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dimanche 28 mai 2017

Courtney Barnett

Comme j'aime les 'pince-sans rire' et le tennis à la fois, la vidéo de Courtney Barnett illustre très bien mon humeur actuelle, celle qui déteste les faux joueurs de tennis qui vont défiler dans Paris pendant le temps du tournoi de Roland Garros qui ouvre ses portes aujourd'hui. Ces pseudo tap'balles qui font honte à ce noble sport aux gestes établis, qui tuent plus de mouches avec leur manche qu'ils ne touchent de balle, m'horripilent et j'ai le poil sensible.
RollandGarrosPiggledyPop2014


Derrière son air un peu débonnaire, l'australienne Courtney Barnett cache une sensibilité créatrice, un charisme à tous crins sur scène, un sens de la composition confondant de charme et de talent. Guitariste hors-paire, sa voix est totalement habitée par l'indiepop. Elle dépose son âme d'artiste dans les arpèges, les mots, depuis son premier EP de 2012 I've got a friend called Emily Ferris. C'est du rock, autant galbé de notes sixties et garage, plein de boogie, de swing dans les cordes. Le premier galop est époustouflant de qualité. Il est suivi du deuxième en 2013, How To Carve A Carrot Into A Rose. Tous les deux sont vite vendus. A ses côtés, il y a une brochette de musiciens aussi excellents, Brent DeBoer, Andrew "Bones" Sloane à la basse et Dave Mudie à la batterie.



Il est peu étonnant de constater que Jack White (White Stripes) passe par là en guise de producteur avec son label Third Man Records pour le single de 2015 Blue Series. La suave et révoltée Courtney revient aussi solide qu'un rock cette même année avec son Sometimes i sit and think, and sometimes i just sit à la pop psyché qui fait un bien fou . Je suis fan de cette manière de tromper son monde avec ses allures relax et calmes comme habit de camouflage. En réalité, il ne faut certainement pas chatouiller la demoiselle qui pourtant ne manque pas d'humour. Dès Elevator Operator et Pedestrian At Best, le spoken word alterné avec le chant explosif et les guitares énervées, sa rage et sa puissance, font effet. Les paroles qui évoquent les miettes ou le plafond sur An Illustration Of Loneliness (Sleepless In New York) dévoilent sous fond de réalisme pudique beaucoup de lyrisme et d'élégance. Les arrangements rock que la batterie fait resplendir, sont plus vaporeux sur Small Poppies où on pense inévitablement à Lou Reed grâce à la mélodie qui glisse sur le chant velouté de la musicienne.



Depreston est un titre splendide, ultra-pop dans son format ballade mais aussi dans le sens des mots lancés et tapés harmonieusement . Le reflex passionnel ressurgit avec classe et pudeur sur Aqua Profunda qui mitraille les notes musclées, des envolées de basse et un texte drôle, paisiblement interprété toujours avec cette manière calme et froide de dégainer les bons mots qui frappent. Dead Fox enchaine et il est difficile de retenir un mouvement circulaire des nattes. Le titre dansant, entêtant, est une bombe pop où brille le pragmatisme de Courtney "More people die on the road than they do in the ocean, Maybe we should mull over culling cars instead of sharks (...) If you can't see me, I can't see you." L'envie de bouger comme un sioux de quitte pas quand attaque Nobody Really Cares If You Don't Go To The Party, virevoltant d'énergie. On fini avec les plumes entre les dents à l'écoute de Debbie Downer et sa batterie grandiose, ses choeurs sixties. Miss Barnett dont le style border-line est troublant de génie mène sa troupe, sa barque et ne semble pas attendre quoique ce soit des autres "Don't stop listening, I'm not finished yet, I'm not fishing for your compliments".



Caractère et tempérament inondent l'album comme sur le fantastique Kim's Caravan sur fond de basse et guitares lointaines qui se rapprochent pour imager le thème de la conscience, de l'apparence, du bouclier qui cache la personnalité "Don't ask me what I really mean, I am just a reflection Of what you really wanna see, So take what you want from me". La pépite de 11 titres se termine sur la douceur de la version alternative de Boxing Day Blues où la voix d'ange de Courtney Barnett caresse la Fender nonchalante sur un texte resplendissant de sarcasme. Sometimes i sit and think, and sometimes i just sit est simplement superbe, classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
CourtneyBarnett
CourtneyBarnettBandcamp



samedi 27 mai 2017

Milk Teddy

L'alias Milk Teddy est porté par le très doué auteur-compositeur Thomas Mendelovits qui développe un bel intérêt pour les années 80. Ses références, son inspiration fertile, s'entendent délicieusement dans son premier album de 2012, Zingers, avec notamment le titre XTC et I can Hear It When You Sing qui nous ramènent par la tignasse aux notes savantes de Teenage Fanclub, Human League, Jam, Pulp, etc. La même année, l'artiste australien partage un single avec Saturday Looks Good To Me, enregistré sur cassette. Ses compositions sautillent, enivrent, donnent un sourire niais et distribuent de l'énergie en barre.





Cette semaine je reçois l'excellente nouvelle : la sortie du second album Time Catches Up With Milk Teddy prévue le 18 août prochain. Je reviendrai bien entendu effeuiller l'album dans une prochaine chronique. En attendant, le brillant label australien Lost & Lonesome a eu l'amitié de m'envoyer le titre Rock 'n' Roll Cretin, au nom qui prédit un album dansant et plein d'humour. D'ores-et-déjà les notes y sont toniques, s'envolent gaillardes des guitares. La combinaison des musiciens, Rachel Stanyon au clavier et à la basse, Bo Potts à la guitare et accordéon, Jonathan Mendelovits à la batterie, ces deux derniers jouant auparavant dans Seagull, est subtile et efficace. Thomas, à la voix porteuse d'une harmonieuse rébellion, concocte une mélodie malicieuse qui fonctionne à merveille. Le premier galop de Milk Teddy, des années en amont était la cassette Extra Texture, hommage à Georges Harrisson. Ils aiment tous les Beatles et les modifications comme la venue du génial Alexis Hall, membre de The Motifs, à la basse, remplaçant Rachel, ne change rien à l'homogénéité du groupe qui dégaine des titres très britpop. Milk Teddy nous délivre un single concis, résolument pop qui présage une dose de psyché en bonus. J'ai grande hâte d'écouter et me trémousser sur la suite.
MilkTeddy
Lost&Lonesome

jeudi 25 mai 2017

California Snow Story

Décidément, c'est une évidence, je suis ultra sensible à l'indie-pop écossaise. La 'scottish pop' de Glasgow avec California Snow Story est sur Piggledy Pop et dans mes écouteurs avec ce qu'elle offre de sa riche identité et de son histoire musicale. David Skirving compose des chansons pleines d'élégance dans les arrangements et d'harmonies dans les mélodies avec, dans les arpèges et l'interprétation, des particules de Love, Blueboys, Yo La Tengo et Field Mice qu'il aime. Accrochée au travail méticuleux et efficace de California Snow Story, je parlais du groupe il y a 3 ans : CaliforniaSnowStoryPiggledyPop2014



"David Skirving crée California Snow Story après avoir quitté Camera Obscura en 2001 pour qui il était guitariste principal depuis les débuts en 1996, participant à l'opus du groupe de Glasgow Biggest Bluest Hi Fi produit par Stuart Murdoch des Belle & Sebastian. Le musicien aux doigts d'or et à la voix de velours commence à prendre des leçons de piano à 11 ans, sans grand enthousiasme et c'est avec sa première guitare à 18 ans que la passion de la musique le prend. Ses parents lui feront découvrir les Beatles, Astrud Gilberto, les Monkeys, les Beach Boys et les Carpenters, puis prenant ses marques dans le milieu pop underground, il s'intéresse dans les années 80 au Velvet Underground, Jesus and Mary Chain, New Order, Pastels, et Stereolab."



Il y a un an parait le fantastique Some Other Places revêtit de l'expérience de son auteur David qui voyage et a vécu plusieurs années au Japon. C'est une ode à la transhumance, au désir altitudinale. On est irrigué par la notion de mouvement dès le premier titre Motorway au tempo précieux qui serpente sur des guitares bossa et un chant parfait, émouvant. La mélodie géniale trottine jusqu'au son savoureux des deux voix mêlées de Our New Sun. Le coup de soleil arrive avec le chant de Sandra Belda Martinez sur la guitare électrique qui frappe l'oreille d'un air pop à rosir sous le casque. Sandra, qui prête déjà sa voix en 2007 sur Close to the Ocean n'est pas la seule invitée sur l'album. David accueille aussi Melanie Whittle de The Hermit Crabs sur le croustillant You'll Go Places, aux notes ensoleillées, à l'instrumentation glorieuse et subtilement alternative. Melanie est une amie de longue date, lorsqu'elle était batteuse pour les concerts live au sein des California Snow Story.

Toujours, le voyage zigzague langoureusement sur les partitions. Le dépaysement se poursuit avec la présence de Lupe Núñez-Fernández sur Outliers, voix somptueuse qui apparait avec Mark Monnone, The Clientele, Amor de Dias, Pipas et The Leaf Library. Les voix de David et de Lupe se répondent aériennes et fluides évoquant les étoiles et le soleil sur la rythmique joviale emmenée par les guitares et le clavier majestueusement twee. Over the View prend de la hauteur, du relief, commençant avec une mélodie mellow qui évolue au fil du titre qui est mon préféré de l'album (s'il faut choisir...)



Les envolées de cordes de guitares sont saisissantes sur Railway Station, cathédrale pop au style fortement signé des California Snow Story, à l'habilité inouie pour faire rebondir la mélancolie en optimisme. Melanie revient habiller Fall in a Line en duo avec David qui excelle à la guitare et à la composition comme un peintre impressionniste qui rend son oeuvre contemplative et virevoltante. La sensation reste sur le sensuel The Solitary Age au chant d'une absolue maitrise pour toucher les âmes sensibles à la pop tendre, taillée comme un joyau. L'or et les roses fleurissent le dernier titre Don't Ever Go, dont les sentiments amoureux remettent en jeu un départ, le tout arrosé d'arrangements sidérants de beauté. David Skirving est un maitre en la matière, dans le sillon légitime d'Alasdair MacLean et de Lloyd Cole, il nous embarque avec California Snow Story et son brillant Some Other Places dans des sphères indie intransigeantes, sereines, qui portent de la joie et de la sincérité.
CaliforniaSnowStory



samedi 20 mai 2017

This Beautiful Fantastic

This Beautiful Fantastic est un film sorti en 2017 en France mais présenté en 2016 au New British Film Festival. Comme son titre l'indique, il s'agit d'un film très beau et aussi flamboyant qu'un conte fantastique. Il est beau par son histoire, ses décors, sa mise en scène où téléphones portables, écrans en tous genres sont proscris. Hors du temps, il compte de merveilleux acteurs et une morale qui me touche habillée d'une poésie et d'un romantisme qui étreignent du début à fin. La symbolique du récit est le thème du jardin.



La protagoniste, Bella Brown, interprétée par Jessica Brown Findlay (Downtown Abbey) est une jeune femme rêveuse, orpheline, dans sa bulle, isolée socialement, agoraphobe pleine de tocs, se retrouve confrontée aux autres, ceux qui entrent dans sa vie sans crier gare, envahissant son quotidien triste et sans vie pour venir le colorer, l'animer, le nourrir d'amour et de fleurs. Ecrivant des livres pour les enfants, vivant au travers de ses lectures, ses écrits et ses esquisses, miss Brown se consacre à son petit boulot d'archiviste dans une bibliothèque, à son vieux canard adoptif, Syd, qu'elle nourrit les dimanche au parc et au rangement compulsif de son petit appartement. Allergique à la saleté, elle est complétement hermétique au jardin de son logement qu'elle évite soigneusement au point de risquer de se faire expulser si elle ne l'entretient pas dans le mois qui suit. L'histoire a son espace temps et son décorum végétal et vital, ainsi que littéraire et poétique, sous fond d'identité et langage gaélique pour balayer les phobies de Bella Brown jusqu'à ce qu'elle se découvre une passion naissante pour le jardinage.



Les personnages qui entrent dans son univers ultra protégé sont les voisins, Vernon joué par l'excellent Andrew Scott acteur irlandais que j'adore pour son rôle de Moriarty dans la série Sherlock et dans le film Lennon Naked où il interprète Paul McCartney. Vernon est également un être à part à sa manière, veuf, père de deux petites filles jumelles, qui fait chauffer seul la marmite, campe le rôle d'un parfait cuisinier et protecteur avec un brin d'humour fort délectable. Il se prend d'amitié pour Bella en quittant son patron misanthrope Alfie Stephenson, voisin insupportable et grognon de miss Brown qui se révèle être un homme sentimental, fleur bleue et un passionné d'horticulture. Le rôle d'Alfie est assuré par Tom Wilkinson, grand acteur anglais à la carrière fournie (The Full Monty, The Patriot, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Snowden, Happy Prince etc).



S'ajoute le romantique rêveur Billy dont Bella tombe amoureuse, amateur de canards sauvages et des dessins de Leonard de Vinci qu'il consulte pour bricoler un oiseau mécanique à la bibliothèque où Bella travaille. C'est Jeremy Irvine qui interprète le rôle avec grand talent, le jeune homme ayant un joli début de carrière, nominé dans War Horse en 2011 comme meilleur acteur anglais de l'année. Le film est écrit et réalisé par Simon Aboud, cinéaste grandiose à qui l'on doit le fabuleux Comes A Bright Day en 2012, et qui est, en dehors des tournages, marié à Mary McCartney, fille ainée de Linda Eastman McCartney et de Paul McCartney.



Simon Aboud nous offre un This Beautiful Fantastic de toute beauté, intemporel. Les livres, les dessins, les bons petits plats, les costumes, la décoration, les oiseaux, le jardin et les fleurs ornent poétiquement le déroulement de l'histoire. Les détails y sont charmants, féeriques, les caractères attachants, tantôt naifs sous fond de littérature enfantine, tantôt excentriques et savamment british. Le récit sème de ci de là des graines de lyrisme, des nuances de couleurs, de parfums de cuisine et de fleurs, créant une palette d'ambiances bucoliques pour montrer que le jardinage est un art ressenti, vivant, qui soigne tous les maux dysfonctionnels tant il demande de l'énergie, de la patience et de la générosité. Le monde intérieur et le monde extérieur ne font qu'un au contact charnel de la terre et de ses fruits. This Beautiful Fantastic (Le Merveilleux Jardin secret de Bella Brown) loin de l'homme moderne sans boussole ni repères, dessine les bienfaits de cet art souverain : cultiver son jardin. Film conseillé pour ceux qui ont vite le coeur en artichaut loin du CO2 à la vue des blés blondissant quand leurs orteils caressent les pâquerettes (en évitant bien sûr les râteaux).



Si tu veux être heureux une heure,

Enivre-toi,

Si tu veux être heureux un jour,

Tue ton cochon,

Si tu veux être heureux une semaine,

Fais un beau voyage,

Si tu veux être heureux un an,

Marie-toi,

Si tu veux être heureux toute ta vie,

Fais-toi jardinier



mardi 16 mai 2017

Mt Doubt

The Loneliness of the TV Watchers est l'EP de Mt Doubt qui sortira le 2 juin 2017 et qui fait suite au single Tourists de mars dernier. La presse souvent qualifie son style de 'dark pop et alt.rock noises' et pour ma part je suis accrochée à l'univers de Leo pour toutes autres raisons.

Je chroniquais son album il y a presque un an : "Paru en juin 2016, l'album In Awe of Nothing de Mt Doubt est un disque somptueux. Du début à la fin, il a de la saveur, du caractère dans les mélodies, dans l'instrumentation et dans les mots. L'auteur-compositeur écossais Mt Doubt, Leo Bargery, nous emmène dans son univers indie-pop parfumé de paysages verdoyants, de fjords, qui contrairement à son titre d'album, peut rendre contemplatif et admiratif. Les airs pop, formidablement alternatifs, font danser, rêver, habillés de lumière pour des thèmes parfois sombres. Les orchestrations sont originales avec des claviers, des guitares, des rythmiques et des choeurs qui lancent des joyeux 'hoohoho' couronnés de 'papapa' sautillants. (...) Leo y appose 10 chansons avec une dominante de guitares poppeuses pour créer des ambiances fascinantes, mêlant les saisons, enlaçant les instruments, avec une plume colorée et inspirée comme quand sur Feathers, Mt Doubt compare sa relation amoureuse à une carte postale de Guernica . (...) L'album se termine sur le puissant Bastard Sea, pop et rock, qui forme la boucle avec Fjords et pousse à imaginer des vikings punks sur ce titre fabuleux plein de fibre nordique offensive, impossible à ignorer dans ce consistant et excellent In Awe of Nothing."
MtDoubtPiggledyPop2016



En quelques mots, ce qui me séduit chez l'écossais outre ses boucles rousses qui forment une crinière flamboyante, c'est son caractère, ses compositions offensives, cette âme nordique, cette impétuosité digne de l'Ecosse qui forme la culture musicale de ce pays. Il en est l'ambassadeur. Dans le monde de l'indie pop, Leo est un highlander.

The Loneliness of the TV Watchers est un tartan de notes chevalresques dans les guitares, dans les mots et dans le chant. Il suffit d'écouter les premières notes de A Natural Swimmer pour deviner qu'il y a un chaudron de romantisme derrière la colère et la rébellion. La rythmique entraine, sous une tempête de guitares, grâce à l'effet acier d'une épée que produisent la batterie et les choeurs puissants, à l'unisson avec celle de Leo. Reference Books plaira aux amateurs de littérature, déclinant le long de la chanson des noms d'auteurs . Les 'sad guitars' évoquées dans le titre sont plus que jamais révoltées et guerrières. Mt Doubt dépose de la magie énergique et transforme ses airs en écrin rock alternatif, prenant des directions artistiques inattendues.
Purity arrive en offrant comme son nom le dit un instant de pureté décrivant des matières, organiques et plastiques, surplombées d'étoiles. Avec sa plume délicate, poétique et métaphorique, Leo chante ses mots aériens animés de chevaux blancs et de paradis avec une vigueur et une force à l'image de la batterie redoutable. Le thème The Loneliness of the TV Watchers apparait sur le magnifique Soft Furnishings qui conclut l'EP avec une once de philosophie ornée de guitares formidables et d'une mélodie revigorante. Comme à son accoutumée, Mt Doubt signe un cinq titres solide et harmonieux qui fait résonner le talent d'auteur-compositeur de Leo et fait relever la tête de son auditeur. The Loneliness of the TV Watchers est une pierre précieuse pop chaleureusement conseillée, à retrouver chez nos amis de l'excellent label Scottish Fiction.
ScottishFiction
MtDoubt





lundi 8 mai 2017

Ramirez Exposure

Ramirez Exposure est le projet passionnant de l'espagnol Victor Ramirez qui compose, écrit et joue tous les instruments. Après le premier album jangle pop et sunshine Book of Youth en mars 2015, le musicien signe le 22 avril 2017 une seconde perle pop nommée Young Is The New Old. Les neuf titres de l'album font rayonner ses influences comme Big Star, Television et Ken Stringfellow avec qui il travaille en 2010 pour son tout premier galop appelé Oh Libia!, nom de groupe et du disque. Ken produit et joue de la basse, des percussions, guitares et claviers. Plus tard, en 2014, Victor collabore avec Tortel, autre artiste de Valence et ils signent ensemble l'album Coleccionistas.



Ce génial disque powerpop enregistré entre l'Espagne et la France, dont les deux titres Hazel Love et la reprise Suddenly Sunshine, ce dernier écrit en 1972 par l'auteur-compositeur américain Marc Jonson, sont produits par Ken Stringfellow. Pour les sept autres c'est tout le talent de Victor, son inspiration, son style, qui resplendissent. Du haut de ses 26 ans, il compose des mélodies ouatées et sucrées, des myriades de sonorités affranchies et lointaines des vilaines modes musicales, ce qui montre une certaine maturité, un caractère trempé. La charmante pop de Hazel Love convainc de suite et ses paroles aériennes amoureuses qui forment une chanson capitonnée de tendresse. Les arrangements bondissants ornés de claphands, de tambourins de All's Well That Ends Well continuent d'embraser les oreilles quand Sweetheart arrive. La mélopée rieuse et fraiche est brodée de pop. Les guitares, gorgées de rock mélancolique, scintillent sur The Heartbreak Kid inspiré du film du même nom, titre sur lequel Richard Lloyd du groupe Television a amicalement ajouté son jeu de guitare. Victor: "It’s about the need to live one’s life to the fullest, to escape a worldly life, a comfort zone where we ended up becoming prisoners."



L'idée du changement, d'un nouveau départ, revient, joyeusement alternatif et galbé de rythmes, de 'papadapa' comme sur Blurred Vision, aux allures fifties gracieuses qui font des loops et des boucles aspirantes. Les sentiments fleuris de papillons inondent Suddenly Sunshine 'Suddenly sunshine girl, rained on my whole wide world, covering all my blues, I tell everyone the news, Every night, everyday, I am falling in your love.' Malgré une tonalité de blues, la rythmique, les harmonies sont rayonnantes. L'énergie poursuit sur Fiction qui offre la participation de Brian Young, batteur des Jesus And Mary Chain et des Fountains Of Wayne, avant le velouté Young Is The New Old qui parle de Cannes, ensoleillé, tamisé de cordes taquines au style sixties pour terminer le disque. Les compositions de Young Is The New Old explorent entre les lignes les influences de Victor Ramirez : Beach Boys, Beatles, Big Star, Jon Brion ainsi qu'un univers commun avec les groupes dont il partage l'affiche comme The Pains Of Being Pure At Heart et Jacco Gardner. Ramirez Exposure, invité à Beniscassim en 2016 sera aussi présent au SXSW en 2017 et poursuit son chemin brillant en Espagne et sur les routes du vieux continent.
RamirezExposure



Victor avec Tortel


dimanche 7 mai 2017

The Soundtrack of Our Lives

Voilà un bon grand groupe de suédois barbus qui signe des albums rock, punk, pop psychédélique à se prendre les pieds dans le tapis de poils. Créé en 1995 et disloqué en 2012, The Soundtrack of Our Lives n'est donc pas une nouveauté mais comme il m'accompagne parfois quand je le sors des fagots, qu'il me marque, je le partage ici. Il y a d'abord Welcome to the Infant Freebase en 1996, Extended Revelation for the Psychic Weaklings of Western Civilization en 1998, Behind the Music en 2001, nommé meilleur album alternatif aux Grammy Awards, Origin Vol. 1 en 2004, A Present from the Past en 2005, Communion en 2008 et le dernier Throw it to the Universe en 2012 ; Il y a amplement de quoi se régaler.



Ce que j'aime chez TSOOL c'est leur talent de musiciens multi-instrumentistes, de techniciens, leur oreille absolue, ce don de mélodistes et cette flamme qui anime leur âme de troubadours doublée de vikings. Ils manient aussi bien l'orgue, le clavecin délicat que les guitares électriques et batterie énervées. Ebbot Lundberg chante et joue de la guitare, sitar et harmonica, a depuis le split signé trois albums en solo, Åke Karl Kalle Gustafsson joue de la basse, clavecin et violon, Martin Hederos aux arrangements de cordes, joue de l'orgue, mellotron et piano, Fredrik Sandsten est à la batterie et percussions, Mattias Bärjed et Ian Person aux guitares. Sur Behind the Music Ebbot invite la famille en la personne de Eva-Tea Lundberg, artiste classique, pour jouer du cor. C'est l'album qui me hante le plus souvent et dont la fibre sixties me séduit. Infra Riot plante le décor avec ses guitares comme sculptées dans l'ébène, accordées d'or et ses paroles éloquentes "It's time to take control again and be the only one". On se met à sauter comme un sioux et à secouer les tresses avec frénésie. L'ambiance hautement rock est rehaussée par la magnifique batterie. Surround Sister suit, psyché et puissant avant le sublime In Someone Else's Mind qui sort du chapeau des influences comme Syd Barrett et les Stooges.



Le tempo reprend de la vitesse et de l'énergie avec Mind The Gap, ballade pop qui résonne cette fois plus seventies quand arrive le délicieux harmonium façon Kinks et Beatles de Broken Imaginary Time, savoureusement orchestré sur un texte qui grince des dents. L'attention redouble. Logiquement le titre 21st Century Rip Off débarque avec sa rythmique fleurie de tambourins et sa ribambelle de guitares accueillantes. La douceur et les harmonies brillantes habillent Tonight, alternant entre le piano, les synthétiseurs et le chant chaleureux. Les voix en chorale renforcent le style rock et offensif de Keep The Line Movin' puis Nevermore monte aux créneaux avec ses guitares britpop et et Independent Luxury persiste en sortant l'armada de notes psyché. Ce titre magistral annonce la guitare acoustique audacieuse de Ten Years Ahead et le tempo furieux, lumineux de Still Aging assaisonné à la sauce la pop de The Coral ou à celle des compatriotes Eggstones. L'échappée mélodique continue avec In Your Veins qui met en avant la guitare et le piano pour délivrer une perle amoureuse, impeccable de subtilité. The Flood et sa touche indie stylée Pulp offre un nouveau tour de piste harmonieux et captivant avant l'enveloppant et caressant Into The Next Sun qui conclut l'écoute. Behind the Music contient tout ce qui représente un artiste, ce qui le révolte, l'anime, l'émeut et dessine le parcours constant et admirable des The Soundtrack of Our Lives.
TheSoundtrackofOurLives



Spearmint

J'écrivais l'été dernier : "Groupe de Londres né sous l'impulsion de Shirley Lee à la guitare et chant, il s'étoffe avec Simon Calnan au clavier et chant, Ronan Larvor à la batterie, James Parsons qui passe plus tard de la basse à la guitare, s'occupe également des superbes pochettes d'albums et le bassiste officiel Andy Lewis jusqu'à aujourd'hui. Je suis passée à côté de Spearmint à l'époque (1995) et même récemment en regardant le film (500) Days of Summer dans lequel Joseph Gordon-Levitt's fait cette remarque: “It pains me we live in a world where nobody's heard of Spearmint". 500daysinSummerPiggledyPop2010



Depuis le magnifique album pop Paris in a bottle de 2006, Spearmint a signé en 2014 l'album News from Nowhere où James et Shirley se partagent l'écriture, ce qui montre que le groupe a traversé ce lustre sans perdre d'ambition, d'inspiration, de spontanéité. Véritablement habitées par l'indie-pop, les compositions fulgurantes tiennent de la qualité des Smiths, Pulp, Bmx Bandits et toute la smala britpop qui est au top des références dans le domaine. J'écoute maintenant en boucle les Spearmint qui n'ont pas raccrocher les guitares. Ils travaillent en studio en ce moment à d'autres belles chansons, à ces cascades d'harmonies, de mélodies, à ces voix résonnantes, emblèmes de la pop et désormais dans mon panthéon Piggledy Pop. L'album en préparation sortira en septembre 2016."
SpearmintPiggledyPop2016

Il y a quelques mois parait donc le vinyle de dix titres It’s Time To Vanish.
In the Shade annonce de suite la solidité des arrangements et des enregistrements assurés par le producteur John Etkin-Bell qui était aux manettes pour le fameux Sweeping the Nation en 2000. Le son pop virevolte sur les claviers de Simon, la voix de Shirley claire et dynamique sur la basse d'Andy et les volées de cordes des guitares électriques de James et de Shirley s'allient magnifiquement à la trompette de Tom Livingstone et au trombone de Will Rumfitt. Le thème de la lumière, de l'ombre, du mouvement, des portes, des astres et de l'amour évidemment sont portés par les guitares jangle teintées de britpop avec de la soul et du rock, fort dansants.



La rythmique galope dans chaque instrument de Clean Money, ritournelle entêtante qui prépare à la mélopée pop folk sacrément bien construite de Sunflowers Eyes, aux sentiments amoureux ascensionnels. La prestance mélodique se poursuit You Woke up the Wrong Man où le chant de Shirley m'évoque le style de David John Haskins ou de Luke Haines, blindé de charme désarmant. Break with Me, romantique et efficace, offre une composition ornée de cuivres aussi sensuelle que son texte quand Man and the Moon propose un tempo majestueux, mordoré d'electro-pop soul enivrante. Les oreilles sont accrochées aux notes du piano nostalgique de Someone's at the Door qui déroule des harmonies et une mélodie touchantes. Le tempo repart en foulées sur I Used To Run où la basse et la guitare sont chaloupées et montrent leurs tempéraments. L'harmonie dans la voix en acoustique de Shirley sur Rest Your Skin est fort émouvante quand il clame 'it's like the world is on fire' pour enchainer sur une note plus offensive et Sleepy Head aux arrangements alternatifs somptueux. It's Time to vanish inspire et resplendissant de sonorités britpop, il trotte en tête un sacré moment. Spearmint