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dimanche 15 avril 2018

Butcher Boy

Butcher Boy est un groupe que j'adore depuis des années et quand son leader, John Hunt, signe un album, un EP ou bien entreprend une action, c'est réussi. Tout ce qu'il touche se transforme en or. Le premier album Profit In Your Poetry parait en 2007. Butcher Boy fait ses bagages pour une tournée au Royaume-Uni et concocte entre-temps l'EP The Eighteenth Emergency. Le second album ne tarde pas et React or Die sort en 2009. Entre temps, 2008, arrive la fermeture du Club que tient John à Glasgow. Depuis une décennie John Hunt gère le sublime National Pop League où se déroulent des concerts mythiques dans une ambiance pop old-school, ornée de fanzines et vinyles rares. Le NPL accueillera ses habitués pour danser sur les Smiths dans la bonne humeur et la délicatesse indie-pop des larmes et des sourires avec sur scène les Pastels, Franz Ferdinand, Belle & Sebastian, Camera Obscura, Teenage Fanclub et bien d'autres. John est donc un combattant pop de l'ombre et de la lumière.



Butcher Boy, guitariste magicien, auteur-compositeur interprète signe le formidable Helping Hands en 2011 accompagné de Findlay MacKinnon à la batterie, Fraser Ford et Basil Pieroni aux guitares et mandoline, Robert Spark à la basse, Aoife Magee à l'alto, Cat Robertson au violon, Alison Eales à l'accordéon et au piano, Maya Burman-Roy au violoncelle et Anna Miles au chant.

Butcher Boy est de retour en 2017 avec l'EP Bad Things Happen When It’s Quiet. Regard dans le rétroviseur avec mon billet de 2010 : "Mandoline, trompette, cornet, flûte, guitares, violoncelle s’exécutent remarquablement sur des airs pop dignes de Joe Meek, Belle and Sebastian ou Tindersticks. Le jongleur de mélodies avoue dans une interview que ses disques favoris sont signés des Smiths, Aislers Set, Dexys Midnight Runners, Go Betweens et Love Story de Lloyd Cole, marottes musicales loin de déprécier le personnage."
ButcherBoyPiggledyPop2010



Butcher Boy se penche sur l'Histoire pour concocter ses trois chansons chamber-pop de Bad Things Happen When It’s Quiet, s'inspirant de faits passés mis en lumière par son art de la composition. Les arrangements de cordes, la basse et les guitares sur le clavier psyché scintillent sur November 1947, Storm Warning in Effect. Le chant voluptueux inonde la mélopée, avec la rythmique appliquée et riche qui personnifie le thème de la tempête infernale cet hiver 47. John est un amateur de littérature et fondu de sa culture écossaise, il s'en nourrit pour la partager dans ses textes. John Hunt : 'Lyrically though I’d say there is a more pronounced influence… a lot of my favourite writers are Scottish, people like Edwin Morgan and Don Paterson, and I admire the way they can invoke an implicit Scottishness without it being offensive or cloying. Those writers, and the film maker Bill Douglas, resonate with me a great deal more than much in the way of Scottish music'. Puis July 1950, The Captain is the Whale demeure délicieusement ancré dans l'ancien temps. Le clavecin cristallin et la guitare galopent joviaux et tumultueux pour décrire cette folle odyssée vers le Cape Cod National Seashore, ces automnes et hivers après guerre, histoire commune partagée avec la Normandie et Terre-Nova. Le voyage se poursuit, lyrique, épique avec November 1951, Bad Things Happen When It’s Quiet. Le quartet se lie magnifique aux voix de sirènes et à celle de John, puissante, élégante, pour former une histoire sur trois volets harmonieux et sublimes. Les arrangements sont spectaculaires, le tempo héroïque avec la chorale mariée aux instruments, forme comme une troupe résistante radieuse. La conquête des émotions est réussie.
Butcher Boy s'est produit en public en avril dernier pour une soirée unique aux Govanhill Baths, à Glasgow, un endroit superbe qui date de l'époque victorienne dont les bains sont fermés depuis 2001 sur décision de la mairie. Depuis, l'endroit vit grâce à des expositions, lectures de poésie, films, des concerts dont les bénéfices vont à un Trust qui avec cet argent, investit dans la restauration de la splendide piscine qui rouvrira cette année pour fêter son 100ème anniversaire.
ButcherBoy



Bad Things Happen When It’s Quiet est enregistré l'hiver 2017 à Glasgow avec son ami de longue date l'ingénieur, arrangeur, multi-instrumentiste Brian McNeill qui peaufine les chansons de John mais aussi nombre d'autres artistes. Brian McNeill est lui aussi un compositeur que je conseille notamment pour ses albums The Baltic Tae Byzantium paru en 2009 et Back O'The North Wind de 1991. L'album The Baltic Tae Byzantium célèbre les connexions celtiques. Il accompagne un film et des histoires individuelles qui relatent les expériences des personnalités connues ou pas. Elles forment selon son auteur, un tout, l'histoire, la culture et l'identité écossaise qui je le rappelle est intimement liée à la nôtre. Ses chansons et vidéos montrent à quel point le statut de Reine de France à impacté la vie tragique de Mary Queen of Scots, combien la foi de John Knox s'est élevée au sein des congrégations anglaises à Genève et Franfort, ce qui a conduit le Général Tam Dalyell à servir le Tzar Alexis Ier de Russie, ce qu'a vécu Clementina Walkinshaw en suivant Bonny Prince Charlie dans son exil en Flandres, qui fut la jeune fille autrichienne qui changea la vie de James Hunt, le père de Brian, à la fin de la seconde guerre mondiale. Comme l'épopée des Jacobites qui intègre notre histoire nationale, comme l'éternelle Auld Alliance, soulignée de très belle manière, la musique de Brian McNeill et de son ancien, éminent groupe Battlefield Band, mérite une attention particulière. Butcher Boy et Brian McNeill gagnent la mienne, toute.





samedi 14 avril 2018

Scrabbel

C'est sûr, le Scrabble 'is not a tough sport for tough guys'. C'est un jeu qui demande de la concentration et de l'anticipation, pas de speed, ni stéroïdes, et c'est heureux. Le Scrabble fête ses 70 ans cette année et une partie avec Scrabbel dans les oreilles est de mise.

Les Scrabbel ne sont pas pressés comme des citrons, aucune amertume mais de la maturation pour délivrer un EP qui sort en novembre 2017 après presque dix ans d'absence. C'est une disparition à mettre en guillemets puisque l'auteur-compositeur Dan Lee est aussi actif dans d'autres formations et hobbies. Claviériste des Aislers Set depuis 2003 conduis par la grande et très estimée Amy Lindon, Dan Lee est aussi le créateur de deux albums grandioses. Dan forme Scrabbel en 2000 et signe l'opus Scrabble en 2001, puis il part en tournée avec les Aislers Set. Pendant ce temps il écrit et pense à ses propres chansons qui seront signées sur le splendide album 1909 en 2005, enregistré avec une clique d'amis talentueux, la violoncelliste Helen Jo, Alicia Vanden Heuval des Aislers, et Gary Olson des Ladybug Transistor. L'année suivante, Scrabbel contient sa formation fixe de musiciens comprenant Chris Cline, Stanley Lam, Helen Jo et Aya Nakamura qui en 2008 verra la signature de Emily, I. S'ensuit une longue période sans Scrabbel qui revient cet hiver pour mon plus grand plaisir. Dan Lee, à mes oreilles et à mes yeux, fait partie des figures de l'indie pop et avec ses compositions de qualité se classent au même rang que celles des Jim Ruiz, Shebrews, Birdie, Lovejoy, Brighter, Blueboy etc.



Je parle ici de Scrabbel en 2011 : " Une multitude d’instruments orne les fabuleux morceaux, guitares, claviers, tambourins, xylophone, cor, kazoo, orgue Hammond, violon, violoncelle. Les harmonies raviront les lecteurs de Piggledy Pop. Scrabbel propose une pop indépendante griffée lounge, twee, sixties, alternative dans la pure tradition pop indie. Les textes doux et sucrés sont amenés par la voix de Dan Lee, sensuelle et épicée, qui se glisse absolument dans la lignée de Burt Bacharach, Gary Olson, Pelle Carlberg".
ScrabbelPiggledyPop2011

Dan Lee est fort influencé par les sixties, écoutant et aimant les Beatles, Love, T-Rex et les Kinks. Ses chansons sont pensées, finement arrangées twee avec un peu de brit-pop sucrée pour un ensemble solidement orchestré. Le romantisme habille les textes et les cordes les enveloppe avec des harmonies parfois bossa, psyché ou progressif et alternatif façon Yo La Tengo. Sa sensibilité et son style sillonnent ses mélopées et Dan qui joue de la guitare, basse, orgue, batterie, percussions, xylophone, et clarinette peu rendre une flûte disco pop ou un clavecin mellow comme personne d'autre ne sait le faire. Ses deux titres All Night et Summer's End mettent l'eau à la bouche et j'espère surtout qu'ils remettent Scrabbel en selle!
Scrabbel



dimanche 8 avril 2018

Stuart Kidd - You & I

Je suis totalement fan de Stuart Kidd alias Dr Cosmo's Tape Lab que les amateurs d'indie-pop connaissent très bien, je connais d'autres férus et aficionados de Stuart. Le travail de Kidd est brillant et mémorable. Je vous invite à découvrir son univers riche de chansons toutes sublimes sur mes différents billets :
"Originaire de Glasgow, le ménestrel est professeur de musique dans la vie, maestro pop sur la scène. Multi- instrumentiste, il commence à bruler les planches au sein des BMX Bandits en jouant de la guitare, mandoline, batterie, glockenspiel, percussion, flûte et en chantant aux côtés de Duglas T Stewart qui dit "Stuart Kidd seems to play with more Scottish groups today than possibly any other musician". "Stuart Kidd est à mes yeux un des meilleurs musiciens écossais de l'indie-pop et la compétition est de haut niveau". "...un garçon génial multi-instrumentiste qui assure la batterie pour Euros Childs, crée le groupe The Wellgreen aux côtés de son ami Marco Rea, avec qui il joue également dans le projet solo de Stevie Jackson. Toute la troupe de copains, avec Roy Moller, aussi talentueux les uns que les autres, ont monté le label Barne Society, basé à Glasgow, que je conseille."

KiddPiggledyPop2014
KiddPiggledyPop2015
KiddPiggledyPop2018

Autres projets avec Stuart :
TheWellgreenPiggledyPop
StevieJacksonPiggledyPop
RoyMollerPiggledyPop
EurosChildsPiggledyPop



Le 6 avril 2018 parait le nouvel album You & I orné dix titres, une bande son signée de Stuart Kidd qui accompagne le livre You & I écrit par Michael Stephen Clark. Michael est un auteur, chroniqueur et journaliste musical qui offre sa plume pour des biographies, des sujets variés, s'occupe du programme du Scottish National Jazz Orchestra. Il rédige le site historique des fondateurs de Harley-Davidson d'origine écossaise, fonde la plateforme 1320Radio où il anime son émission de radio qui balaie tous les genres musicaux écossais et offre des articles sur les animaux et leur préservation, autre passion qui l'anime. Il travaille pour le Reader’s Digest, corrige et édite des articles sur la Nature et on lui compte depuis les années 90 nombre de nouvelles, d'histoire où l'auteur aime alerter sur le dysfonctionnement de l'humain dans l'environnement.

Michael est un fin limier de musique rock, pop indépendante et allie ses centres d'intérêt en contactant Stuart Kidd pour ce projet qui me tient à coeur. You & I est une histoire qui me touche parce qu'elle est poétique, mélodieuse et surtout, évoque l'amitié, la camaraderie personnifiées par Joe and Alfie, un garçon et son chien. L'histoire montre un exemple de ténacité et de courage face à la détresse et à la peur. Les deux intrépides personnages partent ensemble à la découverte de l'inconnu, à l'aventure, et rencontrent sur leur chemin d'autres protagonistes toujours accompagnés de leur chien. Le meilleur ami de l'homme. Joe rencontre grâce à Alfie d'autres chiens et leurs propriétaires, aux profils et caractères variés. Au fur et mesure de l'escapade, le jeune Joe se rend compte que la nuit et le froid arrivent. Ils pourraient se retrouver vite en danger. Le conte prend forme quand apparait la notion de camaraderie, le besoin d'amitiés, face à l'adversité, quand surgit le pire.



You & I est un conte magnifique. Stu Kidd apporte son talent, son lyrisme et son expérience personnelle. Michael dans son processus de création et d'écriture a d'abord été séduit par la chanson de Stu Alfie issue de l'EP Notes de 2012 qui parle de son fidèle compagnon, titre dédié à son propre chien, Alfie. Touché par la chanson, Michael a illico trouvé le sujet de son histoire qui parle de ce doux et fidèle compagnon. C'est ce titre Alfie qui ouvre l'album décrivant la complicité qui peut être infiniment belle entre un bipède et un quatre pattes. Je souhaite à chacun de la vivre. Quand Stu chante 'You and I can make it' sur le tempo de la basse, du clavier galopant et aérien, on entre dans l'histoire d'un pas assuré. La fibre pop psychédélique de l'artiste a ce panache à la Harry Nilsson qui me charme sans cesse. La simplicité se mêle au génie, montrant une intelligence sans faille. L'instrumentation est fleurie, surprenante comme sur Question où la voix de Stu sensationnelle sur la guitare électrique rythme l'aventure des deux compagnons 'let me ask you a question, who is your best friend, in the whole wild world, take your time, think about it' ; Ce petit chef d'oeuvre nous laisse une porte ouverte sur la question de la responsabilité et comment chacun l'entreprend. Les couleurs surgissent belles et soyeuses dans le vert de l'herbe où les notes de guitares sautillent sur A First Time For Everything, d'une fraicheur immense. Cette impression kaléidoscope se poursuit sur Neighbourhood, zoomant sur ce qui entoure Joe et créant une ambiance fourmillante de personnages, arrangée avec un tempo entêtant et efficace.



Le livre est en format e-book avec les chansons de Stuart en écoute au fil du récit comme pour The Polka Dot Girls qui évoque les deux vilaines filles que rencontre Joe. Le titre montre joliment le style narratif de Stu et l'ampleur de son don pour la composition de chansons délicates, à plusieurs octaves, qui accrochent immédiatement. Eyeball arrive comme une bombe pop excentrique et perfectionniste dont l'air dansant, de haute-voltige, va comme un gant au personnage jongleur nommé Eyeball. La batterie endiablée sur le clavier taquin de Waldo parle du toutou un peu fou Waldo que son maitre ne parvient pas à tenir. Les tribulations de tout ce petit monde à travers la ville de Glasgow sont habillées du style psyché sixties remarquable, de la voix de Stu qui me fait fondre sur Shapes And Shadows. Chaque instrument trouve sa place de manière fantastique et équilibrée entre les mains du magicien multi-instrumentiste Kidd . Idem sur le titre Where Are You? qui à mes oreilles, est la pièce maitresse de l'album. Fantasmagorique, gorgée de douceur, avec un rythme qui démarre sur les chapeaux de roue, la mélodie animée de guitares obsessives fonctionne à merveille pour accompagner la peur de perdre un être cher, et partir à sa quête de façon acharnée et obstinée. Le dernier titre You And I en chorale décrit bien, via la pléiade de voix, la force de l'amitié. Les harmonies happent les oreilles avec sa ritournelle sertie d'un alliage de guitares, de basse, batterie et claviers où règnent toute la fantaisie et le brio de Stuart Kidd. You & I suscite du plaisir, de l'émotion. Michael Stephen Clark étend son talent à l'illustration du livre qu'il peint lui-même. Ses mots, enchevêtrés et réunis avec les mélodies et les géniales créations de Stuart Kidd forment un You & I digne d'un voyage pop au sens noble du terme. You & I est classé dans le panthéon des disques chéris par Piggledy Pop.
You&I



Michael Stephen Clark : "Alfie’ immediately conjured up images in my mind of companionship, fellowship and being ‘out in the world’ with your best buddy. I felt it had been a long time since we had a story about a wee boy and his dog with lots of picaresque antagonists, quirky humour, and some songs to listen to as you read.
Stu’s music references much of the most memorable pop melody of the last thirty years, and a lot of whic was, I would argue, character-led. You need only think of Eleanor Rigby, Polythene Pam, or just about anything by Ray Davies to see that I’m right!
Stu is more than a torch-bearer though. His songs have great empathy, a quality that I fear is sadly lacking in what passes for contemporary pop in the 21st Century."

samedi 7 avril 2018

Shannon & The Clams

Shannon & The Clams sont de Californie et véhiculent leur univers musical pop psychédélique post-punk efficacement depuis 2009 avec leur opus I Wanna Go Home. Le deuxième album suit en 2011 Sleep Talk suivi de Dreams in the Rat House en 2013 et le formidable Gone By The Dawn produit par Sonny Smith (Sonny and the Sunsets) en 2015. SonnySmithPiggledyPop2009

La jolie constance du quartet d'Oakland, Shannon Shaw à la basse et chant, Cody Blanchard à la guitare et chant, Nate Mahan à la batterie et Will Sprott au piano et claviers, nous délivre le cinquième grandiose album Onion ce mois de février 2018. Leur style est feutré de doo-wop et de pop stylée surf, mods, avec une tendance rockabilly, toujours dansant, finement mixé, supra vitaminé. Pour couronner de solides influences et un savoir-faire technique brillant, les musiciens ont de l'inspiration et de l'humour. Onion, produit et poli par Dan Auerbach (Black Keys) est un album pourtant écrit dans une ambiance sérieuse et solennelle puisqu'il est composé pendant les tristes événements qui se produisent à Oakland l'an passé, l'incendie de la salle de concerts Ghost Ship en décembre 2016 où 36 personnes perdent la vie. Le groupe y a joué souvent et compte des amis parmi les victimes. L'album leur est dédicacé.



Même si on perçoit cet hommage émouvant dans les titres Backstreets, Don't Close Your Eyes et Strange Wind, les Shannon & The Clams produisent malgré tout un album qui leur ressemble positif et constructif y mêlant les notions de sentiments, de fête, de danse et de musique. The Boy envahit la platine dès que le diamant se frotte aux sillons. L'âme de Buddy Holly apparait dans le jeu de guitare fifties et la voix de Cody quand celle de Joe Meek apparait dans le jeu de Will au Korg endiablé. It's Gonna Go Away livre une mélodie ultra dansante, fantastiquement véloce. Les guitares ciselées, les baguettes de la batterie gaillardes, fort denses, montrent toute l'expertise de la production. Le chant de Cody contient une énergie spontanée et nous embarque, somptueux et touchant, sur Backstreets entonnant 'where do we go when there's no place to run'. Les guitares y scintillent, comme sur If You Could Know où c'est au tour de Shannon de vêtir le titre de sa voix rocambolesque, pleine de soul et d'harmonies. Les myriades de rythmes font opiner nerveusement du chef, les reliefs ensoleillés de l'instrumentation subjuguent. Puis les UV viennent nous faire fondre sur la mélopée I Never Wanted Love où l'orgue se déchaine sur la voix rockabilly de Cody qui détrône la mèche huilée façon Jailhouse Rock d'Elvis Presley. Onion et son ambiance underground psychédélique offre un beat mods déjanté, et les hanches ont juste envie de se déchainer comme sur un Count Five, Small Faces, Action ou Reaction.



La voix de Shannon rejoint à la perfection la guitare de Cody sur le sublime Did You Love Me, titre le plus calme de l'album mais fort et puissant en distorsions de guitares, en échos dans le chant, en notes de Moog remplies de blues. L'interprétation continue d'envoûter sur le tumultueux et énervé Love Strike où clavier, orgue, batterie, basse et guitare deviennent joyeusement frénétiques comme sur I Leave Again, intense de vitalité. Le style vintage revient sur Tryin' aux trémolos explosant de notes panachées avant Tell Me When You Leave, fifties, power-pop élegant et old-school, avec Shannon et Cody menant un duo de grand talent. Shannon & The Clams sculptent leur propre style, retro, avec leur interprétation délicieusement punk et révoltée comme sur Strange Wind qui accroche l'attention et la décoche. L'hommage aux amis perdus continue sur le dernier titre Don't Close Your Eyes où la voix de Shannon et le texte émouvant font frissonner. L'américaine décrit son sentiment dans un article 'Everyone around us was hurting so bad and not really knowing what to do with their pain'(...)'That was how I was dealing with my own grief and fear, was to try and come up with a way to make other people feel good'. Shannon & The Clams signent un Onion fortifiant qui ne fait pas pleurer dans les chaumières mais apporte bien de l'enthousiasme et de l'entrain. A déguster absolument!
Shannon&TheClams



The Loch Ness Mouse

The Loch Ness Mouse est un groupe mené par un maestro de la pop norvégien Ole Johannes Åleskjær. Loin d'être débutant, Ole est un actif sur la scène indie depuis plus de 18 ans et cette année, il signe son cinquième album éponyme The Loch Ness Mouse, véritable keepsake musical qui marque notre époque, dessinant l'actualité avec poésie et des mélodies galbées, sculptées pour danser. Ole compose des airs alternatifs, pop, rock d'abord dans un premier groupe formé en 1992 avec son frère Jørn Åleskjær et dès 1999 sous le nom The Loch Ness Mouse avec Christina Høgetveit qui l'accompagne magnifiquement au chant, ils signent l'album Flair for Darjeeling, suivi en 2002 de Key West, en 2004 Cargo-An Introduction To The Loch Ness Mouse puis New Graffiti en 2009. Jørn signe en 2014 un bien bel album vinyle à découvrir, I´m So Glad I Spent This Day With You, produit par Ole, sur lequel il invite des amis en duo comme Gary Olson des Ladybug Transistor et les musiciens de I Was A King. Jørn offre ce mois de juin 2017 la très belle reprise du titre Shouldn't Have To Be Like That de Fra Lippo Lippi qui plaira inévitablement aux amateurs des années 80.
JørnÅleskjær



Après presque une décennie, pour The Loch Ness Mouse, Ole s'entoure d'une équipe d'artistes talentueux et brillants comme Sondre Lerche à la guitare et chant, Anne Lise Frøkedal de I Was A King à la guitare et chant, de l'auteur-compositeur Magnus Hængsle, Nick Terry au mixage (qui travaille avec Primal Scream et The Libertines), Emil Nikolaisen présent depuis les débuts, aux arrangements de cordes, auteur-compositeur, ingénieur et producteur fameux connu pour ses groupes Serena-Maneesh, Royal, Extol et musicien de Todd Rundgren.
Les influences sont typées pop eighties et seventies dans le sillage de Prefab Sprout, Style Council, Aztec Camera, Talk Talk et de la scène C-86 qu'il aime. Dès l'amorce de l'album partagée avec Anne Lise sur Warm Circuitry, la qualité des harmonies saisit et la justesse du chant séduit. On plonge dans le passé grâce au texte avec cette impression d'un flash-back appuyée par les arrangements disco-pop resplendissants. Les mots se balancent et voguent sur les thèmes de la musique et l'amour, sur fond d'optimisme, les jolis leitmotiv de l'album que l'on retrouve sur le magnifique jazzy Restore my Ears accueillant le grand Sondre Lerche. Le piano et ses métaphores y sont honorés, mis en beauté par l'ensemble lumineux d'instruments à cordes . Puis Bamboo (Love Is Not Cool) avec Magnus Hængsle arrive, sautillant et joyeux, pour évoquer la Chine que The Loch Ness Mouse connait bien pour y avoir offert de multiples concerts.



Pour ne pas faire de jaloux, on fait un saut de puce pour atterrir au Japon avec la vertigineuse ballade The Cherry Blossom in Japan qui s'immisce dans les oreilles, envahit et titille l'épiderme. Comme il est de coutume en Norvège, les duos habillent les titres à l'image de la générosité et l'esprit d'équipe de Ole, qui délie une mélodie somptueuse, une voix de velours sur Simple Song For a Bookstore. Puis le tempo reprend allègre sur Pretend It's Not So et ses mots pleins de lumière, ses cuivres et ses 'papapa' éblouissants chantés en chorale. La rythmique langoureuse ornée de guitares pastorales ennivre sur A Different Life qui parle des prémices musicaux d'un artiste en herbe pour enchainer sur le tempétueux et dynamique Rain Checks. Batterie et guitare électrique s'allient et façonnent un morceau aux contours seventies magiques. Puis on vibre à l'écoute des quelques secondes de Write To Me Anything avant Epoxy, sensuel, dont la délicatesse joyeuse des harmonies et l'agencement alternatif de la mélodie éveillent. Pourtant le fabuleux disque touche déjà à sa fin, avec Tristessa, feu d'artifice mélodique qui crée une émotion particulière et finit de combler avec ses notes de violons et de guitares entêtantes, au schéma pop imparable et splendide. The Loch Ness Mouse est un album réussi et abouti, à la veine scottish dotée de l'âme norvégienne de la brillante famille d'auteurs-compositeurs Åleskjær qui forcément fait son nid au chaud, chouchouté dans la discographie de Piggledy Pop.
TheLochNessMouse



Jørn Åleskjær - Cover Shouldn't Have To Be Like That

mercredi 4 avril 2018

Tutankamon

Tutankamon est un groupe scandinave à côté duquel je suis passée en 2009 quand il signe l'album du même nom, réellement bon à écouter presque dix ans plus tard. Un retour en arrière s'impose. Derrière ce nom de groupe, projet unique, il y n'y a pas de chameaux mais la réunion de vikings et des guitares. Les musiciens qui forment Tutankamon sont les renommés Adam Olenius de Shout Out Louds, Peter Morén de Peter Bjorn and John, Daniel Värjö de The Concretes et Niklas Korssell de New Rose. Peter et Niklas se connaissent depuis le début des années 2000 en jouant dans le groupe The Plan, respectivement à la batterie et à la basse. Peter connait aussi très bien le groupe The Concretes depuis 2002 quand Victoria leur chanteuse vient participer en duo au titre Young Folks pour les Peter Bjorn and John. J'évoque mon intérêt pour la pop suédoise dans un billet sur le Festival ÅÄÖ qui avait lieu à Paris depuis 2009 et a cessé d'exister en décembre 2015.
FestivalAAOPiggledyPop2009
PeterMorenPiggledyPop2008



Les quatre suédois talentueux, prolifiques, se retrouvent de belle manière en studio pour enregistrer dix titres solides, efficaces, se partagent la composition et l'écriture. L'album est donc fourni d'âme rock'n roll, montre un visage pop à profiles multiples et remplit les oreilles pour les faire hautement frétiller. La finesse de l'écriture entre sur la platine avec Starting to Appreciate qui fait décoller les guitares divinement dynamiques. Peter Morèn dégaine les mots avec toujours autant d'élégance, quand la clique d'amis, de chorale, avec un brio digne des Beatles, entonne 'i'm starting to appreciate all the things i already have'. La batterie, la basse et les clap-hands ne désarment pas la rythmique en acier brut quand parvient le titre grandiose Have You Ever Been In Love signé et chanté par Adam Olenius. Les trois minutes sont un délice pop musclé et finement joué par l'équipe. L'esprit de groupe ne quitte pas le drakkar à l'écoute de It's Not Over, écrit et interprété par Adam avec toujours ses fidèles compagnons aux guitares et aux choeurs. Paroles et arrangements guerriers, positifs, parcourent l'échine pour donner une sacrée envie de danser, comme sur le génial Three Of Us. Les harmonies de guitares se croisent, s'emmêlent, et se fondent à la perfection au style notable de Peter Morèn.



Puis Daniel Värjö allié à Peter offre un somptueux New Band in Town, dont le langoureux harmonica habille le titre de volupté. Le morceau, émouvant, parle des instruments, de la mandoline au tambourin et les fait respirer majestueusement, suivi de la batterie royale qui marque l'album d'une énergie généreuse et contagieuse. Les notes de guitares rock s'envolent vitaminées, pour faire bouger les hanches sur Are You Sure où les artistes clament joyeusement 'are you ready for the competition, are you sure?' sur un ton taquin et une mélodie pop griffée par Adam. Quand We Can't Have This Undone délivre des arpèges suprêmement beaux signés de Daniel qui subjugue par son chant d'une force troublante et réchauffe les coeurs. Daniel continue d'empourprer les oreilles armé de sa guitare aux côtés de Peter sur All the Things qui fuse avec une vivacité lyrique nous laissant imaginer un Dexy's Midnight Runners jouant avec le Velvet Underground. Quand l'ambiance pop furibonde de Oh Oh Oh Oh arrive aux oreilles c'est la confirmation que les suédois se sont éminemment amusés en studio. Enrubanné de cet esprit frais et de cette belle humeur, on ne peut que sautiller gaiement sur la mélodie. The Grown-up termine sur une note moelleuse, groovy et lyrique, dans l'échange et le partage de musicalité, de mots chaleureux à l'image de tout ce magique Tutankamon .



lundi 2 avril 2018

Mitchell Johnson

Je suis fan de Mitchell Adam Johnson depuis des années. Le jeune musicien commence en 2006 mettant en place avec son compère Ryan Ruff Smith le groupe Spencer McGillicutty. Depuis, je ne cesse d'être impressionnée par son travail en solo débuté officiellement en 2014 avec un premier EP Half Moon Lane. Mitchell se dessine de plus en plus comme l'étoile montante de la sunshine pop dans le sillage de Paul Williams et de Jimmy Webb. L'artiste américain revient avec une petite bombe pop en mars 2018 nommée Marigold que je classe dores-et-déjà dans les meilleurs productions 2018 sur Piggledy Pop. Les harmonies fourmillent à perdre la tête, les arrangements sont sophistiqués, sensuels, pleins de flûte, de clavecin, de cordes produits, cela s'entend, avec plaisir et amusement. Rien n'est prétentieux chez Mitchell et ce côté terrien, lucide et humble n'aveugle non seulement pas son jugement dans la création mais le fait rayonner. En plus de l'écriture, de la production, il chante et joue de la guitare acoustique, électrique, classique, du piano, de l'orgue, mellotron et du clavecin.



Au sujet de Half Moon Lane, j'écris en 2015 : "La pochette fort belle, et romantique est à l'image des quatre titres pleins de charme. Les mots et les arrangements pop baroque transportent dans une rêverie d'une autre époque et le chant somptueux de Mitchell conforte dans cette sensation. Mitchell qui joue de la guitare acoustique, du piano et mellotron compose des mélodies fleuries d'orchestrations très inspirées. Pour ce faire, à ses côtés il y a le fidèle et magique Tylor Tholl qui assure guitare électrique, basse, piano, orgue, clavecin, melodica, batterie, guitare classique, Korg, glockenspiel, accordéon, shaker, maracas, tambourin, cymbales, cloches, harpe, carillon etc.."
MitchellJohnsonPiggledyPop2015



Autour de lui, pour le chef d'oeuvre Marigold, on retrouve son ami Tyler Tholl qui assure batterie, tambourin, basse, cymbales, cloches, guitares acoustique et électrique, banjo, orgue, vibraphone, synthétiseur et instruments comme l'ocarina, marimba et flûte irlandaise. Il y a aussi le brillant Andy Thompson au violon, accordéon, flûte, basse, guitares, claviers, tambourin et rythmique. Ils sont accompagnés de Nick Syman au trombone, Dan Lawonn au violoncelle, et la participation sur certains titres des amis fidèles Brian Tighe, Paul Hilton aux guitares et Kara Laudon au chant.

La magie opère dès les notes de piano de Through A Mood Indigo dont le texte est signé par Mitchell et Ryan. Les violons et le violoncelle viennent frotter leurs archets avec une délicatesse folle sur le clavecin précieux et le grandiose trombone. Le lyrisme resplendit d'emblée et émeut, inévitablement. Le style indie pop entre en scène façon Jon Brion avec le succulent Keeping Secrets qui ne quitte pas mon esprit depuis qu'il y a niché ses harmonies. La mélodie alternative est un édifice pop fantastique dont le thème intime et discret ne se déshabille pas, pas encore. Le rythme prend de l'ampleur, de la texture sur At Another Stop qui embarque sur la piste de danse comme tout type de pistes. Le tempo emmené par le claphands, le coffre de la guitare acoustique qui se dandine sur la basse magnifique créent une chanson vive et souriante. La douceur touchante des cordes de guitare de Paul Hilton, du piano, sur As we Lie se mélangent à la voix émouvante de Mitchell qui touche secrètement et assurément . Le thème amoureux est chanté avec une élégance romantique séduisante et décidée comme sur Losing Sleep où le gentleman épris rêve d'allonger le temps avec l'élue de son coeur .



Suit dans le même ton et la même ambiance Reveries qui est à mes oreilles un réel bijou intemporel dans la veine de ceux griffés d'Harry Nilsson avec son piano, vibraphone vibrant et sa basse envoûtante. Les arrangements pivotent, roulent et glissent pour dessiner une atmosphère dorée, sentimentale sur Close Enough pour mettre en musique deux coeurs aimantés malgré une distance et le temps qui les séparent. La production des harmonies de Grasshopper est lumineuse, ensoleillée par le tour de chant brulant de Mitchell. L'essence et la matière sensuelle déroulent les partitions de Don't try, une déclaration d'anamour, une rupture, aux contours psychédéliques d'une beauté inouie. Tourniquet Love vient clore l'album avec, présente sur l'ensemble des chansons, la métaphore du manège, du carrousel de mots langoureux, de peaux effleurées, de cordes sensibles pincées et frottées. Mitchell Johnson triomphe par sa voix renversante, ses titres vraiment sublimes au parfum d'éternité et en signant Marigold, il embrasse des grands noms comme Paul McCartney, Brian Wilson et Elliott Smith.
MitchellJohnson



Françoise

J'écris sur Françoise il y a un an, presque jour pour jour : "Tout droit arrivées de Montréal, les premières notes de l'album nommé Amour d'été font resplendir de la douceur yéyé et de la joie de vivre d'antan. 
Françoise est un joli projet qui réunit Marc-André Beaudoin et Jacinthe Riopel, rencontrés lors d'un karaoke, mais oui ! Fans des sixties et de Françoise Hardy, ils se partagent les tâches, duo oblige, depuis leur premier groupe Corail Parc. Marc-André qui jouait également dans Palais, Balmoral et Rose Fargo, se charge de la composition, joue de la basse et de l'orgue quand Jacinthe écrit les textes et les chante. Le couple s'entoure des musiciens du groupe Le Couleur, Patrick Gosselin aux guitares, Steeven Chouinard aux percussions et à la batterie, Félix Dyotte et Laurence Giroux- Do dans les choeurs."

Du premier baiser est le nouvel EP de Françoise comprenant six chansons stylées et parfumées aux sixties qui fleurira le 20 avril prochain. Le bijou yéyé de Montréal est derechef concocté par Jacinthe et Marc-André aux commandes avec à bord les musiciens de Le Couleur . Maritza Bossé-Pelchat de Lisbonne Télégramme vient compléter l'équipage au chant. Jacinthe et Marc-André décrivent leur univers comme 'pop, français, ensoleillé, rétro, drôle et sucré' et aiment écouter Françoise Hardy, Gainsbourg, France Gall, Beatles, Kinks, Zombies.



Le tempo des violons, la rythmique endiablée commencent leur chevauchée yéyé dès l'amorce du bondissant Redis-moi que tu m’aimes. Les arrangements subtiles sur la voix rayonnante de Jacinthe nous rappellent illico les savoureuses mélopées d'antan conduites par Brigitte Bardot, Annie Philippe, Stella ou encore Marie-France. C'est une belle invitation à un voyage dans le passé, quand on secouait les couettes, faisait danser les socquettes devant les Prisunic, l'âme dolente, tentant timidement l'aventure sentimentale du "main dans la main". La mélodie virevoltante habillée de cuivres crée une rétrospective, savamment amplifiée par les mots rétro et old-school. Le souvenir, la mémoire, l'oubli, le rêve, le coeur et la danse prennent forment sur Fais moi danser. Le titre de qualité, au rythme déterminé évoque le flirt avec une allure fort élégante. La myriade d'instruments qui vient orner Jardin fait voltiger le titre au charme vivant et enthousiasmant. La basse grandiose poursuit son galop sur J'ai fini de pleurer où guitare et batterie brillent de mille feux. Le texte et la guitare aux accents vahinés se marient sur le chaud et mélodieux Une île au paradis qui fleure le sable et la pop. Les claviers splendides et le chant soyeux de Fleur bleue poursuivent le voyage dans le temps avec son caractère fougueusement ingénu et spontané. Le croustillant et excellent EP Du premier Baiser de Françoise réhabilite le genre french-pop sixties avec classe et une talentueuse constance.
Françoise



dimanche 25 mars 2018

Friedrich Sunlight

Friedrich Sunlight est le tout récent projet de Kenji Kitahama. Kenji est un des auteurs compositeurs actuels de pop indépendante à marquer sur vos tablettes. Le californien est très actif dans le monde indie et met en place diverses formations dès 1998 avec Skypark quand il apparait sous le nom Brent pour un premier EP chez Matinee Recordings. Puis il adopte le nom Brent Kenji pour son duo avec le suédois Erik Hanspers, The Young Tradition, et l'excellent album Northern Drive de 2005.
Kenji compose et signe l'album This Is Farewell en 2004 pour son autre monitor The Fairways, tout en travaillant des chansons pour d'autres groupes comme Aislers Set et Three Berry Icecream avec qui il coopère sur l'EP Permanent Vacation de 2001 et le récent titre Three Cheers de 2017. En 2007, tandis que Kenji quitte son San Francisco natal par amour, il rejoint l'Allemagne et y retrouve en chemin un ami finlandais de longue date, Andrew Leavitt, pour former The Clay Hips.



L'installation en Bavière se traduit par l'écriture prolifique pour son nouveau projet Golden Eaves. Le single No Other sort en 2015, suivi d'une nouvelle collaboration avec Heiko, et le single magnifique Madeleine (When It Rains) parait en 2016. Ce qui me séduit beaucoup et me fait succomber c'est Friedrich Sunlight où Kenji expose tout son talent de composition en osant des paroles en allemand, réussites, éclatantes d'esprit pop. Le musicien à la voix de velours n'arrête pas. Son univers musical sunshine pop, dans la veine de Burt Bacharach et des Beach Boys, est délivré d'abord sur le single vinyle Nicht ans Meer en 2016 via le label d'Ausbourg Kleine Untergrund Schallplatten (KUS). Le talentueux propriétaire de KUS, Ronny Pinkau, y oeuvre en équipe avec Frederik Jehle et notre ami Kenji qui gère le design. L'autre excellent label de Hambourg Tapete Records accueille aussi Friedrich Sunlight. Ce single est déjà épuisé, il s'est très vite vendu.
Friedrich Sunlight retourne en studio cette année 2016 pour enregistrer l'album du même nom. Kenji est un auteur inspiré et brillant, qui harmonise, arrange avec son oreille absolue des airs fabuleux et s'allie aux excellents Bernd Maier et Thomas Riederer pour les textes pleins de références et de poésie.



Je suis fan de Friedrich Sunlight. Le travail fort complet, fort pop de Kenji qui chante la langue allemande de manière fascinante parlera aux amateurs du genre qui pourront l'écouter allongés sous un ciel bleu et imaginer Roger Nichols batifoler avec Claudine Longet. Le bijou sunshine-pop est enregistré durant l'été à Brême aux côtés du producteur Andy Lewis (Spearmint, John Howard, Paul Weller, etc). Dans les murs, il y a Bernd Maier au piano et à l'orgue, Florian Meya à la guitare électrique qui accompagne Kenji Kitahama à la guitare acoustique, Marc Frank à la batterie, Thomas Riederer à la basse et un quator à cordes.
Le galop dans le soleil prend forme dès l'entrée de Bahnsteig A et son rythme de haute volée lyrique. Evidemment, le thème du voyage est de mise, au tempo du bahn qui roule sur le piano taquin, les guitares fondantes et le chant dynamique de Kenji qui sur Melody fait des bonds périlleux avec humour en entonnant "Es tut mir leid, dass ich es sagte, Dass ich so unverhohlen fragte, Erkennen Sie die Melodie? Und was sagen sie: Fuck off!, Ein Klang, schön wie nie, Wie konkrete Poesie, Wie eine Oper von Russolo, laut und schroff". De manière logique Spuren suit solaire pour illuminer n'importe quel dimanche pluvieux avec son mariage batterie-basse sublime. Le tempo diablotin de Hiddensee alterne entre la cavalcade et le langoureux. Ses choeurs à la Randy Newman et son piano sophistiqué sur la voix déroulent un tapis de notes multicolores. Gütersloh fait un appel du pied à Friedrich Eickhoff, professeur puis recteur, organiste dans la ville de Gütersloh en 1860 et auteur de chansons entrainantes destinées aux enfants de sa paroisse. Le titre commence par des 'papapa' pour décrire avec esprit et drôlerie la vie d'un de ses habitants qui s'y ennuie et finalement apporte un aspect sympathique à la petite ville très connue en Allemagne. Dôme du Goûter offre une mélodie sensuelle grâce au jeu grandiose de la basse. L'écho dans les guitares emmène dans un moment lancinant, suave et dandy au sein d'un café douillet où les acrobaties de voix mellow réussissent leur effet.



Le claphands reprend du service sur Sommer Samstag Abend, véritable merveille sunshine-pop avant la musicalité en apesanteur sixties et douce de Limousine. Quand Drei nach zehn fait chavirer dans une ambiance de soirée sur ses notes futées, alternées, la mélodie ciselée rythm'n blues nous mène jusqu'au petit matin consommé, encore trouble. Les 'houhou' des voix sont vertigineusement dansants. L'orgue entre royal sur Mann mit Hut avec ses harmonies imparables. Kenji est troublant de charme avec ses 'papapa', son sifflement de rossignol sur son jeu de guitare enchanteur. Le tendre boogie de Nochmal von vorn, aérien, procure un plaisir certain. Les envolées de cordes de guitares électriques sur le piano et la batterie, tissées en dentelle, forment un écrin pop précieux. La basse de Nicht ans Meer trottine le nez au vent dans les rues de la ville en rêvant de la plage et les arrangements accompagnent la voix rayonnante, magnifiquement rythmée de Kenji. L'album Friedrich Sunlight est addictif, souriant, admirablement interprété par Kenji Kitahama. Même si l'allemand n'est pas sa langue maternelle il parvient parfaitement à la faire glisser sur la platine comme une sucrerie à la saveur pastorale. Somptueux, Friedrich Sunlight est assurément classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.

FriedrichSunlight
GoldenEavesPiggledyPop2016

KleineUntergrundSchallplatten
TapeteRecords



samedi 24 mars 2018

Nah...

Nah... est un duo jangle-dream-pop constitué de Sebastian Voss, auteur-compositeur et guitariste allemand et de la chanteuse néerlandaise Estella Rosa, également chroniqueuse sur son blog d'indie-pop Fadeawayradiate. Sebastian est inspiré, fertile à souhait, sur la scène depuis 1992 avec son premier groupe Stars Play Music, suivi de The Grindcore Poppies en 2000 crée avec son ami et complice musicien André Bosse. Viendra le groupe The Delicious en 2002 où Sebastian assure de façon fantastique les instruments. A côté de tout cela, il est aussi bassiste et batteur pour Lancaster, dans le sillage des Wedding Present et Pastels. Il met en place son superbe projet synth-pop The Fisherman and his Soul et offre le dernier album en date A Certain Kind of Hug en 2017. 
Sur un des quatre titres de l'EP Summer's Failing de Nah..., sculpté pop estivale, qui paraitra le 30 mars 2018, Kenji Kitahama vient prêter sa voix . Kenji est un musicien californien maestro dandy de la pop, prolifique, connu pour ses groupes Fairways, Skypark, Clay Hips, Golden Eaves et Friedrich Sunlight. GoldenEaves



Le premier titre Summer's Failing qui ne peut que faire gigoter tout fan d'indie qui se respecte est suivi de la reprise de Birdie, Linus. Ballade magnifique, on sautille sur la grosse caisse et la guitare électrique qui entrent animées et vivifiées d'une mélodie sensuelle. Les houhouhou qu'Estella entonne avec grâce donnent une envie irrépressible de chanter en choeur. Puis le tempo de Annie saisit instinctivement, avec ses harmonies pop gouteuses et joufflues. Sa construction psyché sur la mélodie dansante est efficace. L'envie de danser est encore plus vivace sur This Light Will Always Shine avec le mastering brillant de Greg Wislon et le mixage de Tobias Mennemeyer qui travaille aussi avec Sebastian pour The Fisherman and his Soul.
Nah... est une très belle collaboration de divers talents sous la houlette de Sebastian Voss brillant, époustouflant d'âme indie qui j'espère nous comblera bientôt d'un album aussi doré et dansant.
Nah





dimanche 18 mars 2018

Wednesday Campanella

Bricolage électronique alternatif haut de gamme, avec du piano, de la veine garage J-pop, des violons, j'accroche vraiment au style . Une fois n'est pas coutûme et dans ce cas ci, il n'est pas besoin de prendre des pilules, se mettre en transe, pour l'apprécier. Wednesday Campanella est un groupe japonais qui offre un univers kaléidoscope drôle en proposant de la légèreté autant sonore que visuelle. Remède qui va aider à patienter en attendant la coupe du monde de rugby 2019 au Japon.
Wednesday Campanella nait en 2011 de la volonté de Dir.F, leader du label Tsubasa Records qui souhaite mettre en place un projet musical avec le producteur de musique electro-pop Hidefumi Kenmochi. Le musicien, producteur, compositeur, s'occupe des arrangements et écrit essentiellement sur des personnages, des événements historiques. Ils rencontrent KOM I en 2012 et Wednesday Campanella est très vite à l'oeuvre avec un premier mini-album en 2013 Crawl to Saka Agari suivi par Rashomon puis Cinema Jack en 2014. Cette même année parait le quatrième mini-album Watashi wo Onigashima ni Tsuretette qui annonce l'EP Triathlon de 2015. En 2016 le groupe est invité au festival américain SXSW et profite de cette occasion pour lancer l'album UMA.



Les thèmes vont de Marie-Antoinette à Superman en passant par Jeanne d'Arc, Napoleon et Genghis Khan et l'interprète Kom I y ajoute sa belle humeur. Son rythme et son sourire accompagnent ses shows sur scène parodiant des situations aux allures de karaoké ou d'hommage à Audrey Hepburn.
Les instrumentations électroniques sont mariées à des arrangements de piano, de flûte et de voix offrant un style pop japonais et tropical magnétique, extrêmement dansant. L'univers de Wednesday Campanella est en bonus habillé d'humour, ce qui laisse une belle impression d'humilité et de décalage. L'album Superman sort le 8 février 2017 et dès les premières notes de Sakamoto Ryoma, l'envie de danser saisit. Le sujet est d'ores et déjà enivrant puisque Sakamoto est un héro pour les japonais, célébré et fêté, ce chef mythique guerrier de la fin du XIXeme siècle, as du sabre, bataille pour rendre le pouvoir à l'empereur en chassant les étrangers, les barbares. La mélopée est festive, la rythmique entrainante comme celle de Ikkyu-San qui évoque le personnage d'une bande dessinée nationale, un garçon qui s'entraine pour devenir moine. La basse funky réussit un beau tour de force sur la voix énergique de Kom I qui oscille entre la douceur et la fermeté. Puis Genghis Khan semble surgir de ses montagnes sauvages avec les instruments traditionnels mongols mélangés avec dextérité au piano et au synthétiseur. Les arrangements toujours finement alternatifs sont formidablement orchestrés et rendent l'écoute addictive. L'histoire et la tradition mongoles sont de nouveau judicieusement honorées sur le morceau Melos sorti en mai dernier. Fort d'une vidéo comprenant 100 enfants mongols, 100 magnifiques chevaux, Wednesday Campanella avec son titre participe à l'élaboration du Japan Derby main dans la main avec le JRA (Japan Racing Association), avec au passage, un élégant clin d'oeil à la Mongolie du XIIIème siècle.



L'album poursuit avec son tempo virevoltant et Chaplin, qui au prime abord ne me séduisait pas et me semble plus précieux et abouti à chaque écoute. Son mysticisme me laisse imaginer les français Air ou Phoenix déguisés en pokémon, idée qui finit de me transformer en une fan samourai décidée comme les membres du club WedCamp. Suit Audrey qui retrace sur une mélodie dancepop la filmographie d'Hepburn. De manière surprenante, toujours décalée, apposant des univers qui s'entrechoquent, l'instrumentation est aux antipodes du thème souligné. Kamehameha the Great cocktail de sonorités rafraichissantes, où Kom I avance princière avec son chant aérien et vitaminé, parle d'un souverain hawaien et nous donne envie de gigoter, de jouer au lasso armé d'un lei (collier de fleurs hawaïen). La performance du chant est belle sur Zeami, solidement rythmé par les violons et le piano pour parler de l'auteur de noh évoquant le voyage, le rêve, sur un tempo excité et envoûtant. L'alternance d'instruments, de rythmes et de tonalités de voix sont brillantes et efficaces sur Ame-no-Uzume, emblème du shitoïsme. L'ensemble est mis en exergue par Kenmochi, qui se révèle un compositeur hors norme d'electro-pop. Superman est si bien brodé et bricolé, contenant de la dance, de la samba, du funk, de la pop garage, et surtout de l'âme japonaise grandiose qu'il sonne immédiat mais aussi savoureux à reprendre pour le mastiquer dans tous les sens. Wednesday Campanella est un projet inclassable et attention aux oreilles fragiles, c'est un piège captivant auquel Piggledy Pop prête déjà allégeance.
WednesdayCampanella



samedi 17 mars 2018

Nick Batterham

Je suis fan de l'australien Nick Batterham depuis des années. Le maestro de la pop signe ce 14 mars 2018 un album puissant et marquant, qui ne lâche pas mes oreilles : Golden Boy. Avec la fidèle complicité de son label Popboomerang et le talent de son créateur Scott Thurling, je découvre 14 titres somptueux, orchestrés subtilement, aux harmonies lumineuses sur la voix de Nick qui insuffle du charme poétique dans chaque mot.

J'en parle ici en 2014 "Nick Batterham originaire de Melbourne est un auteur-compositeur qui est actif dans son domaine depuis plus de 20 ans. Et ce domaine artistique est large et étendu, va des studios à la scène, à l'accompagnement et arrangement pour d'autres groupes à la création de musique de films et de sons pour la télévision qui lui valent d'être nominé en 2009 au AFI award. Guitariste et pianiste, il est dès 1991 leader du groupe Blindside qui part en tournée avec les Smashing Pumpkins. Puis il intègre des formations sur scène comme INX, Teenage Fanclub ou les Lemonheads, puis forme les Earthmen en 1993. Après avoir concocté avec ces derniers deux albums, il participe au chant de l'EP From the Wrestling Chair to the Sea des Steinbecks, en 1996 conduit le groupe Cordrazine qui se sépare en 1998 et se reforme en 2009, joue de la guitare sur l'album One Eyed Man de Mark Seymour, enregistre, mixe et joue de l'harmonica sur l'album des Summer Cats Songs for Tuesdays en 2009 et assure le violoncelle, les claviers, la production de l'album éponyme des Blackchords la même année. Fort de son expérience, il se plonge corps et âme dans son projet solo 20 ans après les Earthmen avec un opus magnifique signé en 2010, Second Lovers." "Son travail personnel et intime dont les textes dessinent un bilan de son expérience passée est un aboutissement superbe après tant d'années et continue tout en splendeur avec le second disque de 2013, Closing Time At Yah Yah’s." Il sera suivi en 2014 par Lucky Cat puis Self Inflicted, No Sympathy en 2015.

NickBatterham
TheEarthmen



Golden Boy est donc le cinquième volet de Nick Batterham et la poésie, le beau dans l'indiepop atteint ici des sommets. L'enchantement commence dès les premières notes jouées au piano de Golden Boy découvrant le chant cristallin de Nick qui déroule de l'élégance, ornée et cuivrée d'une instrumentation délicate. Le titre phare ouvre magnifiquement l'album qui enchaine sur les guitares dansantes de Nothing Lasts et les paroles 'sing me a song' qui capturent l'attention et les émotions grâce aux arrangements de cordes et ses choeurs entrainants. Arrive No Excuses, intime et romantique, le picking joué à la guitare, forme une ritournelle ronde à l'impact efficace. Il y a dans ce titre autant de sensualité à la 'Sunday Morning du Velvet Underground' que de poésie tellement douce qu'elle devient brute, révoltée, à la 'Baader Meinhof de Luke Haines'. L'écriture de Nick Batterham est à mon avis, actuellement, une des meilleures sur la scène indie internationale. L'auteur-compositeur et multi-instrumentiste continue d'exceller avec la mélopée Never Write A Love Song offrant deux minutes de pureté mélodique. Medals impose une rythmique vibrante au fil du titre qui tisse des liens harmonieux avec violons, cuivres, guitare et la voix de Nick qui envahit et continue de subjuguer sur Perfect Cloud. Véritable bijou voix-piano qui laisse entrer petit à petit basse et cornet, le morceau introduit le rayon de soleil entre les persiennes lyriques de Impossible, déclaration d'amour d'une beauté singulière qui empêche simplement d'alunir.




On reste en apesanteur à l'écoute de Could You Look After Me, aux accords éblouissants, menés de manière alternative pour nourrir la matrice d'harmonies, de mélodies magiques. Lost enchaine aussi agréable et somptueux avant le métaphorique The Prince Of Pascoe Vale. Le musicien crée les passerelles entre le passé et aujourd'hui sur un mélange guitare-voix dosé, émouvant, avant les envolées de cordes de Threadbare où l'ambiance clandestine cimentée par l'écho de la voix, des guitares et la grosse caisse montre la virtuosité de Nick Batterham. Set Things Right dégaine une ode langoureuse, une fable sentimentale impeccable sur un piano caressant et une guitare pleine d'aura. L'âme 'ricaine' de l'harmonica sur Lost In L.A. nous éloigne du rivage brit-pop, nous exile dans une délectation mélodique pour nous ramener à l'élémentaire avec I Know I'm Home. Ce dernier morceau confère à l'album une unité familière et chaleureuse, la volonté décomplexée de parler d'amour et de l'offrir. Nick Batterham écrit et décrit ses sentiments, sombres ou lumineux, les met en musique comme un orfèvre, arrange et harmonise tel un sculpteur. Golden Boy est épithélial, authentique, s'inscrit dans l'intime, enlace et devient un monument de délicatesse .
NickBatterhamGoldenBoy



dimanche 11 mars 2018

Parks Squares and Alleys

J'écris sur le projet de Sergey Khavro en 2016 :"Parks, Squares and Alleys apparait en 2013 avec sa nouvelle cape et un premier ep qui porte bien son nom, Youth, aux traits electro-pop contemporains. Suit le single Forest puis l'album en 2015 Against Illusions and Reality qui dévoile des mélodies originales, sculptées, un peu plus matures et vraiment réussies. Aux manettes du projet c'est le musicien Sergey Khavro qui opère seul enregistrant ses mélopées lo-fi dans son home studio. Inspiré, ses titres sont chaloupés et arrangés avec idée et technicité. J'ai eu un coup de coeur pour Soft Clouds notamment et Bicycle, qui s'inscrivent dans le paysage magnifique que Sergey a sous les yeux, les plaines de Khabarovsk dans l'Est de la Russie."
ParksSquaresAndAlleysPiggledyPop2016



Le jeune artiste déploie ses ailes de compositeur pour offrir un nouvel album ce mois de janvier 2018. Parks Squares and Alleys signe Cold Blood Magic orné de 11 titres dansants et solides. Il est aussi coloré en mélodies, en thèmes qu'en arrangements que Serguey peaufine et orchestre lui-même. La sensation de maturité et de débit d'inspiration saute aux oreilles. Il décrit avec finesse une jeunesse libre, audacieuse en quête d'absolu qui se consume de façon fulgurante sur le premier titre Cold Blood Magic aux sonorités fantasmagoriques avec l'écho grandiose dans les voix et les guitares. L'entrée en matière est symphonique, piano et basse donnent de la consistance avant l'arrivée du clavier et de la batterie psychédéliques de Marmelade Man dont les métaphores faites d'épée en sucre, de peuple confiture, de chateau d'oignons, cavalent pour donner de la noblesse à l'écriture. Le boogie tisse sa toile sur Crayons qui décrit l'idée de conformité sur des harmonies fondantes qui font balancer les oreilles jusqu'à ce que le rythme décolle sur Disco Girl qui fait déménager les meubles. Le baladin russe devient amoureusement intrépide. Les arrangements bondissants propulsent des notes de basse et des riffs de guitares funky. L'ensoleillé et bouillant In Your House conduit par ses guitares s'envole, aérien et cristallin. Man in the Sky, continue dans l'ascension et gravite autour du sujet de l'aveuglement, d'un esprit collectif ignorant qui agit par dévotion crétine.



Puis le tempo s'accélère au rythme d'un coeur vif sur le romantique We're Not Just Friends suivi du battement par minute qui galope guilleret sur Parasites, single de 2016 : "Le titre excellent arrive d'un pas assuré, avec ses rythmiques, sa basse et sa guitare voltigeantes et la voix de Serguey d'une justesse convaincante, très mélodique quand il déclame "Can you see it? That’s the world of parasites. All the people I’ve tried to avoid (I see them around), All the voices I’ve tried to ignore (I hear them so loud)". Le discernement et la lucidité du musicien brille de mille feux dans les harmonies, dans son chant solide, dans les mots et dans l'avancée de Cold Blood Magic. Sa force presque froide devient brulante et passionnée sur le titre qui boucle l'écoute Mist on the River. La rythmique lointaine, au flegme élégant, planant et synthétique est efficace comme répondant au premier titre pour garantir un effet d'homogénéité intelligente à l'album. Cold Blood Magic est une sucrerie pop aussi 'burning' que 'cold' avec un Parks Squares and Alleys plein d'âme, de jardins secrets dont le talent en évolution constante titille et charme assurément. Spasiba, спасибо monsieur Khavro.
ParksSquaresAndAlleys



samedi 10 mars 2018

George Michel

George Michel (1763-1843) est surnommé 'le Ruysdael de Montmartre'. L'artiste peintre, façonné, inspiré par les grands peintres du Siècle d'or hollandais, n'a eu de cesse de reproduire les paysages parisiens et les alentours. Méconnu du grand public, il est le peintre parisien par excellence ayant été le seul à fournir autant de toiles et dessins sur la ville de Paris. Quelques jours avant de mourir il a encore quelques 1000 toiles à vendre. Peut-être trop en avance sur ses contemporains, sa technique et son oeil ne lui apporteront pas la reconnaissance méritée de son vivant ni d'ailleurs de manière posthume. George Michel inspiré par Rembrandt influence Van Gogh qu'il appelle Maître Michel.

Les toiles de George Michel exposées à la Fondation Custodia, parmi quelques quatre-vingts peintures et dessins de collections publiques et privées françaises, viennent essentiellement de Fritz Lugt. Elle se tient au 121 rue de Lille dans le 7ème arrondissement au sein des hôtels Turgot et Lévis-Mirepoix dont la cour s'ouvre sur la rue de Bourbon (renommée en 1792 rue de Lille). 



Construit en 1743 par Anne Robert Jacques Turgot, homme politique et économiste français, ministre de Louis XVI, le bâtiment en fond de cour plein de charme offrait côté rue un premier bâtiment contenant une écurie pour quinze chevaux, quatre remises de carrosses et grenier à foin qui furent remodelés par l'occupant suivant en 1836 la famille Crillon et leurs descendants, les Lévis-Mirepoix. Le comte de Lévis-Mirepoix en 1895 change les anciens communs côté rue en immeuble de cinq étages. Il s'y installe et y vit jusqu'à sa vente à la duchesse d’Estissac de La Rochefoucauld en 1928 qui le vendra au collectionneur et historien d’art Fritz Lugt (1884-1970) qui achète les deux hôtels en 1953.



L'exposition de qualité, rare et exceptionnelle revient au mérite de deux hommes : Fritz Lugt et dans son sillage, Ger Luijten. Fritz Lugt, né en 1884 à Amsterdam est un historien de l'art et un collectionneur dont la singularité sera de consacrer sa vie à inventorier les dessins flamands et néerlandais du musée du Louvre, de la Bibliothèque nationale de France, de l'École nationale supérieure des beaux-arts de Paris où il vit et meurt en 1970 et surtout, de la vouer à collectionner les peintures de George Michel. Sans chercher à s'enrichir, ce passionné au goût aiguisé constitue sur des années une collection unique de dessins, de gravures, lettres d'artistes, de peintures et de livres anciens. Après la guerre, en 1947 il crée la Fondation Custodia, dépose toute sa collection en 1953 dans l'hôtel Turgot qui devient musée. Il créera également à Paris l'Institut Néerlandais. 



Cette passion sera transmise des années plus tard à Ger Luijten, actuel directeur de la Fondation Custodia (qui veut dire 'bonne garde' en latin), d'abord conservateur au musée Boijmans de Rotterdam puis au Rijksmuseum (musée national néerlandais) d'Amsterdam. Il dédie toute son énergie et sa vocation, son expérience d'historien de l'art pour délivrer de grandes peintures au public et rendre les archives accessibles via la bibliothèque qui contient 130 000 volumes sur l'art, livres et périodiques, consultables sur place. Ger Luijten prend la tête de la fondation en 2010 et depuis n'a de cesse d'émerveiller les visiteurs du musée. Le 26 janvier a débuté l'exposition des peintures de George Michel en association avec le monastère royal de Brou.



Peintre qui influencera Van Gogh, George Michel est un peintre de plein air et mettra ses pinceaux au service de Paris, des Buttes-Chaumont, de Montmartre avec ses vignes, ses moulins, ses champs dorés, jusqu'à Chartres, la Normandie, avec des huiles sur toile, sur papier, des estampes et fusains. Il est le peintre qui joue avec les gris et transforme les ciels de tempête, d'orage et de pluie en oeuvres sublimes. Sublime, rêve et merveilleux sont les leitmotivs qui décrivent les toiles de George Michel. On est conquis devant ses paysages et ses ciels passionnés, fièrement irisés de nuages préromantiques dont le blanc par touches en relief offre de la matière. Une touche finale en guise certainement de signature. Ses lignes d'horizons sont aussi magiques et lumineuses. Ses arbres fougueux aux feuilles vives, ses paysans aux champs mouvementés déposés sous ce ciel orageux sont aussi une signature. Précurseur de l'école de Barbizon, le 'Ruisdael de Montmartre', le paysagiste énigmatique, exposé au Louvre, musée d'Orsay, Carnavalet, au Metropolitan Museum of Art de New-York, à La Haye, et Cardiff est un peintre d'émotion avant-gardiste et non académique qui nous invite à l'émotion et à l'admiration.
FondationCustodia



George Michel Du 27 janvier au 29 avril 2018 Fondation Custodia / Collection Frits Lugt 121 rue de Lille 75007 Paris



dimanche 4 mars 2018

Pigmy

Pigmy est l'alias de Vicente Maciá né en 1975, artiste maestro de la pop, qui apparait en 1997 à Barcelone avec son premier groupe Carrots. En 1998, il signe une reprise qui parait sur la compilation Unloved Again: Tribute to Forever Changes. Le musicien d'entrée de scène montre ses références. Le groupe enchaine sur 3 albums Saving Chocolate Coins en 1999, Sunshine en 2002 et All It Takes Is a Little Confidence! en 2004. Vicente, auteur-compositeur, chante, joue de la guitare, de la basse, guitare électrique, synthétiseur, orgue, harmonium et déjà, propose une haute dose de mélodies ensoleillées et galbées sunshine-pop sixties de grande qualité.



Vicente Maciá avec sa personnalité, son génie pour la composition et son talent de technicien apparait en solo sous le nom de Pigmy en 2005. Il signe l'album Miniaturas en 2007 suivi du gigantesque Hamsterdam en 2014 qui est pour mes oreilles et sur Piggledy Pop classé comme une oeuvre pop majeure. Il y a sur ce double album addictif, intemporel, du Kevin Ayers, Kinks, Fairport Convention, Syd Barrett, Beatles, des influences magnifiques sous la plume incroyable de Vicente qui offre des textes en granit catalan sur ses harmonies intransigeantes. Pigmy s'entoure d'une pléthore de musiciens en studio pour l'album concept, opéra-pop. Hamsterdam est une cathédrale, un temple pop. Du minimaliste, au style pop naif sixties, les arrangements deviennent seventies, comme une pièce montée mélodique illustrée par le titre qui ouvre le disque, Abriendo el retablo.

Hamsterdam narre les aventures de la souris Tomas qui se met en quête d'un environnement idéal dans la ville d'Hamsterdam. Le disque offre un plan détaillé de la cité à l'intérieur de la pochette, rendant hommage aux peintures espagnoles du XV et XVIème siècle. Hamsterdam est conçu par Vicente, arrangeur et maitre d'oeuvre puisqu'il joue guitare électrique et acoustique, basse, piano, clavecin, percussions, ukulélé, mandoline, harmonium. Sous couvert du personnage Tomas, Vicente concocte un album intime, qui nous parle de ses épreuves personnelles mais sans égocentrisme larmoyant ni dépressif, au contraire, avec une pudeur émouvante, joyeusement, en portant des particules positives.




Hamsterdam poursuit avec A.M qui s'ouvre sur le son pink floydien de la guitare électrique et des claviers tendus, stellaires qui rappellent l'ouverture Abriendo el retablo (ouvrir le retable) où Tomas la souris, né en février comme son auteur, lâche des soupirs qui se joignent poétiquement aux étoiles. Ces deux chansons magiques sont suivies de Pan y música (pain et musique), air pop minimaliste qui est arrangé simplement à l'image du petit personnage Tomas qui sent son coeur palpiter au rythme des notes, se découvre le don de transformer les âmes en musique alors qu'il doit traverser son adolescence seul parce que sa mère meurt, drame que connait également Vicente. Le hautbois swingue sur le grandiose Pastor et ses envolées de cordes, de cuivres, sur la voix absorbante et touchante de Vicente. Arrive la fabuleuse Cajas de música (boîte à musique) armée de choeurs, tambourins et mandoline pour annoncer le vitaminé Buscador de oro (chercheur d'or). Son clavecin revigorant, ses violons, ses altos et son cor pénétrants nous montrent un protagoniste qui peine à trouver son chemin dans la ville parsemée de déchets mais parvient toujours, enthousiaste, à tracer sa route, à échapper à ceux qui 'puisent le miel dans l'amertume'. La guitare et la basse s'allient princières sur Me enamoré de una perra (je suis tombé amoureux d'une chienne), plein de romantisme et d'arrangements de flûtes qui galopent sur les archets de violons, l'harmonium et la batterie passionnément entrainante. Puis on s'éprend du piano de No qui accompagne majestueux la flûte traversière, et une pléiade d'instruments pour nous mener aveuglément au coeur de la mélodie et fermer délicatement le premier volet d'Hamsterdam.



Le deuxième disque s'ouvre sur la rythmique riche d'Hamsterdam qu'explore Tomas. La beauté et l'enchantement continuent avec la voix de Vicente divinement pop accompagnée de la trompette magistrale et gracieusement tumultueuse. Les tribulations courageuses du combatif souriceau sont époustouflantes et laisseront une trace dans la postérité. On le suit sur Martillo al dedo (marteau au doigt) où Tomas bien que forgé d'acier reste d'une douceur infinie sur les arpèges délicates et indéboulonnables. Vicente resplendit à la mandoline et à la guitare. Tomas amoureux emmène sa mie (la chienne) en voyage romantique dans une forêt au sud de la ville pour aller cueillir des champignons, escapade imagée par des arrangements fervents de vielle et cascade de cordes sur (le hibou) El búho . Le couple est confronté à des obstacles et des prédateurs mais Tomas n'en a cure 'tu veux être un serpent tu n'es qu'une ficelle' . Les arrangements immuablement pop rythment les orchestrations qui alternent et surprennent comme la dansante La rueda (la roue). Boogie, sunshine, les harmonies du piano et la basse vivace sont pleines de notes enjouées mettant en musique l'avancée, pas après pas, dans ce voyage mouvementé mais où la belle du souriceau est la 'Reine dans ce grand échiquier'.



Le clocher de l'église carillonne sur la mélodie psychédélique de El gato y el ratón (le chat et la souris), où l'orchestration somptueuse est garnie de vielle, de sitar, harpe, mandoline entremêlées sur le chant vigoureux de Vicente, son texte scintillant qui dit que même traqué, personne n'a jamais réussi à mettre le souriceau sous cloche. L'image de cette pugnacité continue avec Soldadito de plomo (soldat de plomb), son tempo solide, ses choeurs pétulants, ses percussions en cascade, son melotron exquis pour conclure sur la dignité imperturbable de notre petit Tomas fort de ses expériences qui le soir tombé dit '' pour repartir gonflé et heureux vers d'autres aventures. Le double album concept Hamsterdam se referme sur la mélodie merveilleusement élégante et douce de , où Vicente trouble avec sa voix pleine d'âme et de musicalité chantant 'pour trouver, d'abord, vous devez perdre' donnant inévitablement envie de reprendre le disque à son début.

Hamsterdam est fourni, rempli d'instruments qui servent des mélodies magiques, orné d'une histoire fantastique ronde de tendresse et de coeur. Les émotions circulent et voyagent au gré des aventures de Tomas qui cache les traits de Vicente Maciá et délivre un album concept intime mais aussi ouvert, transmettant à l'auditeur sa force et son espoir. Pièce incroyablement pop de 15 titres, Hamsterdam de Pigmy est un disque extraordinaire que je place forcément dans le panthéon des disques Piggledy Pop. Pigmyland apparait sur la carte de Piggledyland. 


(A ses côtés, pour orner ses partitions magiques on retrouve son éternel ami Angel None à la guitare, voix, harmonica. Les violonistes Jordi Montero, Asier Suberbiola, Ramsès Puente, Tania Mesa, Laura Gaya avec Felipe Escalada et Aroa García à l'alto. Aux violoncelles il y a Martín Meléndez et Cèlia Torres, Robert Castellanos à la contrebasse, Cari García au hautbois, Irene Sansalvadó et Jéssica Rizo à la flûte, Jaume Peña et Jorge Sanjuás à la trompette, Tito Suarez au trombone, María Puertas au tuba, Sergi Franch au saxophone, Esteban García, cor, piano, clavecin et orgue, Freddy Forner au piano, Enrique Forner et Pep Nula à la batterie et percussions, Nathan Vilafranca et Mikel Vázquez à la basse, Paco Loco à l'orgue Hammond, Xavi Pastor à l'orgue, Dani Artacho au vibraphone, Adrià Grandia à la vielle à roue et les voix d'Alondra Bentley, Eli Martín et de Mónica Escrig.)

En novembre 2015 Pigmy signe un single évidemment sublime Villancicos, fleuri de chansons aux allures médiévales qui parlent de la nature, des planètes du système solaire, de lavandières aux sons des tambourins, qui j'espère sera suivi d'un album bientôt.
Pigmy
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