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samedi 24 juin 2017

Ricky Hollywood

Le nom d'album Le Modeste Album paru en mai 2017 m'a fait sourire et cela suffit à m'intriguer. Ricky Hollywood, comme les chewing-gums, est bien français, un parisien. Il l'est d'autant plus qu'il a la délicatesse d'écrire ses chansons en français, ce qui les met en valeur sur une orchestration typée french touch, dont les amateurs de pop sont frugaux. Je le dis souvent et le répète, des auteurs-compositeurs qui se lancent courageusement dans l'écriture proche de leur culture, de leurs émotions, sont des ambassadeurs de pop qui font notre fierté tant leurs chansons sont plus émouvantes. Esthète, artiste inspiré, Stéphane Bellity alias Ricky Hollywood est batteur depuis des années sur les scènes et compose au sein d'autres groupes comme Melody’s Echo Chamber ou la Féline dont la marque japonaise Shiseido a utilisé la chanson Cent mètres de haut pour leur plateforme web. Ce nouveau projet pop Ricky Hollywood commence son chemin en 2013 avec l'EP grandiose Renaturation suivi en décembre 2016 du truculent EP Ricky & les Dix​-​iples, pour lequel Ricky s'enferme à l'Orangerie du château de Boussay avec 10 musiciens non professionnels, sous la houlette de l'ami Benjamin Gilbert d'Aquaserge et de François-Xavier Richard de Le Bon Coin Forever .



Ricky qui compose les neuf chansons, chante, joue également de la guitare, de la basse et bien sûr de la batterie. Avec lui il a ses amis Vincent Mougel, guitare, basse et clavier, Mathilde Vrech au violon, Hugo Chaumet au saxophone. Pour l'album des invités sont venus y accrocher leurs talents, Arne Vinzon, Bertrand Burgalat au chant et moog, Sonia Zannad au violon, Thomas Pearce au violon alto, Bernadette Vincent à la flûte et aux choeurs Yohanna Nguyen.

Le magnifique album commence par un rayonnant morceau La vie te sourit où Ricky assure tous les instruments et nous comble d'une mélopée pop par excellence. Son texte rayonne à la Benigni et son parfum électronique léger qui flotte poursuit sur Prie pour moi, chanson où l'esprit taquin de Ricky fait solidement cavalcade. C'est un mélange d'ambiance bossa au groove sixties, sur des notes ensoleillées, voluptueuses jouées par Hugo au saxophone. On est dans le bain quand attaque le refrain de Salut, je ne te reconnais pas dont les mots sont censés montrer que la sympathie a toujours des barrières, notamment celle qui ouvre sur l'antipathie. Certains ne le savent pas, Ricky sait le rappeler en musique avec grande classe. Le gigotement idiot ne nous quitte plus quand Tu adores cette chanson entre en scène avec les effets de voix qui font des loopings et des vagues disco-pop délicieuses sur le tempo virevoltant et les violons dynamiques.



L'amour peut être, co-écrit avec le génial Arne Vinzon, offre la présence de Bertrand Burgalat égal à lui-même, majestueux, notre wonderman national au clavier et chant. Le groove très moderne accompagne un texte drôle et sensuel. La sobriété dans la voix se fait intime et caressante, sans dogme, sur Le bain de Minuit aussi séduisant dans l'instrumentation que dans les choeurs qui voguent sur le bruit des vagues. Le casque audio déambulant sur Le Modeste Album on découvre un Ricky aussi riche d'humilité que de personnalité riante. Il y a dans son univers musical du Katerine, du Gainsbourg et de la sunshine et baroque pop typée High Llamas ou la french pop de Tahiti 80, Robin Leduc, Pokett, Olivier Marguerit, Julien Gasc, Jérome Pichon, Flop (tous présents sur Piggledy Pop). Peu étonnant de découvrir que Xavier Boyer et Mehdi Zannad apparaissent de ci, de là dans le travail de Ricky Hollywood. Le musicien enchaine la rythmique bondissante avec basse, batterie et claviers vitaminés jusqu'au down tempo de l'ego surdimensionné de Tu te regardes qui compte la participation de La Féline pour un texte mordant 'je me regarde et je m'enlise lorsque je suis en analyse, je me regarde dans ton regard et ça me fout trop le cafard'. Le disque se conclut sur Trop de bruit à la construction alternative, dansante, qui évoque le sentiment du musicien qui tente de se concentrer sur son album dans les agressions sonores environnantes dont on ne manque pas à Paris. Une série de concerts et de festivals accueilleront Ricky Hollywood cet été. A vos tablettes!
RickyHollywood



vendredi 23 juin 2017

Albé

Albé en un projet pop à l'initiative d'Alexandre de la Baume frais parce que tout récent, rafraichissant parce que tonique, en relief, mélodieux et audacieux. Ce qui séduit au prime abord chez le personnage ce sont ses airs purs, immédiats, mais il ne faut pas s'y fier. La tenue de camouflage cache bel et bien une maturité alliée à une technique de musicien assurément fertile et maitrisée. Ce qui a également accroché mon attention, c'est son don pour la composition. Ses mélodies sont subtiles et sculptées sur sa voix, vraie et puissante. L'auteur-compositeur parisien a le don de la mélodie, l'art de la déposer sur les partitions avec du charisme .



Déjà en 2012, Alexandre écrivait un EP nommé Party puis l'album In Wonder pour son premier projet SingTank. Ils sont suivis du deuxième album Ceremonies en 2014. Je connaissais le groupe mais ma préférence va à Albé qui sonne plus artisanal à mes oreilles et inévitablement plus proche de l'univers musical de son auteur, de ses influences personnelles comme David Bowie, Nick Drake, Lou Reed et les Kinks.

Les chansons d'Albé ne comptent pas en surface, elles creusent un domaine pop, sensible et intelligent, comme si l'aura d'artiste d'Alexandre n'allait pas disparaître d'aussitôt. Son aventure commence avec l'EP Face A qu'il signe ce mois de juin 2017. Il sera suivi à l'automne de l'album.



A l'écoute de Gene, qui joue sur deux tableaux : le langage, franco-anglais et sur le style alternatif des arrangements, on est surpris et conquis. Le relief est travaillé dans l'orchestration, mêlant cordes et cuivres, dans les effets de voix bruts ou en écho, dans la rythmique qui virevolte aérienne ou galope, terrienne. Suit le sublime Valises, où le voyage atmosphérique se fait langoureux. Le synthé contemporain au loin accompagne la basse qui taquine avec grâce, opulence, où trône un texte poétique électrique en français qui lie tradition et modernité. Dans son mélange des temps et des tempos, Alexandre est cohérent. Henri vient décorer l'EP d'une ambiance romantique et épidermique avec les valises cette fois posées dans une grande maison où l'ennui et le désir rodent. Puis la ritournelle Egards, est si touchante par son profil d'aveu qu'elle dévisse la tête jusqu'à la stabilité atemporelle qui passe par la qualité musicale du titre. L'orchestration lumineuse file comme une étoile. Le chant d'Alexandre y est sublime quand guitares, basse, synthétiseur, batterie et cordes se mêlent sans faille. Face A est un délice pop, empli de sensations, de sincérité, avec quatre titres cadrés qui restent en mémoire tant ils sont éperdument beaux.

Albé joue et présente ses fabuleuses mélopées accompagné du batteur Ludwig Dahlberg, du saxophoniste Adrien Daoud, de Léonard Desarthe, compositeur (du groupe La Classe aux côtés de Siegfried de Turkheim, Nicolas Ballay, Joachim Polack, David Bernfeld, Juliette Davis, chez Tricatel) et le guitariste, bassiste Emile Larroche du groupe Saint-Michel qui produit Face A.
Albé



dimanche 18 juin 2017

To Love the Bee Gees

C’est depuis ma tendre enfance mon groupe préféré. Quand je dis ça, en général, on se marre…et pourtant ! Les Bee Gees, c’est un groupe phare de la musique pop des années 60, groupe mythique du disco des années 70, impérial dans la création de balades dans les années 80. Pour certains ignares, c’est ringard. Pour moi, c’est les rois de la pop qui ont accompagné mes premiers pas, mes levers d’index disco dans mon berceau et déhanchés féroces dans mes couches culottes .

Nés à Manchester dans les années 1947 et 1950, Barry, Maurice et Robin Gibb sont très tôt plongés dans l’atmosphère artistique. Agés respectivement de 9 et 6 ans, Maurice et Robin étant jumeaux, les trois font leur entrée dans l’industrie du cinéma. Puis c’est l’installation à Brisbane en Australie. Là ils fondent avec leur sœur Leslie et le dernier bambin de la famille Andy, le groupe Wee Johnny Hays and the Blue Cats. Tous les cinq jouent de la guitare, chantent et tapent des mains sur les plages, font des apparitions sur des radios locales, puis une première apparition télé en 1960. Barry a 13 ans, ses frères 10 ! Le présentateur les annonce comme les BG’s (Barry Gibb); et voilà les Bee Gees sont nés. Suivez la flèche : BeeGeesPiggledyPop2009



Certains pensent que nostalgie est un gros mot ou une maladie. Je suis vulgaire et bonne à soigner alors. Et ce qui est magnifique, c'est qu'apparemment nous sommes nombreux, une belle clique de grands malades dans le même état! Les Bee Gees c'est mon fuel, ma piqûre de rappel. Je suis heureuse de constater que quelques 17 artistes de haute qualité sont atteints du même mal en signant 28 reprises sur la compilation To Love The Bee Gees. Ce disque est chef d'oeuvre. Il est à l'initiative du label américain 80 Proof Media qui reverse tout les bénéfices des ventes à l'association Foundation To Be Named Later créée par Paul et Theo Epstein pour aider des écoles et écoliers à Boston.

To Love The Bee Gees, c'est un coffret extraordinaire de 2 disques. Le premier volet est paru en 2014, le coffret Deluxe le 27 novembre 2015. Parmi les artistes, les groupes qui participent gracieusement au projet il y a Martin Carr des Boo Radleys, Isobel Campbell, Kinky, Mary Margaret O’Hara, Emitt Rhodes, SheLoom, Eric Matthews, Jordan Zadorozny, Chris Price, Dylan Gardner, Elayna Boynton, Joy Boys, The Silver Seas, Low Leaf, Gloom Balloon, Brazzaville, Jess Delgado, Myron&E.



Chaque artiste a pu choisir sa chanson avec l'accord et l'encadrement de Dante Bisson qui s'est affairé aux histoires du respect des droits d'auteurs, main dans la main avec Barry Gibb. Même si une multitude de groupes reprennent les titres des Bee Gees depuis 50 ans, ce coffret est unique en son genre. Les chansons revisitées pour To Love The Bee Gees sont des inédits. La qualité de l'enregistrement, des orchestrations, des reprises loin du moulage des originaux, font de ces deux disques un objet précieux.

Le fruit de ce travail donne deux chansons, chacune sur un disque. Les Silver Seas reprennent la fantastique I Started A Joke, enregistrée en live session pour leur propre album en 2016 et sur le second disque, le chanteur du groupe Daniel Tashian joue Night Fever. Suit la grandiose Every Christian Lion Hearted Man Will Show You par SheLoom qui est un trio formé par Eric Matthews (Cardinal), Jordon Zadorozny (Blinker The Star) et l'auteur-compositeur, producteur Filippo Gaetani. Une version 'génésis' apparait sur le second disque. Isobel Campbell, connue pour son ex-groupe Belle & Sebastian, puis son duo récent avec Mark Lanegan, propose une version splendide de How Deep Is Your Love, revisitée pour la version Luxe.
IsobelCampbellPiggledyPop2012



Emitt Rhodes resplendit sur How Can You Mend A Broken Heart. Membre de The Merry-Go-Round dans les sixties, Emitt est réputé pour ses trois albums au succès fulgurant dans les années 70 et depuis pour son travail de producteur. Il est accompagné ici par un autre producteur et ami Chris Price avec qui il travaille sur son album de 2016 Rainbow Ends où jouent d'autres artistes comme Jason Falkner, Aimee Mann, Jon Brion etc.
L'écoute continue avec Elayna Boynton qui chante sur le générique de fin du Django de Quentin Tarantino, venant ici donner avec une très belle version de To Love Somebody, revue en acoustique sur le deuxième disque en duo avec Patrick Park. Les mexicains de Kinky apporte leur pierre avec une reprise de Living Together sur le premier disque. Je les découvre aussi tout comme Myron & E qui reprend Jive Talkin' sur le disque 1 avec une dose de funk, de soul et de groove pour le disque 2.



Dylan Gardner et son Massachusetts arrivent majestueux. Il est un des auteurs-compositeurs contemporains très prometteurs dont je conseille l'album de 2016 Adventures in Real Time. Sa reprise est belle, proche de l'originale mais avec sa griffe qui ne gâche évidemment rien. Le même titre est remixé pour la version Luxe par son propre producteur Dragonnetti. Suit le luron australien Aaron Tap alias The Boy Joys avec la très réussie Cucumber Castle qui me colle inévitablement une larme à l'oeil. Le groupe Brazzaville fondé par David Arthur Brown qui a été saxophoniste pour Beck est tout aussi efficace et lumineux avec Fanny (Be Tender With My Love). Il est suivi par la chanteuse et musicienne Mary Margaret O'Hara, qui a chanté avec Morrissey et qui ici reprend Tell Me Why avec un talent infini. Il y a ensuite le Stayin' Alive de Martin Carr, Blue Island de Low Leaf, Words de Gloom Balloon groupe américain dont j'adore aussi la reprise datant de 2015 du Velvet Underground Sunday Morning. Jess Delgado s'offre une version touchante de I Can Bring Love dans une veine Bacharach très belle et nous propose la même en français sur le disque Deluxe, Prends mon Amour. Pour finir, il y a les Bebopalula, dont le leader Chris Price revêt Please Read Me d'un manteau pop et propose un jubilatoire Melody Fair en bonus pour le coffret que tout bon nostalgique qui se respecte doit avoir.
ToLoveTheBeeGees
FoundationToBeNamedLater



samedi 17 juin 2017

Малыш Камю / Malish Kamu

Fan fidèle, j'aime les Malish Kamu depuis 4 ans quand je les ai découverts. Le couple de musiciens russes me touche à chacune de ses productions. Ils ont un univers singulier, pop, dreamy, romantique et poétique qu'ils savent transmettre en musique avec une élégance infinie. Cela tient de leur don de compositeurs, la fertilité dans la créativité qui montre que la musique est leur oxygène, et de leur style aérien, mélodieux, toujours envoûtant.

Je parle d'eux souvent comme pour leur premier disque de 2014 et celui de 2015 : "Je découvre les deux musiciens qui signent quatre titres fabuleux sous le nom de groupe Малыш Камю ou Malishkamu grâce à February Records, label qui les aime et en parle même si le duo qui est actif depuis 2013 n'est pas encore signé. Evgeniy, ingénieur et Ekatarina étudiante en littérature se trouvent un terreau pop en commun, jouent de la guitare, du ukulele, composent et chantent tous les deux. Ce qui est admirable dans leur écriture est l'utilisation du russe qui même s'il ne rend pas les textes facilement abordables, est une prouesse dans le milieu indie-twee-pop, courageuse, assumée et réussie. Le russe, splendide est rythmé et lyrique, se marie à la perfection avec l'univers élégant et délicat du couple Малыш Камю qui souhaite volontairement faire découvrir leur langue natale en partitions. Ils offrent un style proche des Trembling Blue Stars, Azure Blue, Rue Royale, ou encore d'Amor de Dias en explorant des thèmes amoureux et romantiques. Le tandem, dont Mark Monnone des Lucksmiths fait les éloges, comme l'ensemble de la bonne presse internationale indépendante se destine avec cet EP à un avenir plein de mélopées et de grands rendez-vous live."
MalishKamuPiggledyPop2014
MalishKamuPiggledyPop2015



Les deux tourtereaux réussissent à m'hypnotiser par la beauté des mélodies, des arrangements concoctés par Evgeniy Nedilko et Ekatarina Nedilko avec sa voix d'ange. Le couple vient de signer en avril 2017 un album grandiose nommé Nobody Wants To Play With Me et comme d'habitude, admirable, le duo se complète harmonieusement sur les partitions et les textes d'Evgeniy qui joue de la guitare, de la basse, du synthétiseur et des rythmiques. Ekatarina brille au chant de sa voix sublime, enchanteresse dans cette magnifique langue russe. Du rêve il y en a en barre sur le titre Реальность (Reality) qui ouvre le bal de façon atmosphérique avec des claviers, les mots langoureux accentués par le jeu de guitare qui flamboie "Sometimes it’s so hard to be with people, But I have the one Who can come into my imaginary world ". La pop jangle et solaire de Ещё одна летняя песня (Another Summer Song) entre en piste sur les cordes qui sautillent vivement et un texte qui parle de plage, de soleil et des Beach Boys. Puis Озеро (Lake) que j'écoute depuis plusieurs semaines me donne une envie irrépressible d'apprendre le russe tant ce titre offre un chant, des mots qui dansent sur les notes comme le féerique Думай о хорошем (Think Positive) qui berce corps et coeur malgré le thème de la séparation. Sa mélodie entremêle une atmosphère cosmique et une mélancolie touchante.



L'émotion continue de me prendre à l'écoute du somptueux Быть одним (To Be One) où Ekatarina offre une énergie troublante, Evgeniy fait onduler le synthétiseur sur le thème du sentiment de communion malgré la différence. La pop de Перерождение (Metamorphosis) déroule un air entêtant, planant qui monte en puissance, nimbé de la voix cristalline de Kate qui fait appel à l'imagination, au songe "No more sadness and anger. There’s only one shade of warm color, It’s a lucid metamorphosis ". L'ambiance mirifique sensuelle continue sur les claviers étincelants d'Evgeniy dans Лучше (Better) dont l'effet est accentué par les voix en écho. La délicatesse et la douceur de la langue russe vont comme un gant à Посланье (Message) au downtempo feutré très réussi pour accompagner le texte mélancolique au coeur brisé. La nostalgie vient envahir Не друг (Not a Friend) avec ses guitares ingénieuses et son chant en résonnance qui conquiert l'imaginaire. L'extraordinaire homogénéité continue sur le dansant Беззаботные песни (Carefree Songs) avec sa jovialité dans l'instrumentation pop ensorcelante. Дом (Home) termine l'écoute, amoureux et contemplatif, sur des arrangements électriques cotonneux pour former une mélopée céleste. Nobody Wants To Play With Me contient une âme d'enfant, slave, nostalgique et surtout stellaire. Le travail incroyable d'Evgeniy chercheur d'or de dreampop et de pop synthétique sur le brin de voix d'Akaterina qui s'allonge et voltige est lumineux. Tout le disque est autant boréal que glacé à l'image des lacs qu'entourent les attachants Malish Kamu.

MalishKamu



Joe McAlinden

Avec Joe McAlinden dans les oreilles, on voyage et on rêve. L'auteur-compositeur écossais a le don de nous prendre par la main et de nous emmener avec lui au coeur de ses chansons. Comme nombre de ses compatriotes, il y a dans ses textes de la poésie et du lyrisme qui déclinent Dame Nature sous toutes ses formes et la retient dans sa paume comme une plume qu'il souffle délicatement sur ses partitions. Les arrangements sont peaufinés, pop, folk, avec en toile de fond, un esprit traditionnel et local très typé dans le choix des instruments. Joe, aussi appelé Linden est un sacré auteur et un interprète né, qui véhicule naturellement son talent et fait rayonner son âme d'artiste.

Joe fait partie du label Barne Society, communauté basée à Glasgow qui regroupe des musiciens scottish-pop de grand talent. On compte parmi eux Stu Kidd et Marco Rea qui forment ensemble The Wellgreen, des maestro de la pop qui collaborent à nombre de projets comme BMX Bandits, Euros Childs, Teenage Fanclub, Snowgoose, Stevie Jackson etc.
Plus détails par ici :
Kidd
WellgreenPiggledyPop
BMXbanditsPiggledyPop
L'aventure musicale pour Linden commence au sein du groupe Superstar en 1992 qui offre chez Creation Records pas moins de sept albums. Depuis 2000, il joue et compose pour différents groupes et artistes : Teenage Fanclub, Rod Stewart, Big Star, Alex Chilton, The Boy Hairdressers, BMX Bandits, Matthew Sweet, BBC Scottish Symphony Orchestra et bien d'autres!



En 2002, il perd son père, enseignant de musique, Joe n'arrive plus à faire ni à écouter de musique. Lassé de faire des compromis au sein des groupes, il quitte Glasgow pour un retour à la ruralité, dans un village où il achète un restaurant, se marie et devient lui-même père. Puis en 2009, il va voir un concert de son ami Edwynn Collins qui fait son retour après plusieurs années d'absence dû à une lourde opération du cerveau. Sur scène il a Norman Blake, le meilleur ami de Joe depuis qu'ils ont créé ensemble en 1985 le groupe The Boy Hairdressers. Il y a aussi les Orange Juice, tout le 'gratin pop' écossais en somme. Ce concert magique qui frappe l'esprit de Joe (et son popotin) lui fait remettre le pied à l'étrier.

Absent pendant presque 10 ans des studios et de la scène, Joe revient doucement à la création et la redécouvre, se sentant revivre après le deuil 'Seeing Edwyn blew my mind and gave me a kick up the arse at the same time..' 'I was straight back into music, discovering it all over again. I’m no old, jaded fool. I’m like a wee kid in a sweet shop. I’m in love all over again!'



Joe reprend la guitare et signe en 2011 le EP Brown Bird Singing (un signe, sachant que les oiseaux reviennent souvent dans ses textes). Il sera suivi de l'album Bleached Highlights en 2012 dont les fans restent encore accrochés à leur tabouret et son deuxième album solo Rest & Be Thankful en 2015 qui à mes yeux est une oeuvre marquante intemporelle magnifique.

That love and that thrill at being immersed in music again is all over Bleached Highlights. Even when Joe tackles an immense sorrow – Hear My Name chronicles his reactions to watching his father spend three weeks in a coma before he died – the mood is always uplifting, there’s always redemption. Joe describes the song If I Had Wings as his, “crossover track”, the place where loss and happiness meet.
If my dad had never passed away, I would never have moved and I would never have all the beautiful things I have now,” he says. “If only he were here to share them.

En janvier 2016, Linden nous offre le single Bones, virevoltant et sublime. Joe est sur sa lancée de nouveau, c'est un retour qui promet de grandes et belles mélodies à venir. En attendant, je savoure Rest And Be Thankful, dont le titre est expliqué par Joe ' It was inspired by a mountain pass I drive over every time I travel to and from civilisation. REST & BE THANKFUL are the words inscribed on a stone near the junction of the A83 and the B828, placed there by soldiers who built the original military road in 1753.'... ' The section is so named as the climb out of Glen Croe is so long and steep at the end that it was traditional for travellers to rest at the top, and be thankful for having reached the highest point. I know how they feel.'



A l'enregistrement dans son studio, il y a Stu Kidd aux percussions et à la batterie, Marco Rea à la basse, Eric Lindsay à la guitare, et tous les trois chantent avec McAlinden qui joue aussi de la guitare, du piano, du saxophone et du violon. Aux manettes pour le mixing, il y a des as, Edwyn Collins et Sebastian Lewsley.
Pour ouvrir le petit chef d'oeuvre, on vogue délicieusement sur I see, à la mélodie printanière, aussi suave que la brume matinale du bord de mer, embarquée par la basse et la guitare electro-acoustique sur les notes de violon. Les mots métaphoriques symbolisent un nouveau départ, pleins d'iode, de bateaux, d'arbres, de feuilles, de matière brute vitale 'Like a stone that's never clean, Someone throw me in a stream, I'll move a little every day, But I won't ever fade away'. Voilà, le thème est donné avec autant d'optimisme que de lyrisme et cet esprit bondissant fait ritournelle sur le génial Window Pane où le saxophone s'allie guilleret au clavier, batterie et guitares emplies d'espoir pour une mélopée groovy dansante. L'amour est présent dans les éléments et la lumière sur Rest And Be Thankful un tempo de roadtrip est lancé pour évoquer le voyage en voiture que Joe effectue quittant son ancienne vie sous les spotlights de Glasgow pour un retour aux valeurs sures, à la terre. Tel un journal intime, Linden offre un Short Worm qui narre la suite de son aventure avec l'image de l'eau à traverser portée par le synthétiseur cristallin et les cordes de guitares fort solides. Hymne à l'Ecosse et à la mémoire, Pull Me Round Again fait resplendir l'âme de Joe qui ferme les yeux et imagine qu'il grimpe jusqu'aux nuages illustrant qu'après la peine qu'il a connu, ayant derechef déployé ses ailes, plus rien ne peut l'atteindre.



L'idée continue sur le fabuleux swingue de Dream Dream, enveloppé des choeurs de l'équipe de musiciens et le chant somptueux, limpide et émouvant de Joe. Le boogie des percussions se mêlent jazzy au saxophone pour inviter à un avenir sentimental riche 'Silver scars like stars they shine for you So let me dream dream my life with you'. La sensualité est saisissante sur Lost and Found, aux arrangements modulés Kerouac-pop pour nous inviter à des foulées, à des embardées sur les routes sinueuses des verts Highlands. Le romantisme envahit les oreilles quand l'harmonie de Take my Hand s'y glisse. Le clavier, la guitare, la batterie se mélangent finement sur le chant en chorale qui entonne un texte amoureux ""hello I've never met you But your words have held my hand while I'm asleep". Yesterday_Rewind est un bijou alternatif mélancolique qui parle du passé et du renouveau avec une guitare qui taquine ses cordes sur des 'houhouhou' et sur le cuivre du saxophone rutilant, qui groove sur Broken Glass où les 'falling stars are watching over me' qui conclut le disque. Joe McAlinden avec sa voix d'une beauté infinie nous délivre un Rest And Be Thankful irrésistible, trésor classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
Pareil à la grande qualité de Bleached Highlights, Rest And Be Thankful est une exploration sensuelle et sensorielle, d'une finesse absolue définie par son auteur "the album’s not just about loss, it’s about me finding a new and different happiness. It’s the story of how something wonderful just got better…"
JoeMcAlinden



dimanche 11 juin 2017

Happyness

Happyness est un groupe de Londres comprenant le chanteur guitariste-bassiste Jon EE Allan, Benji Compston, chant et guitare, Ash Cooper à la batterie. La singularité du trio est que chacun des musiciens participe à l'élaboration, à l'écriture des chansons. Il offre un univers musical pop rock depuis 2013 et la sortie de l'EP Happyness, suivi de l'album Weird Little Birthday en 2014 et le fabuleux britpop Write In ce mois d'avril 2017.

En 2015, le groupe fait paraitre de nouveau Weird Little Birthday avec des bonus pour les Etats-Unis et l'Angleterre. Au mastering, on retrouve Greg Calbi qui oeuvre pour Band of Horses, Real Estate, Bob Dylan et au mixage, Adam Lasus qui travaille avec Yo La Tengo, Lilys, Army Navy, Clap Your Hands Say Yeah! etc. Sur Write In qui est déjà en rupture de stock, les mélodies nous emmènent tour à tour dans l'univers musical de The Shins, Pulp, Big Star, Pavement pour les arrangements et Elliott Smiths, Beach Boys pour l'interprétation. Prises et savourées de manière indépendante, chaque chanson titille l'oreille et lui apporte des sensations. Quelque soit l'ordre d'écoute, la qualité transperce ses titres.



Write In commence avec le bijou Falling Down où guitares et batterie s'allient dans l'excellence. C'est roots et sophistiqué à la fois. L'intensité et la spontanéité saisissent quand la mélodie déroule ses partitions, on succombe aussi aux premiers mots "How much better To write in, Looking to the real action, And call my Love out, Or hold back the reservation But I'm falling down". The Reel Starts Again [Man As Ostrich], sucrée et voluptueuse, fait voltiger le piano, la guitare au son saturé fantastique et les mots amoureux pour habiller avec un charme à la Lennon le tout. Happyness qui a partagé la scène avec Mac DeMarco, admire l'américain et on entend quelque fois cette bien jolie influence. Anytime sculpté et langoureux fait danser et vibrer l'épiderme. Les lignes de guitares sont vigoureuses, tout autant caressantes qu'offensives. Un mur de guitares se forme solaire et majestueux.



Le plaisir ne déchante pas sur Through Windows où on pense à la poésie mélancolique de Nick Cave, Lloyd Cole et Jarvis Cocker quand la musicalité entêtante hypnotise sur la grandiose Uptrend / Style Raids avec sa guitare galopante majestueuse sur les effets de voix psychédéliques. Les arrangements alternatifs fonctionnent à merveille. Happyness laisse éclater sa joie en se brulant les doigts sur Bigger Glass Less Full, solide, éclatant d'harmonies. Les paroles font trembler, la mélodie déboule efficace sur Victor Lazarro's Heart, là aussi, un coup de maitre indie qui séduit et trouble avec ses mots presque susurrés par Allan, effet que me produit dans ce style les Ultimate Paintings. La perfection dans la composition poursuit avec la rutilante Anna, Lisa Calls où le rythme, les descentes de lignes de guitares, les baguettes sur les caisses qui font des étincelles, les 'papapa' pop rendent hystériques les vertèbres à force d'opiner du chef. La suite reste charismatique avec The C Is A B A G, aux effets psyché dosés pour accueillir la mélodie groovy qui fait planer claviers et basse. Ce petit et réel bonheur Write In fourni par les anglais se termine sur 6 minutes incrustées d'or de Tunnel Vision On Your Part, romantique, hautement mélodique, époustouflant d'inspiration comme l'ensemble des titres. Happyness effleure nos oreilles, joue une musique qui a de l'âme, de la matière qui permet de s'échapper, de rêver.
Happyness



Mobvibe

La devise des Mobvibe, groupe assuré par Christopher Roads et George Cassadrian depuis 2010 est "Wake up the hippie dancer inside you!". A l'écoute de leurs chansons, je parie que vous ferez swinguer vos barbes, vos flûtes de pan, vous échangerez votre sushi vegan pour un trip salade de pavot, troquerez vos repetto contre une paire de sabots, pour vous encanailler et incarner un parfait hippie attardé en transhumance. Leur veine musicale brit-beatles upbeat sous le bras, les deux lascars de Londres concoctent des mélodies dansantes, affirmées et gaillardes. Les arrangements sont fleuris de trompette, tambourins, guitares à volo et une batterie persistante que l'on découvre avec gourmandise en 2011 avec les deux titres What A Day et Take A Look Around.



Avec leur signature 'nusixties', le groupe signe récemment Desire, rond d'une structure 'mods' galbée Fleur de Lys, The Turtles et The Kinks. Ils aiment bricoler leur son psychédélique et le cuisiner à la maison. Mobvibe a investi récemment dans un local, des rouleaux et pots de peinture, sont montés sur des escabeaux au péril de leurs vies pour peaufiner un joli studio d'enregistrement. 10 nouvelles chansons y ont été chouchoutées, répétées et mises en boite ces jours-ci pour passer au stade du mixage. Mon petit doigt investigateur sait dores et déjà que le premier album des Mobvibe sortira en septembre. Evidemment je le chroniquerai! En attendant, on peut se délecter du conquérant EP acoustic, avec Chelsea, 20th Century Girl, Lovers' requiem, Desire, cocktail de sonorités pop sixties vitaminées, ensoleillées, où resplendit la bonne humeur. L'écriture des Mobvibe est aussi élégante que révoltée, les mélodies sont soignées pleines de leur esprit rieur. Encore quelques semaines à patienter...Tout comme la 'sixties british invasion' les Mobvibe vont enchainer sur une tournée à la rentrée, à vos tablettes!
Mobvibe





lundi 5 juin 2017

The King in Mirrors

Ce que j'aime chez le groupe The King in Mirrors c'est qu'il va droit au but. Ses compositions sont garnies de guitares, de mélodies, de tambourins poppeux qui me font fondre. L'efficacité mêlée à l'humilité des arrangements, basse, batterie, guitare et voix forcent le respect quant au résultat mélodique et harmonieux. C'est dansant, ludique et pourtant abouti et peaufiné. L'auteur compositeur anglais Rich May de Swindon, à mi-chemin entre Bristol et Reading, concocte ses mélopées, joue de la guitare et aux claviers, chante entouré de Colin May aux guitares, Jason Bush à la basse et Jamie Deighton à la batterie. Parfois s'ajoute à la bande Helen May au chant. En septembre 2012, l'éponyme King in Mirrors parait avec sept titres alternatifs, supra indiepop où le fabuleux ensemble balance la rythmique endiablée de Rich Craven, les trompettes de Barry Smith et le melodica assuré par Rich à tout bout de champ sur Time Moves On. The King in Mirrors réitère en 2013 avec le génial Rolling In The Sun qui respire toute la britpop de Sarah Records. Mars 2014, c'est Little Voices et ses 5 titres qui tournoie sur les platines.



Les anglais offrent en 2016 le touchant Talk about Today et en mars 2017, le single Foolish Things. Talk about Today en format cinq titres sucre d'orge pop commence avec les notes de guitares et de basse sautillantes alternatives à la sauce The Go-Betweens-Boo Radleys. Superheroes suit, de la même mouture, aussi fringant, pop dansante aux guitares shoegaze et choeurs fleuris. L'harmonie de la mélodie et des rythmiques galopantes de The Deepest Blue offre une orchestration franche, brute et entêtante. Une belle énergie noisy-pop se dégage de l'artillerie de guitares saturées et planantes. L'iode nous arrive aux oreilles avec Hallsands où la batterie fait des rouleaux sur la guitare électrique pleine de feelings et de puissance. Le bonbon pop In A Starlit Sky termine l'écoute sur un chant sublime intime qui boucle un album ample et homogène, aussi dodu et doré de musicalité que Little Voices et Rolling in the Sun.
TheKingsInMirrors





dimanche 28 mai 2017

Courtney Barnett

Comme j'aime les 'pince-sans rire' et le tennis à la fois, la vidéo de Courtney Barnett illustre très bien mon humeur actuelle, celle qui déteste les faux joueurs de tennis qui vont défiler dans Paris pendant le temps du tournoi de Roland Garros qui ouvre ses portes aujourd'hui. Ces pseudo tap'balles qui font honte à ce noble sport aux gestes établis, qui tuent plus de mouches avec leur manche qu'ils ne touchent de balle, m'horripilent et j'ai le poil sensible.
RollandGarrosPiggledyPop2014


Derrière son air un peu débonnaire, l'australienne Courtney Barnett cache une sensibilité créatrice, un charisme à tous crins sur scène, un sens de la composition confondant de charme et de talent. Guitariste hors-paire, sa voix est totalement habitée par l'indiepop. Elle dépose son âme d'artiste dans les arpèges, les mots, depuis son premier EP de 2012 I've got a friend called Emily Ferris. C'est du rock, autant galbé de notes sixties et garage, plein de boogie, de swing dans les cordes. Le premier galop est époustouflant de qualité. Il est suivi du deuxième en 2013, How To Carve A Carrot Into A Rose. Tous les deux sont vite vendus. A ses côtés, il y a une brochette de musiciens aussi excellents, Brent DeBoer, Andrew "Bones" Sloane à la basse et Dave Mudie à la batterie.



Il est peu étonnant de constater que Jack White (White Stripes) passe par là en guise de producteur avec son label Third Man Records pour le single de 2015 Blue Series. La suave et révoltée Courtney revient aussi solide qu'un rock cette même année avec son Sometimes i sit and think, and sometimes i just sit à la pop psyché qui fait un bien fou . Je suis fan de cette manière de tromper son monde avec ses allures relax et calmes comme habit de camouflage. En réalité, il ne faut certainement pas chatouiller la demoiselle qui pourtant ne manque pas d'humour. Dès Elevator Operator et Pedestrian At Best, le spoken word alterné avec le chant explosif et les guitares énervées, sa rage et sa puissance, font effet. Les paroles qui évoquent les miettes ou le plafond sur An Illustration Of Loneliness (Sleepless In New York) dévoilent sous fond de réalisme pudique beaucoup de lyrisme et d'élégance. Les arrangements rock que la batterie fait resplendir, sont plus vaporeux sur Small Poppies où on pense inévitablement à Lou Reed grâce à la mélodie qui glisse sur le chant velouté de la musicienne.



Depreston est un titre splendide, ultra-pop dans son format ballade mais aussi dans le sens des mots lancés et tapés harmonieusement . Le reflex passionnel ressurgit avec classe et pudeur sur Aqua Profunda qui mitraille les notes musclées, des envolées de basse et un texte drôle, paisiblement interprété toujours avec cette manière calme et froide de dégainer les bons mots qui frappent. Dead Fox enchaine et il est difficile de retenir un mouvement circulaire des nattes. Le titre dansant, entêtant, est une bombe pop où brille le pragmatisme de Courtney "More people die on the road than they do in the ocean, Maybe we should mull over culling cars instead of sharks (...) If you can't see me, I can't see you." L'envie de bouger comme un sioux de quitte pas quand attaque Nobody Really Cares If You Don't Go To The Party, virevoltant d'énergie. On fini avec les plumes entre les dents à l'écoute de Debbie Downer et sa batterie grandiose, ses choeurs sixties. Miss Barnett dont le style border-line est troublant de génie mène sa troupe, sa barque et ne semble pas attendre quoique ce soit des autres "Don't stop listening, I'm not finished yet, I'm not fishing for your compliments".



Caractère et tempérament inondent l'album comme sur le fantastique Kim's Caravan sur fond de basse et guitares lointaines qui se rapprochent pour imager le thème de la conscience, de l'apparence, du bouclier qui cache la personnalité "Don't ask me what I really mean, I am just a reflection Of what you really wanna see, So take what you want from me". La pépite de 11 titres se termine sur la douceur de la version alternative de Boxing Day Blues où la voix d'ange de Courtney Barnett caresse la Fender nonchalante sur un texte resplendissant de sarcasme. Sometimes i sit and think, and sometimes i just sit est simplement superbe, classé dans le panthéon des disques Piggledy Pop.
CourtneyBarnett
CourtneyBarnettBandcamp



samedi 27 mai 2017

Milk Teddy

L'alias Milk Teddy est porté par le très doué auteur-compositeur Thomas Mendelovits qui développe un bel intérêt pour les années 80. Ses références, son inspiration fertile, s'entendent délicieusement dans son premier album de 2012, Zingers, avec notamment le titre XTC et I can Hear It When You Sing qui nous ramènent par la tignasse aux notes savantes de Teenage Fanclub, Human League, Jam, Pulp, etc. La même année, l'artiste australien partage un single avec Saturday Looks Good To Me, enregistré sur cassette. Ses compositions sautillent, enivrent, donnent un sourire niais et distribuent de l'énergie en barre.





Cette semaine je reçois l'excellente nouvelle : la sortie du second album Time Catches Up With Milk Teddy prévue le 18 août prochain. Je reviendrai bien entendu effeuiller l'album dans une prochaine chronique. En attendant, le brillant label australien Lost & Lonesome a eu l'amitié de m'envoyer le titre Rock 'n' Roll Cretin, au nom qui prédit un album dansant et plein d'humour. D'ores-et-déjà les notes y sont toniques, s'envolent gaillardes des guitares. La combinaison des musiciens, Rachel Stanyon au clavier et à la basse, Bo Potts à la guitare et accordéon, Jonathan Mendelovits à la batterie, ces deux derniers jouant auparavant dans Seagull, est subtile et efficace. Thomas, à la voix porteuse d'une harmonieuse rébellion, concocte une mélodie malicieuse qui fonctionne à merveille. Le premier galop de Milk Teddy, des années en amont était la cassette Extra Texture, hommage à Georges Harrisson. Ils aiment tous les Beatles et les modifications comme la venue du génial Alexis Hall, membre de The Motifs, à la basse, remplaçant Rachel, ne change rien à l'homogénéité du groupe qui dégaine des titres très britpop. Milk Teddy nous délivre un single concis, résolument pop qui présage une dose de psyché en bonus. J'ai grande hâte d'écouter et me trémousser sur la suite.
MilkTeddy
Lost&Lonesome

jeudi 25 mai 2017

California Snow Story

Décidément, c'est une évidence, je suis ultra sensible à l'indie-pop écossaise. La 'scottish pop' de Glasgow avec California Snow Story est sur Piggledy Pop et dans mes écouteurs avec ce qu'elle offre de sa riche identité et de son histoire musicale. David Skirving compose des chansons pleines d'élégance dans les arrangements et d'harmonies dans les mélodies avec, dans les arpèges et l'interprétation, des particules de Love, Blueboys, Yo La Tengo et Field Mice qu'il aime. Accrochée au travail méticuleux et efficace de California Snow Story, je parlais du groupe il y a 3 ans : CaliforniaSnowStoryPiggledyPop2014



"David Skirving crée California Snow Story après avoir quitté Camera Obscura en 2001 pour qui il était guitariste principal depuis les débuts en 1996, participant à l'opus du groupe de Glasgow Biggest Bluest Hi Fi produit par Stuart Murdoch des Belle & Sebastian. Le musicien aux doigts d'or et à la voix de velours commence à prendre des leçons de piano à 11 ans, sans grand enthousiasme et c'est avec sa première guitare à 18 ans que la passion de la musique le prend. Ses parents lui feront découvrir les Beatles, Astrud Gilberto, les Monkeys, les Beach Boys et les Carpenters, puis prenant ses marques dans le milieu pop underground, il s'intéresse dans les années 80 au Velvet Underground, Jesus and Mary Chain, New Order, Pastels, et Stereolab."



Il y a un an parait le fantastique Some Other Places revêtit de l'expérience de son auteur David qui voyage et a vécu plusieurs années au Japon. C'est une ode à la transhumance, au désir altitudinale. On est irrigué par la notion de mouvement dès le premier titre Motorway au tempo précieux qui serpente sur des guitares bossa et un chant parfait, émouvant. La mélodie géniale trottine jusqu'au son savoureux des deux voix mêlées de Our New Sun. Le coup de soleil arrive avec le chant de Sandra Belda Martinez sur la guitare électrique qui frappe l'oreille d'un air pop à rosir sous le casque. Sandra, qui prête déjà sa voix en 2007 sur Close to the Ocean n'est pas la seule invitée sur l'album. David accueille aussi Melanie Whittle de The Hermit Crabs sur le croustillant You'll Go Places, aux notes ensoleillées, à l'instrumentation glorieuse et subtilement alternative. Melanie est une amie de longue date, lorsqu'elle était batteuse pour les concerts live au sein des California Snow Story.

Toujours, le voyage zigzague langoureusement sur les partitions. Le dépaysement se poursuit avec la présence de Lupe Núñez-Fernández sur Outliers, voix somptueuse qui apparait avec Mark Monnone, The Clientele, Amor de Dias, Pipas et The Leaf Library. Les voix de David et de Lupe se répondent aériennes et fluides évoquant les étoiles et le soleil sur la rythmique joviale emmenée par les guitares et le clavier majestueusement twee. Over the View prend de la hauteur, du relief, commençant avec une mélodie mellow qui évolue au fil du titre qui est mon préféré de l'album (s'il faut choisir...)



Les envolées de cordes de guitares sont saisissantes sur Railway Station, cathédrale pop au style fortement signé des California Snow Story, à l'habilité inouie pour faire rebondir la mélancolie en optimisme. Melanie revient habiller Fall in a Line en duo avec David qui excelle à la guitare et à la composition comme un peintre impressionniste qui rend son oeuvre contemplative et virevoltante. La sensation reste sur le sensuel The Solitary Age au chant d'une absolue maitrise pour toucher les âmes sensibles à la pop tendre, taillée comme un joyau. L'or et les roses fleurissent le dernier titre Don't Ever Go, dont les sentiments amoureux remettent en jeu un départ, le tout arrosé d'arrangements sidérants de beauté. David Skirving est un maitre en la matière, dans le sillon légitime d'Alasdair MacLean et de Lloyd Cole, il nous embarque avec California Snow Story et son brillant Some Other Places dans des sphères indie intransigeantes, sereines, qui portent de la joie et de la sincérité.
CaliforniaSnowStory



samedi 20 mai 2017

This Beautiful Fantastic

This Beautiful Fantastic est un film sorti en 2017 en France mais présenté en 2016 au New British Film Festival. Comme son titre l'indique, il s'agit d'un film très beau et aussi flamboyant qu'un conte fantastique. Il est beau par son histoire, ses décors, sa mise en scène où téléphones portables, écrans en tous genres sont proscris. Hors du temps, il compte de merveilleux acteurs et une morale qui me touche habillée d'une poésie et d'un romantisme qui étreignent du début à fin. La symbolique du récit est le thème du jardin.



La protagoniste, Bella Brown, interprétée par Jessica Brown Findlay (Downtown Abbey) est une jeune femme rêveuse, orpheline, dans sa bulle, isolée socialement, agoraphobe pleine de tocs, se retrouve confrontée aux autres, ceux qui entrent dans sa vie sans crier gare, envahissant son quotidien triste et sans vie pour venir le colorer, l'animer, le nourrir d'amour et de fleurs. Ecrivant des livres pour les enfants, vivant au travers de ses lectures, ses écrits et ses esquisses, miss Brown se consacre à son petit boulot d'archiviste dans une bibliothèque, à son vieux canard adoptif, Syd, qu'elle nourrit les dimanche au parc et au rangement compulsif de son petit appartement. Allergique à la saleté, elle est complétement hermétique au jardin de son logement qu'elle évite soigneusement au point de risquer de se faire expulser si elle ne l'entretient pas dans le mois qui suit. L'histoire a son espace temps et son décorum végétal et vital, ainsi que littéraire et poétique, sous fond d'identité et langage gaélique pour balayer les phobies de Bella Brown jusqu'à ce qu'elle se découvre une passion naissante pour le jardinage.



Les personnages qui entrent dans son univers ultra protégé sont les voisins, Vernon joué par l'excellent Andrew Scott acteur irlandais que j'adore pour son rôle de Moriarty dans la série Sherlock et dans le film Lennon Naked où il interprète Paul McCartney. Vernon est également un être à part à sa manière, veuf, père de deux petites filles jumelles, qui fait chauffer seul la marmite, campe le rôle d'un parfait cuisinier et protecteur avec un brin d'humour fort délectable. Il se prend d'amitié pour Bella en quittant son patron misanthrope Alfie Stephenson, voisin insupportable et grognon de miss Brown qui se révèle être un homme sentimental, fleur bleue et un passionné d'horticulture. Le rôle d'Alfie est assuré par Tom Wilkinson, grand acteur anglais à la carrière fournie (The Full Monty, The Patriot, Eternal Sunshine of the Spotless Mind, Snowden, Happy Prince etc).



S'ajoute le romantique rêveur Billy dont Bella tombe amoureuse, amateur de canards sauvages et des dessins de Leonard de Vinci qu'il consulte pour bricoler un oiseau mécanique à la bibliothèque où Bella travaille. C'est Jeremy Irvine qui interprète le rôle avec grand talent, le jeune homme ayant un joli début de carrière, nominé dans War Horse en 2011 comme meilleur acteur anglais de l'année. Le film est écrit et réalisé par Simon Aboud, cinéaste grandiose à qui l'on doit le fabuleux Comes A Bright Day en 2012, et qui est, en dehors des tournages, marié à Mary McCartney, fille ainée de Linda Eastman McCartney et de Paul McCartney.



Simon Aboud nous offre un This Beautiful Fantastic de toute beauté, intemporel. Les livres, les dessins, les bons petits plats, les costumes, la décoration, les oiseaux, le jardin et les fleurs ornent poétiquement le déroulement de l'histoire. Les détails y sont charmants, féeriques, les caractères attachants, tantôt naifs sous fond de littérature enfantine, tantôt excentriques et savamment british. Le récit sème de ci de là des graines de lyrisme, des nuances de couleurs, de parfums de cuisine et de fleurs, créant une palette d'ambiances bucoliques pour montrer que le jardinage est un art ressenti, vivant, qui soigne tous les maux dysfonctionnels tant il demande de l'énergie, de la patience et de la générosité. Le monde intérieur et le monde extérieur ne font qu'un au contact charnel de la terre et de ses fruits. This Beautiful Fantastic (Le Merveilleux Jardin secret de Bella Brown) loin de l'homme moderne sans boussole ni repères, dessine les bienfaits de cet art souverain : cultiver son jardin. Film conseillé pour ceux qui ont vite le coeur en artichaut loin du CO2 à la vue des blés blondissant quand leurs orteils caressent les pâquerettes (en évitant bien sûr les râteaux).



Si tu veux être heureux une heure,

Enivre-toi,

Si tu veux être heureux un jour,

Tue ton cochon,

Si tu veux être heureux une semaine,

Fais un beau voyage,

Si tu veux être heureux un an,

Marie-toi,

Si tu veux être heureux toute ta vie,

Fais-toi jardinier



mardi 16 mai 2017

Mt Doubt

The Loneliness of the TV Watchers est l'EP de Mt Doubt qui sortira le 2 juin 2017 et qui fait suite au single Tourists de mars dernier. La presse souvent qualifie son style de 'dark pop et alt.rock noises' et pour ma part je suis accrochée à l'univers de Leo pour toutes autres raisons.

Je chroniquais son album il y a presque un an : "Paru en juin 2016, l'album In Awe of Nothing de Mt Doubt est un disque somptueux. Du début à la fin, il a de la saveur, du caractère dans les mélodies, dans l'instrumentation et dans les mots. L'auteur-compositeur écossais Mt Doubt, Leo Bargery, nous emmène dans son univers indie-pop parfumé de paysages verdoyants, de fjords, qui contrairement à son titre d'album, peut rendre contemplatif et admiratif. Les airs pop, formidablement alternatifs, font danser, rêver, habillés de lumière pour des thèmes parfois sombres. Les orchestrations sont originales avec des claviers, des guitares, des rythmiques et des choeurs qui lancent des joyeux 'hoohoho' couronnés de 'papapa' sautillants. (...) Leo y appose 10 chansons avec une dominante de guitares poppeuses pour créer des ambiances fascinantes, mêlant les saisons, enlaçant les instruments, avec une plume colorée et inspirée comme quand sur Feathers, Mt Doubt compare sa relation amoureuse à une carte postale de Guernica . (...) L'album se termine sur le puissant Bastard Sea, pop et rock, qui forme la boucle avec Fjords et pousse à imaginer des vikings punks sur ce titre fabuleux plein de fibre nordique offensive, impossible à ignorer dans ce consistant et excellent In Awe of Nothing."
MtDoubtPiggledyPop2016



En quelques mots, ce qui me séduit chez l'écossais outre ses boucles rousses qui forment une crinière flamboyante, c'est son caractère, ses compositions offensives, cette âme nordique, cette impétuosité digne de l'Ecosse qui forme la culture musicale de ce pays. Il en est l'ambassadeur. Dans le monde de l'indie pop, Leo est un highlander.

The Loneliness of the TV Watchers est un tartan de notes chevalresques dans les guitares, dans les mots et dans le chant. Il suffit d'écouter les premières notes de A Natural Swimmer pour deviner qu'il y a un chaudron de romantisme derrière la colère et la rébellion. La rythmique entraine, sous une tempête de guitares, grâce à l'effet acier d'une épée que produisent la batterie et les choeurs puissants, à l'unisson avec celle de Leo. Reference Books plaira aux amateurs de littérature, déclinant le long de la chanson des noms d'auteurs . Les 'sad guitars' évoquées dans le titre sont plus que jamais révoltées et guerrières. Mt Doubt dépose de la magie énergique et transforme ses airs en écrin rock alternatif, prenant des directions artistiques inattendues.
Purity arrive en offrant comme son nom le dit un instant de pureté décrivant des matières, organiques et plastiques, surplombées d'étoiles. Avec sa plume délicate, poétique et métaphorique, Leo chante ses mots aériens animés de chevaux blancs et de paradis avec une vigueur et une force à l'image de la batterie redoutable. Le thème The Loneliness of the TV Watchers apparait sur le magnifique Soft Furnishings qui conclut l'EP avec une once de philosophie ornée de guitares formidables et d'une mélodie revigorante. Comme à son accoutumée, Mt Doubt signe un cinq titres solide et harmonieux qui fait résonner le talent d'auteur-compositeur de Leo et fait relever la tête de son auditeur. The Loneliness of the TV Watchers est une pierre précieuse pop chaleureusement conseillée, à retrouver chez nos amis de l'excellent label Scottish Fiction.
ScottishFiction
MtDoubt





lundi 8 mai 2017

Ramirez Exposure

Ramirez Exposure est le projet passionnant de l'espagnol Victor Ramirez qui compose, écrit et joue tous les instruments. Après le premier album jangle pop et sunshine Book of Youth en mars 2015, le musicien signe le 22 avril 2017 une seconde perle pop nommée Young Is The New Old. Les neuf titres de l'album font rayonner ses influences comme Big Star, Television et Ken Stringfellow avec qui il travaille en 2010 pour son tout premier galop appelé Oh Libia!, nom de groupe et du disque. Ken produit et joue de la basse, des percussions, guitares et claviers. Plus tard, en 2014, Victor collabore avec Tortel, autre artiste de Valence et ils signent ensemble l'album Coleccionistas.



Ce génial disque powerpop enregistré entre l'Espagne et la France, dont les deux titres Hazel Love et la reprise Suddenly Sunshine, ce dernier écrit en 1972 par l'auteur-compositeur américain Marc Jonson, sont produits par Ken Stringfellow. Pour les sept autres c'est tout le talent de Victor, son inspiration, son style, qui resplendissent. Du haut de ses 26 ans, il compose des mélodies ouatées et sucrées, des myriades de sonorités affranchies et lointaines des vilaines modes musicales, ce qui montre une certaine maturité, un caractère trempé. La charmante pop de Hazel Love convainc de suite et ses paroles aériennes amoureuses qui forment une chanson capitonnée de tendresse. Les arrangements bondissants ornés de claphands, de tambourins de All's Well That Ends Well continuent d'embraser les oreilles quand Sweetheart arrive. La mélopée rieuse et fraiche est brodée de pop. Les guitares, gorgées de rock mélancolique, scintillent sur The Heartbreak Kid inspiré du film du même nom, titre sur lequel Richard Lloyd du groupe Television a amicalement ajouté son jeu de guitare. Victor: "It’s about the need to live one’s life to the fullest, to escape a worldly life, a comfort zone where we ended up becoming prisoners."



L'idée du changement, d'un nouveau départ, revient, joyeusement alternatif et galbé de rythmes, de 'papadapa' comme sur Blurred Vision, aux allures fifties gracieuses qui font des loops et des boucles aspirantes. Les sentiments fleuris de papillons inondent Suddenly Sunshine 'Suddenly sunshine girl, rained on my whole wide world, covering all my blues, I tell everyone the news, Every night, everyday, I am falling in your love.' Malgré une tonalité de blues, la rythmique, les harmonies sont rayonnantes. L'énergie poursuit sur Fiction qui offre la participation de Brian Young, batteur des Jesus And Mary Chain et des Fountains Of Wayne, avant le velouté Young Is The New Old qui parle de Cannes, ensoleillé, tamisé de cordes taquines au style sixties pour terminer le disque. Les compositions de Young Is The New Old explorent entre les lignes les influences de Victor Ramirez : Beach Boys, Beatles, Big Star, Jon Brion ainsi qu'un univers commun avec les groupes dont il partage l'affiche comme The Pains Of Being Pure At Heart et Jacco Gardner. Ramirez Exposure, invité à Beniscassim en 2016 sera aussi présent au SXSW en 2017 et poursuit son chemin brillant en Espagne et sur les routes du vieux continent.
RamirezExposure



Victor avec Tortel


dimanche 7 mai 2017

The Soundtrack of Our Lives

Voilà un bon grand groupe de suédois barbus qui signe des albums rock, punk, pop psychédélique à se prendre les pieds dans le tapis de poils. Créé en 1995 et disloqué en 2012, The Soundtrack of Our Lives n'est donc pas une nouveauté mais comme il m'accompagne parfois quand je le sors des fagots, qu'il me marque, je le partage ici. Il y a d'abord Welcome to the Infant Freebase en 1996, Extended Revelation for the Psychic Weaklings of Western Civilization en 1998, Behind the Music en 2001, nommé meilleur album alternatif aux Grammy Awards, Origin Vol. 1 en 2004, A Present from the Past en 2005, Communion en 2008 et le dernier Throw it to the Universe en 2012 ; Il y a amplement de quoi se régaler.



Ce que j'aime chez TSOOL c'est leur talent de musiciens multi-instrumentistes, de techniciens, leur oreille absolue, ce don de mélodistes et cette flamme qui anime leur âme de troubadours doublée de vikings. Ils manient aussi bien l'orgue, le clavecin délicat que les guitares électriques et batterie énervées. Ebbot Lundberg chante et joue de la guitare, sitar et harmonica, a depuis le split signé trois albums en solo, Åke Karl Kalle Gustafsson joue de la basse, clavecin et violon, Martin Hederos aux arrangements de cordes, joue de l'orgue, mellotron et piano, Fredrik Sandsten est à la batterie et percussions, Mattias Bärjed et Ian Person aux guitares. Sur Behind the Music Ebbot invite la famille en la personne de Eva-Tea Lundberg, artiste classique, pour jouer du cor. C'est l'album qui me hante le plus souvent et dont la fibre sixties me séduit. Infra Riot plante le décor avec ses guitares comme sculptées dans l'ébène, accordées d'or et ses paroles éloquentes "It's time to take control again and be the only one". On se met à sauter comme un sioux et à secouer les tresses avec frénésie. L'ambiance hautement rock est rehaussée par la magnifique batterie. Surround Sister suit, psyché et puissant avant le sublime In Someone Else's Mind qui sort du chapeau des influences comme Syd Barrett et les Stooges.



Le tempo reprend de la vitesse et de l'énergie avec Mind The Gap, ballade pop qui résonne cette fois plus seventies quand arrive le délicieux harmonium façon Kinks et Beatles de Broken Imaginary Time, savoureusement orchestré sur un texte qui grince des dents. L'attention redouble. Logiquement le titre 21st Century Rip Off débarque avec sa rythmique fleurie de tambourins et sa ribambelle de guitares accueillantes. La douceur et les harmonies brillantes habillent Tonight, alternant entre le piano, les synthétiseurs et le chant chaleureux. Les voix en chorale renforcent le style rock et offensif de Keep The Line Movin' puis Nevermore monte aux créneaux avec ses guitares britpop et et Independent Luxury persiste en sortant l'armada de notes psyché. Ce titre magistral annonce la guitare acoustique audacieuse de Ten Years Ahead et le tempo furieux, lumineux de Still Aging assaisonné à la sauce la pop de The Coral ou à celle des compatriotes Eggstones. L'échappée mélodique continue avec In Your Veins qui met en avant la guitare et le piano pour délivrer une perle amoureuse, impeccable de subtilité. The Flood et sa touche indie stylée Pulp offre un nouveau tour de piste harmonieux et captivant avant l'enveloppant et caressant Into The Next Sun qui conclut l'écoute. Behind the Music contient tout ce qui représente un artiste, ce qui le révolte, l'anime, l'émeut et dessine le parcours constant et admirable des The Soundtrack of Our Lives.
TheSoundtrackofOurLives



Spearmint

J'écrivais l'été dernier : "Groupe de Londres né sous l'impulsion de Shirley Lee à la guitare et chant, il s'étoffe avec Simon Calnan au clavier et chant, Ronan Larvor à la batterie, James Parsons qui passe plus tard de la basse à la guitare, s'occupe également des superbes pochettes d'albums et le bassiste officiel Andy Lewis jusqu'à aujourd'hui. Je suis passée à côté de Spearmint à l'époque (1995) et même récemment en regardant le film (500) Days of Summer dans lequel Joseph Gordon-Levitt's fait cette remarque: “It pains me we live in a world where nobody's heard of Spearmint". 500daysinSummerPiggledyPop2010



Depuis le magnifique album pop Paris in a bottle de 2006, Spearmint a signé en 2014 l'album News from Nowhere où James et Shirley se partagent l'écriture, ce qui montre que le groupe a traversé ce lustre sans perdre d'ambition, d'inspiration, de spontanéité. Véritablement habitées par l'indie-pop, les compositions fulgurantes tiennent de la qualité des Smiths, Pulp, Bmx Bandits et toute la smala britpop qui est au top des références dans le domaine. J'écoute maintenant en boucle les Spearmint qui n'ont pas raccrocher les guitares. Ils travaillent en studio en ce moment à d'autres belles chansons, à ces cascades d'harmonies, de mélodies, à ces voix résonnantes, emblèmes de la pop et désormais dans mon panthéon Piggledy Pop. L'album en préparation sortira en septembre 2016."
SpearmintPiggledyPop2016

Il y a quelques mois parait donc le vinyle de dix titres It’s Time To Vanish.
In the Shade annonce de suite la solidité des arrangements et des enregistrements assurés par le producteur John Etkin-Bell qui était aux manettes pour le fameux Sweeping the Nation en 2000. Le son pop virevolte sur les claviers de Simon, la voix de Shirley claire et dynamique sur la basse d'Andy et les volées de cordes des guitares électriques de James et de Shirley s'allient magnifiquement à la trompette de Tom Livingstone et au trombone de Will Rumfitt. Le thème de la lumière, de l'ombre, du mouvement, des portes, des astres et de l'amour évidemment sont portés par les guitares jangle teintées de britpop avec de la soul et du rock, fort dansants.



La rythmique galope dans chaque instrument de Clean Money, ritournelle entêtante qui prépare à la mélopée pop folk sacrément bien construite de Sunflowers Eyes, aux sentiments amoureux ascensionnels. La prestance mélodique se poursuit You Woke up the Wrong Man où le chant de Shirley m'évoque le style de David John Haskins ou de Luke Haines, blindé de charme désarmant. Break with Me, romantique et efficace, offre une composition ornée de cuivres aussi sensuelle que son texte quand Man and the Moon propose un tempo majestueux, mordoré d'electro-pop soul enivrante. Les oreilles sont accrochées aux notes du piano nostalgique de Someone's at the Door qui déroule des harmonies et une mélodie touchantes. Le tempo repart en foulées sur I Used To Run où la basse et la guitare sont chaloupées et montrent leurs tempéraments. L'harmonie dans la voix en acoustique de Shirley sur Rest Your Skin est fort émouvante quand il clame 'it's like the world is on fire' pour enchainer sur une note plus offensive et Sleepy Head aux arrangements alternatifs somptueux. It's Time to vanish inspire et resplendissant de sonorités britpop, il trotte en tête un sacré moment. Spearmint



dimanche 30 avril 2017

Secret Gardens

C'est le printemps, tant attendu. Les racines s'épanouissent, délivrent des tiges, des feuilles, des fleurs, les sèves s'élèvent, la terre arable peut enfin être labourée et le jaune or du colza peut enfin s'étendre à tout bout de champ. Fallen Love Records est un label canadien de l'Ontario qui ce 21 avril 2017 signe une compilation vernale de bon aloi. 70 minutes, 22 chansons et 22 artistes de 8 nations différentes qui la composent y consacrent le printemps. Secret Gardens, idéale pour un pique-nique, un tour de bicyclette, un moment de jardinage rend hommage au printemps aux quatre coins du monde avec des groupes d'Australie, du Canada, d'Angleterre, du Japon, des Pays-Bas, de Pologne, de Russie, et des Etats-Unis.



Secret Gardens éclot avec Spring Is Here par Songs By Thom qui comme la rosée du matin, dépose illico une brume de pop, de twee, sur l'écoute comme le souhaitait le label : "Fallen Love Records is a bedroom label based out of Oshawa, Ontario, Canada. We traffic in pop songs. We had been on hiatus since autumn 2015 but now we are back. So fold up your sweaters and oil your bike chains. The blankets on the beds are melting and the flowers will be blooming soon. Let’s start again."
Alors on y va et on le suit dans la célébration du printemps sur la guitare électrique fort sensuelle de Home Movies qui chante Let The Sunshine avec une pépinière de 'lalalala' pop et soyeux. Le style garage fifties débarque avec sa rythmique vitaminée grâce à Brunch Club et leur Wasted Sun suivi du très twee Merry Go Round des Twinkle Twinkles, engageant et dansant. Sleuth arrive dans le casque avec un somptueux A Point Of View, rock et alternatif où guitare, claviers et voix tourbillonnent sur une mélodie chlorophyllée aux Smiths. La compilation fourmille d'horizons et Chicago apparait sous la partition aérienne et légère de Saku signée Benjamin Boyd et son projet Sushi Backpack. La disco-pop efficace et rythmée de Pologne avec Rycerzyki offre le sublime titre The Mating Season .



La féminité dépote avec l'entrée de Minutes From June, du Nouveau Mexique, et son pop-folk Your First Million jusqu'aux voix en duo mélangées à la guitare, batterie et maracas déchainées sur le garage-pop Mood Swings des australiens Good Try.
Le chant de crooner coquin de Blimp Rock sur Wet Hot Canadian est un régal. Il fait sautiller la mélodie sur le texte arrosé d'humour. L'esprit cabot poursuit dans I Want To Be Your Cat chanté par les japonais Milk Film où le rythme chaleureux doowap, les sifflements accompagnent le tambourin et l'orgue. L'excellent Dennis Driscoll de Washington apporte sa patte electro-pop sur Because Doggo, savoureusement imagé et samplé. La douceur de Озеро surgit avec nos amis russes Малыш Камю (malishkamu) au chant d'ange dont je suis fan : МалышКамюPiggledyPop2014



Le tempo subtilement twee de Finnmark! nourrit Going Nowhere de l'âme pop anglo-scandinave que les amateurs du genre connaissent bien. Ed et Owen nous pondent un très fin morceau comme de coutûme avant le bondissant et fleuri de notes Wistaria des Old Lacy Bed, groupe de quatre japonaises qui se greffe parfaitement à la compilation. La pop se fait de plus en plus fertile avec le clap-hands de Sarah, Plain + Tall sur Spring Cleaning suivi du 'ambiant' electro Sufjan de la chanteuse de Toronto Kira May. Les amplis chauffent sur Mr. Punxsutawney dans le jardin des Total Goth de Denver avec un son saturé psyché dans les guitares adouci par le tambourin. Le climat des néerlandais Ghost Thoughts sur Everyone Dies Alone devient pastoral, sunshine-pop, et se greffe avec élégance à la suite de titres comme Emma + Asher et son Elevator ou encore Sarena Steeber feat. Micah Dunlap qui signent Irene Avenue et Red Go-Cart sur Nineteen Seconds [Spring Night Version] dont l'atmosphère rappelle sensiblement la twee des Field Mice et des Pains Of Being Pure At Heart.

A l'écoute de Secret Gardens on récolte des moments de joie, de nostalgie, on reçoit de l'émotion. Les compositions diverses produisent l'effet d'un melting pot de senteurs et de couleurs en ce retour des beaux jours et cette jolie galerie musicale offerte par Fallen Love Records, entre les oreilles, suspend le temps (pas le taon!).
FallenLoveRecords







vendredi 28 avril 2017

Soft Hearted Scientists

Soft Hearted Scientists sont signés chez the Hip Replacement où les musiciens font paraitre leur magnifique double album Golden Omens ‎en 2016 faisant suite à l'album What Ever Happened To The Soft Hearted Scientists chez le label Fruits de mer que je recommande de visiter, ainsi que ses branches, Friends Of The Fish et Regal Crabomophone où vous pourrez pêcher la compilation The Crabs Sell Out / The Crabs Freak Out produite par Soft Hearted Scientists.
Le groupe gallois confectionne des mélopées pop psychédéliques, pastorales, dotées d'influences sixties et seventies. La qualité de la composition alternative, dansante, est garantie. Avec une dizaine d'EP à leur actif, Soft Hearted Scientists qui commencent leur exploration musicale en 2001 avec un 4 titres sur cassette, proposent depuis Take Time To Wonder In A Whirling World ‎en 2007, Wandermoon en 2011, False Lights en 2013, The Slow Cyclone en 2014 et le dernier en date Golden Omens.



J'aime ce groupe parce qu'il est déjanté, complétement fou. Ces drôles de zigotos ont un talent infini, mêlant le folklore gallois, au style psyché des Incredible String Band tout en allant ramasser des crevettes avec des palmes en lisant Richard Brautigan. Ils ne se prennent pas au sérieux et pourtant leur musique fourmille d'arrangements exceptionnels, inspirés et travaillés. Ils savent allier avec un don furieux le style horror, plein de fantômes, de chevaliers médiévaux, de vampires mexicains, tout en parlant de fleurs, de campagne et de leur terroir. Comme décrit dans la biographie du groupe, ils sont quatre depuis 2007, Nathan Hall au chant et à la guitare, Dylan Line à la guitare acoustique et aux synthétiseurs, Paul Jones à la batterie et Michael Bailey à la basse. Nathan : "Anyway, the Soft Hearted Scientists now numbered four and we knew we could take on the world. Or at least Wales. Or at least bits of Wales. Preferably in close proximity to Cardiff. A stone’s throw from my house even better. Actually can we just do gigs in my garden?"



Nathan aime Syd Barrett qui est sa référence artistique 'Syd Barrett could get away with singing songs about goblins and gnomes'. Il aime aussi Bob Dylan, The Byrds, Beta Band, Love, Brian Wilson, Gorkys Zygotic Mynci, Velvet Underground. Ces influences transpercent les 65 minutes et 26 titres de Golden Omens dont le thème envoûte littéralement et dont les harmonies subtiles subjuguent. L'écoute du double album est un réel voyage, assuré par la créativité et l'inventivité fructueuse des artistes gallois. Les endroits décrits, les histoires, les arrangements peaufinés et stylés 'new psychedelism' nous invitent à les suivre et à découvrir leurs univers, débutant par Little Gardens Full of Ghosts en passsant par Rue du Day, qu'il pleuve ou fasse beau, On a Clear Day I Can Think for Miles ou If Only it Would Rain Again on passe par l'ambiance maritime, urbaine, stellaire avec Helicopters of Habershon Street, People Cities and the Silence, 27 Seconds in Antarctica. L'ambiance est fantastique, habillée d'Histoire et d'histoires, alimentée de nature où les mélodies surfent sur les rivières entre les montagnes et de littérature. Je recommande ce vol plané multicolore, ce bijou Golden Omens qui emmène dans des temps soldés mêlés de contemporain avec une grande classe et une grande beauté. Les Soft Hearted Scientist forment un groupe énigmatique dans le monde indie, secret, et pourtant une pièce maitresse actuellement en studio pour travailler un album à venir.
SoftHeartedScientists