, d'une allure vive et poétique, avec des attaques claires et franches de guitares et une rythmique, des arrangements à la finesse pop pertinente. Pale Lights offre du rêve comme d'habitude, de la lumière et de la romance avec le chant de Philip tantôt chaleureux tantôt fiévreux qui fait son effet sur The Stars Seemed Brighter, à se procurer.
PaleLights





samedi 20 janvier 2018

Kidd

Je suis toujours fan de l'écossais Stuart Kidd quand un de ses disques m'arrive aux oreilles, toute ma colonne vertébrale se met à vibrer. L'auteur-compositeur de génie, le maestro Kidd signe le 15 décembre 2017 un nouvel album au nom souriant Where are the Strange People? 
Extrait du billet de 2014 que j'écris sur le multi-instrumentiste et interprète de talent "Stuart Kidd est à mes yeux un des meilleurs musiciens écossais de l'indie-pop et la compétition est de haut niveau. Originaire de Glasgow, le ménestrel est professeur de musique dans la vie, maestro pop sur la scène. Multi- instrumentiste, il commence à bruler les planches au sein des BMX Bandits en jouant de la guitare, mandoline, batterie, glockenspiel, percussion, flûte et en chantant aux côtés de Duglas T Stewart qui dit "Stuart Kidd seems to play with more Scottish groups today than possibly any other musician"



"L'écossais joue aussi avec ses compatriotes, St-Deluxe et le groupe Jonny avant de joindre Snowgoose en 2012 pour l'album Harmony Springs, qui comprend les musiciens d'Isobel Campbell, Jim McCulloch, Dave McGown, la chanteuse Shirley Collins, Raymond McGinley des Teenage Fanclub et Stuart Kidd qui écrit, compose, chante et assure la batterie. Le prodige Kidd fait également partie de Cineplexx, Pearlfishers, accompagne Nick Garrie, Stevie Jackson." "...un garçon génial multi-instrumentiste qui assure la batterie pour Euros Childs, crée le groupe The Wellgreen aux côtés de son ami Marco Rea, avec qui il joue également dans le projet solo de Stevie Jackson. Toute la troupe de copains, avec Roy Moller, aussi talentueux les uns que les autres, ont monté le label Barne Society, basé à Glasgow, que je conseille." A noter et à découvrir absolument, son autre mais pas des moindres projet Dr Cosmo's Tape Lab !
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Je ne taris jamais sur les groupes de indie-pop écossais parce qu'ils sont eux-mêmes inépuisables de qualité et parce qu'ils sont naturellement pop comme indépendants. La liste est longue... les artistes écossais doués, tenaces, inspirés (comme nos rugbymen au chardon) : The Vaselines, Belle and Sebastian, Franz Ferdinand, Aidan Moffat (Arab Strap), Mogwai, The Delgados, Travis, Cocteau Twins, The Jesus And Mary Chain, Primal Scream, Boards of Canada, Texas, Eurythmics, Simple Minds, Wet Wet Wet, Emma Pollock, Idlewild, King Creosote, Teenage Fanclub, BMX Bandits, Camera Obscura, David Byrne, Del Amitri, Isobel Campbell, Calvin Harris, The Incredible String Band, The Orchids, The Pastels, The poems, Alasdair Roberts, Trash Can Sinatras, Stevie Jackson, Ed Muirhead, Lonely tourist, Chris Rea (Wellgreen), Roy Moller, TeenCanteen, Joe McAlinden, Edwyn Collins, Orange Juice, Norman Blake...et en y regardant de près, on s'aperçoit que Stuart a travaillé avec une grande partie de ceux-là.

Il y a chez Kidd un don inné pour la composition de mélodies et du savoir-faire pour les mettre en mouvement, en relief. Petit prince de l'harmonie comme Brian Wilson, Gruff Rhys, Donovan, il signe des titres sunshine, mêlés de pop psychédélique, baroque, scindée dans une volupté sixties mais bien contemporaine côté arrangements, samples et paroles. Souvent Kidd dépose dans ses textes, les petits bonheurs quotidiens, l'appréciation de la nature et sa beauté, les sentiments touchants pour ses proches. D'ailleurs, Where are the Strange People? commence avec la gracieuse Little Flower d'abord concoctée mélodiquement sur un synthétiseur Arturia avec lequel Stuart s'amuse à dénicher des sons pour être peaufinée des années plus tard en bijou. Guitare, rythmiques, petit piano acheté à Stirling en se produisant à Tolbooth, lieu historique et réputé en Ecosse pour ses concerts et exhibitions artistiques animent An Afternoon in April.



Suit la magnifique Cyan Seren qui se réfère à la disparition d'une amie et à l'étoile qu'il achète en sa mémoire. La ballade mélancolique emmène délicatement et intelligemment dans une atmosphère astrale. L'envoûtement pop cosmique continue avec le chant somptueux de Stuart, qui porte sa voix dans l'évocation et jamais la démonstration provocatrice sur Independence Day, titre au tempo chaloupé signé de l'artiste irlandais Ian Thistlethwaite avec qui Kidd travaille. L'amusant titre suivant, Satellites, avec ses samples raffinés et amplifiés nous livre l'histoire imagée d'un type que Stuart rencontre dans un avion pour New-York et qui travaille dans une compagnie spatiale à vérifier les trajectoires de satellites. L'orchestration est digne d'un voyage interstellaire avec un alunissage en douceur sur la stratocaster. Dans le même esprit Callisto, troisième lune du système solaire, satellite naturel de Jupiter, arrive avec ses cordes et son enregistrement initial sur un 4 pistes pour un instrumental en orbite avec le leitmotiv. Le musicien offre un superbe Modified Radio Birdsong doté d'une recherche harmonique d'orfèvre, orné de loops et de sa voix remixée au vocoder. Quand Baby Bird joue ses notes ensoleillées au rythme des cordes boisées et de la grosse caisse, l'inspiration de l'auteur est nourrie par la photographie du nouveau-né d'amis. Misty's Golden Years offre des notes et des arrangements de casio sautillants pour évoquer le destin pas joyeux d'une femme célibataire serveuse dans un café avant le politique Looking For The Way Out qui porte sur le Brexit. Sur le plan mélodique, et malgré mon petit désaccord sur le sujet, ce titre me plait beaucoup, tant il m'apparait comme une véritable pépite pop ; Intemporelle, excellente, comme Little Lucy sur HOTCHPOTCH, dédiée à sa fille naissante que je peux écouter en boucle encore pendant des siècles. C'est l'instrumental Where Are The Strange People? stylé atmosphérique et psychédélique qui ferme l'album. Le titre montre l’imagination fertile de Kidd, tout son terroir musical, son talent inné pour nous embarquer avec lui au fil d'une escapade intérieure où il nous plonge au gré de ses humeurs. Stuart Kidd signe, après Junk Museum de 2010, Last Chance Balloon de 2011, HOTCHPOTCH de 2015, le récent album-récit Twinkle And The Big Whoosh de décembre 2017, un magnifique Where are the Strange People? chatoyant de musicalité et de sensibilité qui garde au chaud sa place dans la supernova Piggledy Pop.
Kidd



Math And Physics Club

Math and Physics Club, groupe américain originaire de Seattle, qui signe le 26 janvier prochain son quatrième album. Il fait partie de ceux qui comblent mon chevet depuis 2005 et que je glissais volontiers dans mon émission de radio. Je décris ici en 2011 puis en 2014 ma madeleine de Proust pop : "Math and Physics Club, trio pop américain de Seattle, fait partie des 10 groupes privilégiés, rares et précieux, de Piggledy Pop; parmi ceux-ci, il y a aussi les Lucksmiths et Fred Astereo avec qui les Math and Physics Club partagent la scène à maintes reprises. Signés en 2004 sur l’excellent label Matinée Recordings, leur premier EP, Weekends Away ne tarde pas à être remarqué par les amateurs du genre, à être chouchouté par les radios indépendantes. Suit en 2005, Movie Ending Romance, EP de quatre titres, chacun étant brillant et efficace. Après une tournée aux côtés des Lucksmiths, une compilation comprenant les Acid House Kings, Loveninjas, et les Sambassadeur, Math and physics Club sort en 2006 son premier album éponyme. En 2007, le EP Baby i’m Yours permet d’aider à patienter ces trois années pour enfin pouvoir savourer ce superbe deuxième album, I Shouldn’t Look as Good as I do, paru en juin 2010." "En novembre 2013, le groupe amoureux des Smiths et de Tullycraft revient avec l'album Our Hearts Beat Out Loud"
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Nos amis poppeux sont donc de retour en 2018 avec le magnifique album amoureux et dansant Lived Here Before qui s'ouvre sur un jangle et joyeux Threadbare à l'image de l'éternel profil gentleman et l'esprit positif de Charles Bert chanteur et guitariste. Bondissante et chaleureuse, sa voix est comme un phare lumineux dans la tempête de guitares et tambourins déferlant depuis un lustre sur les compositions des Math and Physics Club. D'emblée, l'ambiance romantique nous guide dans une tour de tendresse où le coeur bat par anticipation comme un 'orchestra starting to tune'. Les métaphores musicales qui habillent les textes s'enchainent comme les mélodies voltigeantes façon sucre glace et Marblemouth, gourmande en guitares décrit une nuit partagée au parfum de nostalgie. Broadcasting Waves se dessine aventureuse et audacieuse, souhaitant passer à l'étape suivante 'I built a radio tower to signal your heart, broadcasting waves across the sea in the dark' sur un rythme entreprenant, offert par la basse taquine de Ethan Jones et la caisse cavalière conduite par Kevin Emerson.



Le charme opère sur les accords aériens et langoureux de The Pull of The Tides où tous les sens sont en éveil, engagés et entretenus par l'attente et le désir. Math and Physics Club revient sur la scène avec des titres solides comme Like Cinnamon avec une montée d'arrangements, une mélodie qui gonfle et s'élance majestueuse sur des choeurs, des tambourins velours, une écriture fine aux émotions attisées. Puis prend place l'instrumental Falling for It qui me fait penser de façon attendrie à Jonathan Richman. La guitare acoustique mariée à l'électrique sur la magnifique Dear Madeline offre un moment de nostalgie qui me touche beaucoup - montrant aussi le charisme allié de guitaristes de James Werle et Charles Bert. Ethan quitte sa basse pour jouer l'air enjoué au piano de Take a Number, chanson sur-mesure aux allures country qui laisse galoper la rythmique et s'étoffer l'instrumentation. Past and in Between, impressionnante de qualité, arrive avec son tempo sixties pop garage pétillant, son clavier ébouriffé qui convoque notre attention. La guitare y est aussi impétueuse que grandiose pour une épopée de 3 minutes. L'efficacité des artistes américains se pose sur All the Mains are Down comme s'ils disposaient du talent de composer un air pop sur un claquement de doigts. Les mélodies immédiates entrainent et font danser illico comme Drive to You qui ferme l'album, mêlant la musique et les sentiments, 'i've been in my car, drive to you, i turn on my radio, but i can't seem to find the song that reflects what i'm feeling...closer i get, the faster i drive to you'. Lived Here Before est une leçon ultra-mélodique tirée du passé est bien ancrée dans le présent, avec le persistant talent des Math and Physics Club, tels des courtisans délicats qui conduisent de manière affective au voyage pop ardent et constant.
MathAndPhysicsClub



Tullycraft's Superboy & Supergirl by Math and Physics Club


dimanche 14 janvier 2018

Super Besse

J'adore Super Besse, groupe biélorusse de pop post-punk veinée cold wave, et ce, pour de multiples raisons. Primo, le nom. Secundo, leur esprit, pas politiquement correct. Tertio, leurs titres sont chantés en russe. Au dessus du chapeau, il y a la qualité mélodique et technique qui inonde les chansons et leurs prestations en live. Comme leurs compatriotes Motorama, il émerge de leur univers toute l'âme slave difficile de mettre à terre, suivant le sillage de grands comme Joy Division, The Cure et Bauhaus. Basés à Minsk, le trio signe en 2015 son premier album nommé 63610 qui est le code postal de la station Super Besse en Auvergne et part le présenter au public en Allemagne, en Russie, dans les pays baltes, France, Italie, et sera au festival Eurosonic aux Pays-Bas le 17 janvier 2018. En octobre 2017, le groupe signe son deuxième album appelé La Nuit et sans surprise, les neuf titres sont des joyaux.





Les efficaces et inspirés Super Besse sont Maksim Kulsha au chant et à la guitare, Aleksandr Sinica à la basse et rythmiques, Pavel Mikhalok aux synthétiseurs. Le sublime La Nuit attaque, dégaine le menaçant et solide Predlogenie qui a la subtilité de vouloir dire 'suggestion'. Le tempo endiablé est autant mené par la boite à rythmes que par le jeu de basse, le chant et le synthé. Le titre suivant, Yunost, enchaine sans pause et l'effet est à couper le souffle, hypnotisant et bondissant. Les notes virevoltent sur le thème de la jeunesse évoqué, mis en beauté par la guitare électrique. Les voix en écho ornent l'ensemble pour cristalliser et renforcer l'effet glacial réussi quand Vsega reprend le thème du 'temps' en jouant sa mélodie nerveuse et éclaboussante. Omut suit en happant et paralysant l'attention, comme une spirale psyché qui abolit toute résistance. Le titre parle d'un bain tourbillonnant ; Son tempo révolté ferait devenir punk tout le peuple de Sibérie. Net Nichego poursuit la magie cold avec ses arrangements vitaminés et le chant de Maksim ensorcelant. Les cloches de Noch immobilisent nos oreilles dans une ascèse parfaite. Leur carillon plonge dans un romantisme froid absolu qui commence à fondre pour in fine s'embraser sur Krug et son synthétiseur au tempo tendu, incessant. L'excellence et le somptueux esthétisme sonore continuent avec Strah qui parle de peur. A armes égales, les cordes et claviers scintillent. La rythmique binaire, comme des pulsations cardiaques sur le chant plein de charme, forment un ensemble homogène et donne de l'impulsion sur le dernier titre Doroga Domoi d'une beauté concise totale.
SuperBesse





samedi 13 janvier 2018

Marc Elston

Commençant sa carrière d'auteur-compositeur dans les années 90 avec la formation Bulldozer Crash, Marc Elston apparait avec le nouveau groupe The Liberty Ship en 2003 à Nottingham signant l'opus Tide chez Matinee Recordings inspiré de la veine Sarah Records. En 2014, Marc se remet en selle avec l'alias Franklin's Kite et peaufine de nouveaux titres en studio, des joyaux pop comme le beau Mumble, orchestré avec la complicité de Adriano do Couto du groupe Postal Blue. Je vous invite à écouter les reprises et les inédits de The Liberty Ship sur les compilations du label Matinee Recordings comme celle de The Smiths sur Romantic and Square is Hip and Aware.

Depuis quatre ans, Marc Elston continue son épopée en cavalier seul avec son frère Graeme au mixage des albums magnifiquement construits pour séduire les fans d'indie pop. The Colours They Bring parait en 2016 parfaitement complet avec ses 15 chansons pop. L'auteur-compositeur anglais, le grand songwriter devrais-je dire, griffe ses compositions de rythmes vitaminés, d'un grain de voix sophistiqué, cristallin, de textes somptueux et solides, ornés de partitions de guitares géniales. Les embardées pop qu'il mène avec son âme britpop donnent envie d'y revenir et c'est une joie de recevoir son tout nouvel album I'll Build A Better Castle en ce début d'année 2018.



Marc consacre ses écritures aux endroits qu'il aime, ceux qu'il connait, comme la Normandie où l'artiste a une maison ou encore la vallée de la Loire où il passe ses vacances l'été dernier. De Honfleur, Fécamp, Etretat le voyage se poursuit dans les villages du Loiret et sa vallée, admirant les champs d'épeautre au coucher du soleil. I'll Build A Better Castle nait le long de la Loire l'été 2017 et à son écoute, les mélodies me semblent familières, amicales, comme une évidence du mariage culturel anglais aux contrées françaises visitées. L'ode à la campagne ouvre ses volets sur Le Pire, introduction voluptueuse avant de lâcher l'arsenal de guitares, le nez au vent, sur la vertigineuse I'll Build A Better Castle et son tambourin en lice. La batterie offre une rythmique dansante pour accompagner une histoire d'amour aux remparts hauts mais sensibles.



Puis le manège de notes sur The Great Outdoors fait voltiger la mélodie pop, où guitare et tambourin alliés accompagnent le texte décrivant une géographie étendue pour deux amoureux qui se retrouvent avec la Head In The Clouds. La ritournelle délicate sautille et sonne estivale pour écarter toute inquiétude, tout nuage. De manière logique, pleine d'émoi intimidant, arrive la magnifique Speechless, ancré dans la douceur et le sillage de groupes comme Pale Fountains et Blueboy. I Was Lost évoque le thème du mouvement et des pleins scéniques, agrémenté de poésie et d'arrangements façon Lucksmiths et Lloyd Cole à ravir les amateurs.
Marc fait preuve d'ingéniosité pour les harmonies et de talent mélancolique. Les titres se suivent, surprenants, alternant les tempos comme sur Idle Talk, invitation délicieuse à l'école buissonnière qui donne envie de danser. Le créneau indie continue l'envoûtement avec You Cannot Feed A Family puis Wake Up avec ses claviers aériens typés eighties. Marc Elston poursuit son avancée rafraichissante et colorée comme une carte routière en 3D avec Three Speeds que j'aime beaucoup. Cette mélopée touchante parle d'un cycliste que Marc croise tous les jours sur le chemin de son bureau avec ce regard tendre de l'artiste tout comme l'avis peu positif que ce regard peut avoir avec I'm Glad That I'm Not You. Ici le lieu évoqué est le 'demi-monde' habité d'artistes gonflés et gonflants, fui, soigneusement évité par Marc qui ne les envie pas sur des arrangements extrêmement jolis et une stabilité vocale émouvante, vibrante. Le fort de Marc Elston est de nous emmener par la main à travers ses disques pour une balade d'été, battant la campagne avant de déguster un vin de Loire à l'ombre d'un clocher de village. I'll Build A Better Castle est un voyage poétique, aux ingrédients mélodieux et catchy, à la saveur feutrée ou pétillante, brodé avec qualité et savoir-faire pop.
MarcElston

Normandie by Sundown from MJE on Vimeo.



samedi 6 janvier 2018

Mitya

Sous l'alias Mitya se trouve le maestro Mitya Burmistrov, un artiste russe qui dégaine plusieurs cartes de visite avec sa tête d'angelot et son oreille absolue. Multi-instrumentiste, il joue vraiment de son don et de sa capacité à s'adapter instinctivement au son qu'il produit pour en fondre une sculpture sonore immédiate. Doué et passionné, le jeune musicien originaire de la ville de Kazan est en plus d'être compositeur un producteur accompli. Il grandit dans une famille qui aime la musique et enfant, il infiltre ses oreilles dans les vinyles de ses parents qui écoutent Led Zeppelin, Beatles, Black Sabbath, Elton John, Queen, David Bowie et Supertramp. Grandissant, il apprend à jouer de la guitare, basse, batterie, flûte, piano et commence à écrire des morceaux pop psychédélique, dance et electro.



Mitya apparait en 2015 avec son premier EP Crest et ses titres superbes enregistrés avec La Primavera Orchestra pour les cordes. Suivent les originaux et surprenants singles Christmas Eyes puis Fabula Spatium, l'excellent reprise de Deep Purple Space Truckin', le très cuivré Destination qui marque le thème leitmotiv du voyage. En 2016, paraissent l'EP Meta, le single Omen Over Sky qui précède le deuxième EP Monument de décembre dont tous les titres sont géniaux.

Monument s'ouvre sur Omen Over Sky aux allures psychédéliques sublimes. Je pense autant à la pop des Beatles, Kinks qu'à MGMT et Neutral Milk Hotel quand jouent le clavecin, la flûte et la basse sur la batterie gaillarde et la guitare électrique hypnotique. On plonge dans le bain de la production huilée et addictive en chantant à tue-tête sur "What sound I found? Is it new, is it lightful Blue or delightful for you?". L'envie de danser est saisissante quand 1 Life Is Not Enough déploie ses ailes dance et funky avec sa mélodie qui happe les émotions. Le groove poursuit son ascension avec Easy , superbement menée et affranchie de toute contraintes. Mitya tâte, explore, remplit le silence de son aisance pétillante. Varié et fouillé, son style nous emmène chaque seconde sur des sentiers inattendus étudiant comme un expert pop chaque détail et chaque son. Lumineux, le musicien habité par l'âme de Peter Pan et du super héro aux pouvoirs étendus déclare sa flamme à Sandy sur des arrangements psyché incroyablement beaux. Le magnifique EP termine plein de sensualité grâce à Mariem. Alternant entre un tempo langoureux et stellaire, les harmonies deviennent audacieuses, prenant de la vitesse et de la hauteur, mélodique et cohérente. Mitya signe un Monument efficace, à l'orchestration géniale, qui promet une suite en cascade, admirable.
Mitya





vendredi 5 janvier 2018

Shy Shy Shy

Le groupe est apparu en 2015 au coeur du Danemark avec dans leurs carnets des mélodies qui font resplendir l'esprit nordique, l'âme musicale scandinave . Je suis fondue des Shy Shy Shy. Le duo pop efficace coécrit, co'chante, constitué des talentueux Astrid Cordes et Simon Kjeldgaard. Il émane de leurs compositions de la matière. La musicalité est fleurie sans être gonflée de prétention, la maitrise dans la rythmique est soft et dansante à la fois, le chant ajusté et limpide coule fluide et léger comme une bulle de savon sur un ensemble pop aux notes electro-funk-dreamy.
La première signature a lieu en 2015 avec les EP In the Palm of My Hand, suivi de Do Not Ask et de Soft & Hard. Ces titres apparaissent sur Love Songs du 13 novembre 2015. En 2017, année de leur sacrement indie, le single Beautiful Boys & Girls augure du solide et cela ne tarde pas avec en novembre dernier le deuxième single Making a Fool qui sera sur l'album de 2018 qui vient de sortir des matrices.



J'étais passée à côté de Love Songs au moment de sa sortie et heureusement je le déniche et l'apprécie à sa juste valeur. Soft & Hard ouvre le bal amoureux et les cinq titres forment une grappe romantique à savourer pour la saint-valentin. Do Not Ask qui suit dévoile aussi les formidables batteur et bassiste, Asker Bjørk aux baguettes avec Símun Lindholm Mohr et Daniel Brandt aux basses. La douceur pop énergique galope naturellement dans le casque stereo. Les harmonies vocales sont flamboyantes sur Drive qui nous embarque sur les routes vikings lâchant la pédale et accélérant le tempo pour constamment attraper notre attention . Puis In The Palm Of Your Hand sensuel et atmosphérique lance des notes délicates comme un baiser déposé sur une paume de main . Sa guitare électrique taquine et élégante offre de la reverb qui ouvre la voix au guilleret guiro. Les titres continuent aussi percutants qu'hypnotiques avec le majestueux Anymore, bondissant, langoureux, pour imager une rupture sentimentale sur une interprétation cristalline. Le couple Shy Shy Shy inspiré et lyrique scintille. Love Songs est un mini album au niveau passionnel et mélodique maxi.
ShyShyShy