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dimanche 15 octobre 2017

The Luxembourg Signal

Signés sur le label ami Kleine Untergrund Schallplatten de Augsburg et Shelflife Records de Portland, les américains The Luxembourg Signal sillonnent la planète depuis des décennies avec une dream pop fantastique dans la besace. Basés à Los Angeles, l'indie-pop du groupe passe les frontières pour son dernier album et son joli nom Blue Field paru le 13 octobre 2017 en invitant Bobby Wratten des Field Mice et de Trembling Blue Stars à l'enregistrement. J'aime beaucoup cet ensemble d'artistes qui forme un cocktail puissant de sonorités sur les albums, grâce à leurs expériences, leurs personnalités et leurs diverses influences.



Je les évoque ici même l'an passé : "Voici un groupe qui séduira les amateurs du genre indie-pop, les aficionados de feu Sarah Records et de la Factory. The Luxembourg Signal est un groupe composé de pointures qui signe l'album du même nom en 2014. Cette réunion d'artistes pop qui jouent dans leurs formations respectives depuis des années, comporte le trio de Los Angeles, Aberdeen, Beth Arzy (également dans Trembling Blue Stars), Brian Espinosa et Johnny Joyner, la chanteuse anglaise Betsy Moyer qui enregistre les voix à Londres, Dale Crover des Melvins à la batterie accompagné de Toshi Kasai (acolyte des Melvins), Ginny Pitchford, Dave Newton, ex-guitariste de Fonda et de Mighty Lemon Drops au mixing, accompagné de son ami David Klotz, pilier des Fonda, Daniel Kumiega à la guitare, John Girgus ex-guitariste de Trembling Blue Stars, aux claviers, chant et guitare. Toute cette joyeuse troupe regroupant des talents, de l'inspiration, de l'expérience, nous délivre un album de 10 titres de dream-pop monumentale." TheLuxembourgSignalPiggledyPop2016

Blue Field sorti il y a deux jours est génial. A son écoute, j'entends leur humour, leurs références culturelles, dans une ambiance troisième type où des ovnis grattent le casque audio survolant l'Antarctique et déposant une dose de plutonium pop dans l'ouie. Le premier des dix titres There's Nothing More Beautiful Than A Well-Made Machine annonce d'emblée la couleur électrique planante. La mélodie étreint, sert l'étau avec ses guitares et ses claviers inquiétants. Le synthétiseur poursuit l'invasion des oreilles avec Atomic N°10 où les guitares et la batterie ne lâchent pas la rythmique musclée. L'intensité des arrangements colle aux mots 'the room is on fire, let it burn' avant que la batterie rallume les tambours d'Antartica, au beat pop très dansant. La guitare dévoile des harmonies gothiques romantiques sans pitié. Le style shoegaze impitoyable continue sur Blue Field, virevoltant, envoûtant, une tuerie pop qui fait pogoter frénétiquement les rotules pendant cinq minutes .



J'applaudis le savoureux mélange de talents encore une fois, avec les voix de Beth Arzy et de Betsy Moyer, la brillance de Brian Espinosa à la batterie, le génie de Johnny Joyner à la guitare et de Daniel Kumiega à la basse, auxquels s'allient Ginny Pitchford aux claviers et Kelly Davis à la guitare. Le tempo décolle et prend des allures cosmiques sur Shipwreck avant le gigantesque Are You Numb? qui ramène par les bretelles aux eighties et aux nineties. Le son est parfait avec aux manettes les ingénieurs Ian Catt, Mark Rains, David Klotz et Jon Chaikin au mastering qui me permettent de monter le niveau sonore sans dégâts collatéraux. Et même s'il y en avait... Fall Feeling sort de l'arsenal ses lignes de guitares brit-pop pour accueillir le chant sensuellement pop de Bobby. Malgré la silhouette dark et cold apportée avec soin, Slow Delayed Heart fait rêver quelques secondes avant le réveil vitaminé de Laura Palmer qui débarque avec sa fulgurance des eighties comme si David Lynch revisitait New Order de façon noisy et moshy. The Luxembourg Signal donne le coup de grâce et de classe avec What You're Asking For qui termine l'impressionnant Blue Field que je range chaleureusement dans mes favoris Piggledy Pop 2017.
TheLuxembourgSignal



Glassmaps

Glassmaps est l'alias de Joel Stein, ancien guitariste de Howling Bells, qui signe le premier EP My Head, My Heart en 2014. Son travail solo, écriture et composition, est accompagné d'un esprit d'équipe avec à ses côtés, les batteurs Christoph Schneider et Jaan Siekmann, du bassiste Rob Kerner, du pianiste Joscha Eickel. Comme beaucoup d'auteurs, Joel est sensible aux saisons, aux climats et écrit subtilement sur ces changements du temps comme sur l'amour, les bonheurs, les pertes d'êtres chers. Sa voix particulière apporte une musicalité supplémentaire à ses titres dansants electro-pop qui nous ramènent parfois ce parfum nostalgique de la madeleine de Proust pop : les Beatles.



Je savoure l'album Strangely Addicted et ses 10 fabuleux titres enregistré dans le home studio du bassiste des Killers, Mark Stoermer et qui sortira le 10 novembre prochain. Il attaque avec le piano opéra rock de Strangely Addicted. La batterie pleine de vigueur répond aux guitares offensives pour ce titre amoureux qui dégage une énorme énergie. Puis Summer Rain entre en piste, oxygéné et en force, avec sa guitare électrique, la batterie et la basse assurée par Mark, joliment combatives. La rythmique n'abdique guère grâce au savoir-faire du batteur Glenn Moule sur l'ingénieux Hyponotised et son allure psychédélique accrocheuse. Les effets de voix montent en puissance sur des arrangements judicieux et puissants. I'm sorry déroule deux minutes de douceur sur le chant émouvant amplifié par le microphone Telefunken et une basse sensuelle efficace qui porte sa dose d'optimisme comme dans Future Love qui suit. La mélodie somptueuse est accompagnée d'une solide instrumentation. La soul et le funk viennent hypnotiser les oreilles sur In the ShadowsJoel Stein et ses musiciens brulent d'imagination et de technique jusqu'au formidable Don't Think Twice.



Là, tout le rock britannique carillonne et vibre. Celui des anglais des Hollies, Wings, Searchers surgit sur une huit cordes, une six cordes; Des cordes pincées folk et des choeurs associés, il en pleut des myriades dans le studio où s'entremêlent les banjos, les double-basses et les guitares vintage. Les voix groupées et alliées continuent sardanapalesques sur le jovial Golden Dayze avant d'accueillir la balade langoureuse Inner Place aux mots nostalgiques touchants 'there's nothing wrong remembering' qui plaira aux amateurs de Blur et de Lennon. Avec le splendide Old Friend, l'artiste londonien qui sait marier sa musicalité moderne à des mots charmants old-school au parfum désuet, séduit et montre que la musique reste intemporelle. Strangely Addicted en est un exemple par excellence, fouillé, inspiré, on y entend toutes les influences du rock anglais des sixties aux années 2000. Le génial label Lost in a Manor a saisi cette singularité dans le format des chansons et l'interprétation qui fait de Glassmaps un groupe à suivre et à découvrir absolument.
Glassmaps






samedi 14 octobre 2017

Grimme

Grimme est le nom de scène du musicien-magicien Victor Roux, producteur et artiste esthète. Il brode sa musique comme ses images vidéo pour un résultat homogène et beau. En mars 2017 parait son premier album The world is all wrong but it's all right qui m'accompagne depuis et dont je pioche les titres fréquemment sans me lasser. Originaire de Lyon, il est un auteur-compositeur inspiré qui façonne ses chansons comme des pièces montées où se superposent instruments à cordes et à vent. L'ambiance est pop orchestrale dans un esprit de narration omniprésent et l'auditeur de se forger paysages, couleurs et figures à son gré. Prolifique et complet, après son groupe de 2011 Azrael Victor lance Grimme en 2013, tout en composant en parallèle pour d'autres musiciens comme Laurent Lamarca. LaurentLamarcaPiggledyPop2013


L'album de onze titres commence sur le vertigineux The world is all wrong but it's all right. Les couleurs envahissent les paroles, les notes rythmées du piano galopent pour accueillir des cuivres, des choeurs qui s'élancent élégants. C'est une immersion spontanée dans l'univers Grimme. La pop de From the birds grignote l'attention avec le violon, la harpe et les percussions en cascade.Les mots sont pleins du spectre lumineux. Après les oiseaux, c'est le ' china cat' qui vient se languir sur le somptueux Lordship Lane hanté par la présence de David Bowie. Quand le trombone de I've gone to sleep se glisse sur les cordes, l'atmosphère devient lyrique et onirique. Roses, qui rappelle Painting Flowers du premier EP réinjecte une jolie dose de nuances parfumées nostalgiques. Le piano suit les ondulations du violoncelle et des voix pour nous emmener fureter dans un jardin romantique dissimulé au sein d'une ville.



La promenade sonore nous ramène à Londres avec le spoken words de London Trains avant Spilt violins qui tournoie dans la vie urbaine nocturne. A l'écoute des textes comme celui de Ever More, on distingue les influences anglo-saxonnes de Grimme qui aime Dylan, Beck, Rolling Stones et Johnny Cash. Les harmonies sentimentales du banjo prennent au fur et à mesure de la chanson un profil électrique. La pop élancée orchestrale revient dansante sur Sail On avec son tambourin et son volume mélodique, iodé de bleu. La basse d'Alexandra's palace virevolte, l'instrumentation rebondit, soft et cristalline, accompagnant la magnifique voix de Victor Roux. From a king to a Jack ferme l'album avec délicatesse et harmonie. Les notes composées sublimes se marient aux choeurs éblouissants et au grain de voix en or de Victor. The world is all wrong but it's all right est imagé, poétique, nuancé tant dans l'orchestration que dans l'accompagnement visuel, une réussite, le fruit travaillé et muri d'une belle inspiration.
Grimme



dimanche 8 octobre 2017

Magic & Naked

Magic & Naked est un groupe suisse de pop psychédélique superbement groovy qui nous ramène à l'époque estivale par le bout du nez. Ils sont quatre musiciens solides et inspirés : Elie Ghersinu au chant, à la guitare acoustique, basse et claviers, Léonard Persoz à la guitare électrique, Romain Deshusses à la batterie et guitare électrique, Augustin von Arx à la batterie, flûte et percussions. Se greffe aussi aux percussions un cinquième élément, Marco Guglielmetti. Venant les uns et les autres des formations genevoises The Cats Never Sleep et The Tangerines, c'est Elie qui en 2013 met en place le projet Magic & Naked avec une formule acoustique. Petit à petit, le groupe s'étoffe et le premier album parait en décembre 2015.
Ils aiment et écoutent Syd Barrett, Bowie, JJ Cale, The Beatles et on retrouve de la pop groove country psych folk pour agrémenter leur style musical résolument rock dans le tout nouvel album paru le 8 septembre 2017, Human Expression.



J'adore l'album. Il m'emmène dans mes rêvasseries dès les premières notes, fleuries et irisées, de What's behind that locked door. Symboliquement, ce qu'il y a derrière la porte est une douce lumière tamisée qui jouxte des partitions gonflées à la pop et au chant collectif qui lance des 'pa pa pa' entrainants. Les guitares poursuivent majestueuses et taquines sur All i want to do au profil garage-pop qui se permet un groove subtil avec basse et batterie. La rythmique remarquable sur les voix sucrées et rafraichissantes de My green bird nous rappelle les Beatles avec sa mélodie qui accroche, son clavier sixties et ses guitares qui gambadent princières. Les harmonies énergisantes, peaufinées de The Glance, pop psychédélique sixties, fait opérer le charme. Les arrangements ont de l'allure et scintillent d'élégance systématiquement sur chacune des pistes.



Le groove magique de Bring me the moon déroule un jeu malin de guitares et basse entremêlées qui semblent être tombées dans le chaudron pop. Le chant d'Elie grandiose offre du funk langoureux et brillant sur The Night I Found Out tatouée d'un son underground presque baggy. La flûte vient jubiler et batifoler avec la guitare acoustique sur In the morning quand la balade We Will Lose, dont le style alternatif inspiré et coloré aspire totalement l'attention, vient chevaucher le genre rock-psyché de ses particules acoustiques et électriques. La basse, intense, captivante poursuit sa course folle sur Dark Room qui pousse goulûment à danser et à se dandiner sur les vivifiants tambourin et clap-hands . Les textes amoureux nous prennent par la main pour des visites d'endroits aux décors mystérieux et rocambolesques. To Be A Queen poursuit dans la découverte d'espaces ronds de sensualité ; Idem sur Desert Sky qui démantibule la colonne vertébrale par ses gigotements frénétiques. Les guitares, basse, caisse claire et claviers ferment la marche sur un A Casual Warning habile et assuré. Human Expression est un album fin et abouti, aux titres entêtants et musclés d'inspiration, d'harmonies maitrisées qui guide les Magic & Naked sur le chemin du succès.
Magic&Naked



dimanche 1 octobre 2017

Eoin Dolan + Biggles Flys Again

Biggles Flys Again
Voilà une équipe que j'aime située dans la très belle Galway irlandaise. Ce sont deux spécimens, deux entités qui se sont croisées. Mixées, elles détonnent et délivrent un territoire indie garni de mélodies pop.

Eoin Dolan

Il y a d'abord Conor Deasy que j'écoute depuis plusieurs mois avec son projet Biggles Flys Again. Je l'ai découvert grâce à une vidéo concoctée par le réalisateur-designer compatriote Marc Corrigan. Suivez la flèche ⇒ MarcCorriganPiggledyPop



Le maestro est un guitariste talentueux et un auteur-compositeur ingénieux. Sa sensibilité déposée sur les partitions est d'une beauté infinie. Le premier EP de 2007 expose son univers artistique avec des chansons mélodiques et accrocheuses. Le jeune homme est un musicien qui partage son art avec idée et inspiration; L'EP Biggles Flys Again de 7 titres est varié, enregistré avec un 12 pistes à la maison ce qui lui donne une dimension humaine fort séduisante. Il est suivi le 1er mai 2008 de Chocks Away. Ce qui marque, en plus de la qualité sonore, c'est la musicalité dans la voix délicate, en relief, de Conor Deasy. Une série de singles parait Summer's Coming Soon en 2011, Friends en 2012 et Old Pop Song en 2013 dont je suis friande. Puis en 2013 Biggles Flys Again offre l'album grandiose Remember Saturday reprenant quelques singles et beaucoup de nouveautés, à savourer comme l'EP Chambers, dernière production en date.
En écoutant Conor Deasy, on se promène à son bras, battant la campagne, les saisons, avec son chien en éclaireur, parlant d'amour et musique sur des orchestrations de guitare, basse, piano et glockenspiel.
BigglesFlysAgain



Il y a non loin de là, un autre musicien et auteur-compositeur du nom d'Eoin Dolan. Quand Biggles Flys Again fait une pause en 2013, Eoin apparait avec le majestueux EP Placid Ocean en 2014. Suivi de singles qui annoncent le second EP Something Good, solide et entêtant sur lequel apparait comme guitariste un certain... Conor Deasy. Autour d'eux il y a une bande d'amis aussi talentueux, James Casserly à la batterie, Robin Van Der Klooster à la basse, Maidhc O HEanaigh à la flûte et pour rester en famille, Brendan Dolan est là, au trombone. En 2016, l'album Eoin Dolan arrive avec ses 9 titres somptueux, qui proposent aussi une ballade romantique iodée qui part des côtes irlandaises en larguant les amarres en compagnie d'Ocean Girl pour aboutir à Spain. Les singles suivent avec Rockefeller Christmas Address et I can make you hurt at will en 2016, One Girl et Good human being en 2017 qui accueillent Adam Sheeran à la basse.



Il y a une semaine, le 22 septembre est paru le sublime album Ubique. Eoin Dolan signe les 11 titres, chante, joue guitare et claviers, Conor Deasy est à la guitare et aux voix, James Casserly à la batterie et Adam Sheeran à la basse. L'aventure musicale prend place avec les effets flash-back du jeu de pistes à l'envers sur Good Human Being qui d'emblée m'évoque les Beatles. Ella continue la promenade pop sur des guitares joviales et une rythmique bondissante pour nous inviter à découvrir les grand-parents d'Eoin, Mícheál et Molly Dolan, Frank et Marcella Finn, à qui il dédicace le disque. Une sacrée musicalité émane des claviers et des cordes electro de My Life Grows on You où la basse charismatique et envoûtante, voltige. Elle se met au galop sur la dansante Sea of Hope où le chant analogique sème des particulaires interstellaires et cosmiques comme si John Lennon accompagnait les Neutral Milk Hotel pour une session en studio.



L'ambiance synthpop continue sur Civilized où la poésie s'immisce, planante et langoureuse comme sur It is Good That We Dream offrant des guitares magnifiques au son qui trottine taquin et furieusement funky. L'atmosphère est marine, vintage, avec des arrangements sixties mêlés de modernisme finement explorés comme le montrent l'instrumental Sunset Moon suivi de One Girl, carrousel de notes synthétiques et brutes. Crater of my Heart est un bijou de production blindé d'un romantisme sarcastique. Puis Forgotten Star, qui assure les frissons, est un coup de maitre en écriture et en interprétation, me rappelant cette sensation, cette émotion, à la première écoute de Placid Ocean et son casino en bord de mer. La voix et les mots en écho d'Eoin qui s'accompagne à la guitare sont extraordinaires. Le titre Ubique boucle l'écoute en douceur, aérienne et magique, démontrant qu'Eoin Dolan est un perfectionniste dans ses orchestrations, excelle dans la production pop kaléidoscope gratifiée d'une écriture élaborée.
EoinDolanUbique







vendredi 29 septembre 2017

French Boutik

Groupe pop mods parisien French Boutik apparu en 2012, quator fondu des sixties enregistre ses deux premiers EP, Ici Paris de 2012 et Mieux comme ça de 2014 en Allemagne. Les nouvelles m'arrivent toujours d'outre-Rhin quand French Boutik signe en octobre 2016 son album Front Pop chez Copase Disques, très chouette label de Hambourg.

Gabriela Giacoman au chant, Zelda Aquil à la batterie, Serge Hoffman à la guitare et Jean-Marc Joannès à la basse offrent des mélopées stylées pop 60's à couper le souffle. Avec un esprit très underground et cinématographique à la Truffaut, les titres sont romantiques et drôles, nostalgiques et enthousiastes. On y retrouve autant la fibre de la jeune Françoise Hardy que l'âme rieuse borderline de Nino Ferrer. Les French Boutik sont passionnément mods et pour se dorloter les oreilles avec leurs mélopées, on glisse sans compter les pièces dans le juke box. Gabriella, américaine, apporte sa touche d'exotisme avec son adorable accent. Les chansons sont principalement chantées en français même si l'anglais se faufile de temps à autre.



Serge qui aime The Eggstone, Dutronc, Supergrass, Divine Comedy, Blur fait de la scène depuis les années 80 avec son groupe influencé par les Jam, nommé Les Ventura’s. Puis il fonde le trio Chatterton dans les années 90 avant de rencontrer Zelda dans un bar à Paris où elle est Dj en parallèle de ses groupes Sixtits et Riot Girl. Ils signent ensemble en 2007 le titre Kinky Allumette qui mettra le feu aux poudres et lancera l'idée d'un groupe. Les deux amis rencontrent ensuite Gabriella qui écoute exclusivement de la pop mods, les Zombies. Tous les trois aiment la brit-pop, Paul Weller, XTC, Burt Bacharach, la Motown et jouent souvent en Angleterre accompagnés d'Olivier Popincourt aux claviers. Enfin, Jean-Marc arrive avec sa basse et son appareil photo, domaine dans lequel il excelle. Les French Boutik - avec un 'k' comme Kinks- sont au complet et se trouvent sur le terrain de l'esthétisme, du dandysme rebelle, de l'humour et de la musique.



Dans Front Pop, s'entendent les influences des quatre amis. Il y a de la soul, de la pop garage et psychédélique, des arrangements joviaux sixties et une griffe personnelle qui est la simplicité avec des textes géniaux qui parlent d'amour, d'amitié, de politique. Le Mac par exemple ouvre le disque; Zelda dégaine des paroles succulentes "Ca tourne autour de l'aspect grotesque de cet imposteur (Macron pour ne pas le nommer) et de l'impact qu'il peut avoir sur la société française. Une supercherie, un peu comme une publicité pour une lessive, mais en bien plus dangereux. Là, on est en plein dans l'actualité, je crois". Les Rickenbacker sont rutilantes, le clavier trottine sur les arrangements rock garage et la basse rayonne, avec entrain. Gabriella chante avec mordant 'où sont passées les voix contraires, elles n'ont aucune chance dans la bataille'. Le tempo devient plus groovy et bossa avec Sur mon écran, chanson délicieuse de drôlerie qui évoque une rencontre avec des affinités improbables. Le clap-hands et la batterie y resplendissent et les harmonies déroulent une rythmique solidement dansante. Puis c'est aux médias, aux analystes et journalistes politiques au garde à vous d'en prendre pour leur grade sur Expert où la plume truculente de Jean-Marc dénonce une propagande insupportable, indigeste dont souffrent les français.



Hitch a ride savamment orchestré avec la flûte traversière de Suzanne délivre une sacrée mélodie pop sucrée de fière allure, suivie de la rieuse Je regarde les tigres où flotte l'âme brit-pop. C'est Gabriella qui se frotte au texte avec un esprit taquin pour évoquer les gens qui s'insultent sur les réseaux sociaux au sujet de politique et redescendent de leur belle 'conscience' quand il s'agit de commenter des photos de 'chats'. Serge signe Impitoyable, un clin à Houellebecq par le style incisif et souriant sur des harmonies galopantes comme celles de Le casse qui enchaine, une embardée pop qui dépote en guise de bande son d'un Audiard. Costard italien propulse un air pop musclé typé Eggstone, à la touche moderne psychédélique, agrémentée du style parisien avant la fabuleuse reprise d'Hardy Je ne suis là pour personne, effeuillée avec réussite et honneur. L'esprit dandy arrive avec La chemise déchirée arrangée de claviers pertinents et d'un rythme finement révolté quand The Rent boucle la pépite pop de 11 titres de sa mélodie mellow, son texte fleuri de romantisme et son interprétation élégante. Front Pop de French Boutik est un régal de style, une brillante collection d'harmonies indiepop mods qui réveille et fait fondre les sillons.
Vielen Dank Heinz!
FrenchBoutik
CopaseFrenchBoutik



mardi 26 septembre 2017

Milk Teddy

Milk Teddy, alias du fabuleux guitariste, chanteur et auteur-compositeur Thomas Mendelovits accompagné de son frère Jonathan Mendelovits à la batterie, Alexis Hall aux claviers, Bronwyn Potts à la guitare et Rachel Stanyon à la basse, musiciens de Melbourne, signe le premier album Zingers en 2012.
Paru sur le label australien Lost & Lonesome renommé pour avoir dans son catalogue de véritables petits bijoux pop depuis une décennie, Time Catches Up est le deuxième album du groupe. Les titres sont formidables, du début à la fin. Invitations au voyage, les textes voltigent de villes en villes, de pays en pays, sous fond d'amour et d'indie-pop.



Le génial New York Rhapsody présente d'emblée une ligne de guitares ornée d'une rythmique vivace et fleurie. Les oreilles sont propulsées dans la ville magique et lumineuse grâce au tempo renforcé par le chant éclatant. Sans transition ni silence, la promenade ultra pop se poursuit candide, le nez au vent, sur la fraîche Rock 'n' Roll Cretin. La tête commence à dodeliner frénétiquement sur l'excellente Seletar Airport qui offre une mélodie ingénieuse, vrombrissante à l'image des réacteurs d'avion pour continuer sur la synth-pop envoûtante de Sweet Bells Jangled. La musique pop est à l'honneur, les harmonies de guitares sont formidablement dansantes. Les voix sont aussi élégantes que porteuses de spontanéité. Breakfast Impasto nous propulse dans une ambiance indie stylée et charmante, où l'écho danse dans les cordes. Le chant plane léger au-dessus du plateau de petit-déjeuner où jonglent pommes et muffins de Londres. La batterie revient vigoureuse sur les 'aie aie aie' souriants de la poppeuse Gothic Skyline qui redonne une énergie infaillible à la 'city'.




On retourne en Australie avec la conquérante et amoureuse Dreambone, sa rythmique ensoleillée et ses claviers donnent un sérieux béguin pour la chanson. De manière logique avec l'esprit qui émane des titres par la voix si belle et entrainante de Thomas Enthusiasts suit, bombardant des notes de guitare ardentes et un tempo splendide. L'ambiance devient drôle et alternative sur Mopey Tonight qui déroule une magnifique mélodie, comme sur la surprenante Funny Feeling au son lointain d'un concert live. Puis le glorieux Iron Rose raconte façon spoken-words les aventures d'un couple sur des arrangements originaux et vibrants de sensualité digne d'un céladon pop énamouré. Le disque finit sur un splendide Too Young to Vote Too Old to Cry dreamy et rutilant avec ses cinquante dernières secondes inattendues, rappelant Tokyo et ses kimonos. Les 12 somptueux titres nous font faire un périple géographique et musical dans une veine pop eighties réussie formant un Time Catches Up de toute beauté, une des plus belles signatures de l'année 2017.
MilkTeddy
Post-scriptum :  Je parlais en mai dernier de Milk Teddy dont je suis fan. Pour ceux qui ont manqué la chronique c'est par là MilkTeddyPiggledypop2017




dimanche 17 septembre 2017

Pete Fij and Terry Bickers

Le sublime album de Pete Fij and Terry Bickers, We Are Millionaires, paru en juillet 2017 m'accompagne depuis le printemps et plus je l'écoute, plus il me touche, devenant presque familier et surement addictif. Les deux musiciens ne sont pas des débutants et j'en fais un billet il y a trois ans quand parait leur premier album Broken Heart Surgery que je classe au top des albums Piggledy Pop.



"Pete Fij utilise son nom Piotr Fijalkowski en 1991 à Coventry pour former Adorable qui signera deux albums avant de splitter, puis suit le nom Pete Fijalkowski pour le projet Polak qui signera deux fabuleux albums en 2000 et 2002, formation dans laquelle joue aussi son frère Krzysztof Fijalkowski du groupe The Bardots. Apparaissant parfois avec House of Love, étant ami de longue date de Terry Bickers, en 2008 Pete avec une poignée de nouvelles chansons est prêt à entrer en studio quand un festival l'invite à venir jouer sur scène, il appelle son complice pour l'accompagner. L'idée de travailler ensemble fait son chemin et en 2013, Pete Fij/Terry Bickers édite un premier single, puis plusieurs, qui aboutiront sur Broken Heart Surgery le 7 juillet 2014. Une première version acoustique précède l'album comprenant les reprises réussies, Homeboy de Adorable et Love Vigilantes de New-Order. Quant à Terry Bickers, avec la création de House Of Love en 1986, il ne sait pas encore qu'il entre dans l'histoire de la britpop, de la pop, simplement, et en deviendra un acteur incontournable au mêmes titres que Felt, The Pastels, Teenage Fanclub, The Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine etc."
PeteFij&TerryBickersPiggledyPop2014



Dès l'amorce du disque avec Let's Get Lost Together, on plonge dans l'univers pop autant romantique que rock, poétique et épidermique, où rôde éternellement l'âme de Lou Reed. Les deux artistes réunis sont au sommet de la mélodie, inspirée, efficace, et de la pratique technique. L'introduction de We are Millionaires presse le jus qui va arroser tout le disque de vitamines, de parfums et de notes sucrées. Les guitares aux cordes tendues et gaillardes s'allient élégantes au chant de Pete et de Terry qui en osmose, se répondent et s'accompagnent donnant forme à leur belle et unique amitié.
Pete : "I was interested in having a song that had two males having a ‘bromantic’ moment. I couldn’t really think of anyone else who had done that. We are very different people, and work in different ways, but we’ve learned to deal with each other’s quirks. I quite enjoy the singularity and purity of a duo: there is only us two to hone and discuss the music, and there’s no band politics to work through." "There’s a genuine friendship between us which is very rewarding. I love Terry, and find him exasperating and exhilarating in equal measure, and I sense the feeling is mutual"

La batterie de If The World Is All We Have sort délicatement les balais pour laisser champ libre au clapfingers et à la basse . Les voix subjuguent dans un jeu d'écho pour imager un sentiment amoureux plein d'espoir qui devient délicieusement insistant sur Love's Going To Get You. Là aussi le grain de voix qui joue sur les arpèges en croonant façon Lee Hazlewood réussit à attraper les oreilles sur le tempo langoureux. La romance prend forme sous forme de métaphores, souvent proches du cinéma et de personnages de fiction avec un rythme permanent, hypnotique, qui nous capte et nous cueille. Le bouquet de notes offert, le vigoureux tapis de cordes de guitares sur We Are Millionaires de toute beauté laisse clairement place au désir "We both love downbeat movies (...) Inhabit a monochrome world, where the beat-up hero never seems to get the girl". Puis le réalisme toujours présent entre les lignes se mêle joliment à la poésie de Waking Up où les yeux, le regard sous les cils de velours battent la mesure. L'écriture est classieuse, l'interprétation de Pete qui susurre, charme et mordille est enchanteresse.



La mélodie de Mary Celeste m'émeut avec son mouvement typé Velvet Underground et son personnage mystérieux, qui se dévoile par touches comme un puzzle. Trottant dignement comme dans un film en noir et blanc, un peu ambigüe, d'espionnage ou d'amour, ou des deux, Over You délivre une impression de bande-son cinématographique. En guise de sniper positif, Pete déclame doucement et fermement ses mots mélodieux sur la guitare acoustique. Les arrangements soyeux et inspirés, sa palette d'émotions, sont magnifiques sur I love You . Le chant sensuel aussi tendre que passionné fonctionne à merveille sur les harmonies de guitares ingénieuses. Sous une veste mélancolique, Sometimes Soon dessine tout le positivisme de Pete et le génie de Terry à la guitare qui brille sur tout l'album. Le titre clôt en beauté les neufs titres tout en pensant à la suite. Le duo offre des mélodies et des orchestrations subtiles s'accordant aux thèmes d'une splendeur romantique. We are Millionaires se transforme en voûte artistique emplie d'étoiles. (Coup de coeur pour la pochette d'album signée de la photographe Rosanne De Lange.)
PeteFij&TerryBickers



Bunny

Bunny est le nom du projet et de l'album qui parait en août 2017 signé par quatre excellents musiciens de Toronto. C'est le premier album du groupe mais pas une première expérience, les compères canadiens se connaissent depuis sept ans et jouent dans d'autres formations : Drew Smith à la composition, guitare et chant (Grapes Godly, The Bicycles), Jordan Howard à la guitare (The Magic, I Am Robot and Proud), Andrew Scott à la basse (Biblical, The Bicycles, Sebastian Grainger), Dan Werb aux claviers (Grapes Godly, Woodhands) et Jay Anderson à la batterie (Grapes Godly, Biblical, Comet Control). J'évoquais il y a quatre ans le talent de Drew et ses amis en parlant de The Bicycles par ici : TheBicyclesPiggledyPop2013

Pour compléter le délice sonore, il y a l'album de 2010 Gadzooks signé par un l'autre alias de Drew, Doctor Ew, accompagné d'Andrew Scott et Matt Beckett. Cet album est une véritable pépite pop psychédélique qui surfe sur le sillage Brian Wilson, arrangé avec une fibre pop sixties orchestrale. Les 14 titres sont bigrement beaux et addictifs. Je conseille cette petite bombe précieuse intemporelle qui rappelle l'univers d'Harry Nilsson, tout simplement grandiose. DoctorEwBandcamp




A l'écoute des premières notes de l'album Bunny et son opus Aloo Lemmi Noyoo, la pop funk agrémentée de soul vient caresser les oreilles dressées. En bonus du régal dansant et rythmé, la vidéo croustillante offre de l'humour grâce à l'inspiration riante des réalisateurs Allison Johnston et Henry Samson. La basse virevoltante et l'esprit rythm&blues de Dracula's Blues montrent tout le talent de compositeur de Drew Smith qui offre un chant sucré et très mélodique. Les arrangements seventies glissent langoureux comme sur le fabuleux Castle et sa guitare rayonnante, ses cuivres rutilants, ses violons vibrants. If Only In A Dream propose une balade indie-pop sautillante et légère chantée par une invitée à la voix cristalline, Isla Craig. La pop est à l'honneur sur Soda Pop qui fait résonner le génie d'écriture de Drew comme sur One Less Heart avec ses synthétiseurs à la qualité époustouflante.



L'âme sixties vient s'immiscer sur la galopante If You Wanna Be My Boy, You Gotta Be Cool honorée par une autre invitée, Meighan Duffin, qui vient prêter sa voix. Le boogie de Memory Curator attrape l'attention avec son tempo délicat et ses choeurs qui raniment l'esprit des Beach Boys. Suit le prodigieux Daydrunk duveteux et lyrique rappelant la fibre de Randy Newman avant le funky Face Your Own et ses harmonies de saxophone et de synthétiseurs triomphantes. La guitare majestueuse ouvre Distracting Myself, suivie par les cuivres, la flûte et la voix sublime de Drew Smith qui sait habiller ses compositions de fraicheur pétillante comme sur The Memory's A Cold One . Puis Robes avec ses accords alternatifs boogie resplendit, petite merveille swing avant le dernier titre Hunny qui rend l'atmosphère empreinte de rêverie autant que de nostalgie pour une promenade où on se laisse porter comme une plume. Bunny, au charme infini avec ses mélodies offertes par Drew et portées par son interprétation transie de classe, livre des frissons garantis. Bunny



dimanche 10 septembre 2017

Kumisolo

Kumisolo de son vrai nom Kumi Okamoto est une artiste japonaise qui vit à Paris et fait ses premiers pas en studio en 2009 pour signer en cavalier seule l'album de 15 titres furieusement pop My Love For You Is A Cheap Pop Song. Kumi écrit et compose des mélodies ritournelles dansantes et rebondies qu'elle interprète à cheval entre le français et le japonais. Cet opus est fabuleux, une suite de chansons différentes, arrangées avec beaucoup de finesse et d'instruments, claviers, cuivres et cordes . Suit en 2012 l'album Coeur Frag de 5 titres puis en 2013 La femme japonaise comportant aussi 5 titres dont Transports en commun qui dévoile alors l'esprit drôlissime de la musicienne et son univers plein de fraicheur, comme dessiné avec les traits naïfs et colorés d'un manga. Le génial La Chapardeuse est partagé avec Ricky Hollywood dont je parle là : RickyHollywoodPiggledyPop



Kumisolo vient de nous offrir au printemps 2017 un superbe nouvel album appelé Kabuki Femme Fatale. L'album est arrangé par le leader du groupe suédois de pop bossa et tropicale Joe Davolaz, avec qui elle partage le titre bossa nova Cha Cha André en 2015. Cette collaboration s'entend dans Kabuki Femme Fatale, mélange de twee, de pop bubblegum, de bossa, de pop sucrée sixties qui rappelle les influences de Kumi comme Françoise Hardy et Martin Denny, mariées au savoir-faire et à l'ingéniosité de Joe. Ce cocktail ensoleillé harmonieux ne tarde pas dès les premières notes de flûtes sur Voyage jouées par Kumi. Le texte, qui chanté en français avec grâce et un petit accent délicieux, s'y met aussi décrivant un paysage urbain doux et souriant. Les trémolos dans les cordes de guitares pop-garage fifties sur la basse grandiose sont fort réussis. L'ambiance sixties revient sur Pop Girl et ses trompettes, ses cornets rutilants ornée d'une rythmique tambourinante et joyeuse . Kumi nous emmène avec elle dans ses découvertes et ses étonnements, ses mirages, ses reflets avec des mots toujours élégants et merveilleux. Jungle Lady continue dans l'amusement et la légèreté qui fait simplement du bien et même rire. Le rythme envoûte et le rêve se poursuit dans la jungle où la Lady se libère sur les saxophones plein de charme.



La production d'une finesse absolue accroche l'attention et Kung-Fu Boy hypnotise sur le tempo pop-electro de la flûte de pan. La demoiselle concocte des mélodies alternatives, riches d'images, et parvient à nous transporter dans un tourbillon de notes galopantes soutenues par les choeurs. La pop griffée sucre d'orge décomplexée et arrangées avec flûtes, claviers et guitares irrésistibles est en symbiose parfaite avec les mots fondants et parfumés aux effluves yé-yé. L'esprit robotique apparait dans Pico Pico Robot Woman et ses harmonies psychédéliques géniales quand Kabuki Femme Fatale, chanté en japonais, vient orner le tout de noblesse. Kumi l'interprète avec un talent assuré et une vivacité flamboyante y glissant son âme aventureuse et sa culture. Automne Joli propose un synthétiseur cosmique sur le chant enfantin et sautillant pour une déclaration d'amour ravissante. L'ambiance rétro romantique venue de la touche excellente suédoise est très rafraichissante quand Ping Pong Machine et sa télécaster infernale ranime l'esprit sophistiqué japonais. Le dernier titre, Tous les jours, dédié à son enfant est précieusement touchant. Il sonne comme la dernière touche du pinceau sur le tableau Kakubi Femme Fatale montrant une femme qui voyage, s'intègre à un pays, avec des moments de nostalgie et poursuit sa route épanouissante. Je classe l'album de Kumisolo, fabuleuse auteur-compositeur, dans le panthéon de disques pop.
Kumisolo



samedi 9 septembre 2017

The Simple Carnival

Derrière le nom The Simple Carnival se trouve l'excellent musicien et auteur-compositeur Jeff Boller. Touche-a-tout, magicien de la pop, il se déclare volontiers admirateur des Beach Boys, Todd Rundgren, Steely Dan, Fleetwood Mac, Harry Nilsson, Burt Bacharach, Electric Light Orchestra. Il brode, joue et produit des harmonies brillantes chez lui à Pittsburg depuis la signature de son premier bijou de 11 titres Menlo Park EP. Je classe ce premier galop dans la veine easy-listening et le second, Sonic Rescue League Vol 1, comprenant 20 morceaux, davantage dans celle de la sunshine-pop tout comme Girls Aliens Food et ses 12 titres plein de la riche pop soyeuse des sixties. Ces trois albums fabuleux paraissent dans l'année 2015 et je les recommande chaleureusement. Comme le dit notre chère amie Margo Guryan "YAY! Looks like good music is coming back!"



14 février 2017, The Simple Carnival prend son envol avec le magnifique Smitten dont les 11 titres m'impressionnent. Tous les éléments pour séduire sont là : inspiration et instrumentation de qualité avec une interprétation touchante et amusante. Le chant de Jeff est aussi romantique qu'efficace, cristallin à souhait. Ses textes sont délicats, colorés, comme si un gramophone projetait des images sur écran par son pavillon. Les méthodes cinématographiques sont au coeur de l'album, l'essence des chansons et présentes dans les vidéos en 3D qui nécessitent une belle paire de lunettes rouge et bleu. Pour cette méthode adoptée, The Simple Carnival et son équipe récolte en 2016 le prix de la meilleure video du National Stereoscopic Association convention (3D-Con) pour le titre The Problem with Friends.

C'est le sensuel et amoureux Smitten qui entre en piste à l'ouverture de l'album du même nom. Les choeurs roucoulent, la voix de Jeff glisse sensuelle sur le moog langoureux et funky. D'emblée l'auteur américain se distingue et s'illustre comme un maitre de la pop harmonique. Les arrangements délicieux peuvent parfois nous ramener par les bretelles à l'époque jambières fluo et vestes à épaulettes des eighties . Les notes dansantes de Lunch for Dinner et le wah-wah de la guitare entrainent dans un tourbillon de 'hooo hooo haaa haaa' jusqu'au rythme joyeux et virevoltant de la géniale Elizabeth's House. On suit l'aventure du protagoniste qui s'apprête à faire la cour à la dite Elizabeth en se rendant chez elle sur le tempo enjoué. L'ambiance prête furieusement à danser jusqu'au sucré et doux Everything that Grownups Know. Jeff Boller qui assure tous les instruments sauf la batterie menée par Chris Belin, transcende les compositions en remplissant l’espace de sa voix et sous sa cape de designer, transcende ses vidéos en remplissant l'espace de son crayon.



Les line-up de guitares solides et classes resplendissent sur la batterie et la basse sautillantes de Go Away I Like You Too Much quand la ballade A Geek Like Me, au tempo alternatif jouissif pousse à chanter des 'nananana' en choeur avec le maestro Boller. La disco-pop de Kiss Her You Dummy fait hésiter à sortir les boules disco du placard (parce qu'on a déjà pousser la table basse qui bloque l'accès). La mélodie fleurie groovy et sacrément funky se déploie forte et racée. L'ambiance pop poursuit sa course avec le délicieux The Problem with Friends et fait sensation. L'étude des harmonies et arrangements continue éloquente et élegante sur Tornado, dédié aux jeunes parents, voulu sans batterie qui ne manque pas son retour glorieux et rieur sur That Thing We Got, bonbon sonore où la guitare électrique vient s'amuser à la façon Believer des Monkees ou Sugar Sugar des Archies. Les voix qui comptent la participation de Heidi Engel s'envolent guillerettes en chorale avec des yeah yeah qui balancent des vibrations et un feeling ultra positif. Pour finir aussi savoureusement, c'est une version instrumentale de Smitten qui clôt ce disque sublime, empli de hits, impossibles à départager. The Simple Carnival prolifique et inspiré concocte ses chansons comme le maitre actuel incontestable du genre pop 100% disco sunshine et Smitten est une merveille pop ;  cadeau idéal de saint-valentin.
SimpleCarnival




dimanche 3 septembre 2017

Layne Greene

Il y a chez Layne Greene une douce ambiance pop-folk orchestrale qui m'évoque un peu les univers artistiques des Kings of Convenience, Sufjan Stevens, Josh Ritter, Paul Simon tant il nous invite au voyage, à la contemplation au travers des saisons. Le Moog, les guitares et la flûte se mêlent au tempo ajusté par Dale Murray à la batterie également producteur. Avec Layne qui compose, chante, joue du clavier et de la guitare, il y a Alex Lank à la rythmique et au clavier, le guitariste Bryan MacDonald, Fleur Mainville à la flûte et aux choeurs Devon Greene, Adam Johnson et Christina Martin. Cette belle équipe d'excellents musiciens se réunit avec Layne Greene à New Glasgow en Nova Scotia au printemps 2015 pour l'enregistrement de l'opus Everywhere Around Here.



Keepsake de chansons en guise de panoramique pop, l'ambiance dans les villes locales, les couleurs du paysage, l'imagination fertile de ses habitants sorte de chercheurs d'or à la mémoire vive sont déclinées. Le bois des guitares est omniprésent apportant une touche de chaleur brute à l'album. La guitare electro-acoustique y est royale, les voix parfaitement accordées pour offrir un résultat à l'âme aventurière, mêlant la notion de courage des canadiens de la région maritime et rurale à la poésie qu'inspire ces gigantesques paysages aux climats musclés comme le souligne le titre Burdens 'Your God, is hiding in the mountains. My luck, dried up with the fountains. White dove, hiding from the storm. Shadowed from the sun and from the warmth." 
Tandis que Better Ways déroule une mélodie pop sautillante et positive qui parle de musique, d'un ou d'une musicienne qui se trouve dans une quête infinie d'un endroit idéal, le relief de Iron Town se fait plus duveteux. We built this town, on iron waters. We wear ourselves down, With ropes and shovels. La batterie et ses balais caressants accompagnent le violon, le piano et les voix somptueuses.



Le mouvement continue avec le vent dans les arbres et surtout dans les regards animés. Les yeux sont les acteurs majeurs, ce sont eux qui nourrissent les textes et les sentiments exprimés avec la guitare alliée. Small Towns enchaine plein d'essence, en progression allant de l'acoustique à la balade pop en chorale où s'amusent guillerets glockenspiel, piano, guitare et la majestueuse basse 'Old friends are golden, the best we’ll ever know, They’re right before our eyes. Strangers will come and go, we’ll never see the end Of them.' Quiet Places qui suit parle de sommeil tout en nous promenant à la manière de Josh Rouse, parsemant la mélodie solide de pop groovy qui réveille les terminaisons nerveuses. Strangers reprend le thème du titre d'album avec finesse et des harmonies, des rythmiques soyeuses. Les voix en symbiose transportent avec le duo guitare-piano savamment dosé pour reprendre du rythme sur Burdens puis sur l'énervé Mindset où entre la guitare électrique surélevée par la batterie. All We Need This Time résume l'album avec beaucoup de sens. La chanson magnifique pourrait aller comme un gant comme bande originale d'un roman de Benjamin Constant ou de Dorian Gray. Concluant sur son adolescence, ses rêves, ses visions pour passer à l'âge adulte, Layne Greene semble effectivement tourner une page en présentant le 1er mars 2017 son nouvel EP de quatre titres géniaux nommé August. Les guitares sont affûtées, rock'n roll, la batterie chevaleresque, la voix libérée, les thèmes plein de maturité portent des chansons vitaminées et ensoleillées à écouter et à savourer en boucle. Piggledy Pop suivra à l'avenir et au pas le musicien de 24 ans dans ses 'blue mountains' s'il le faut.
LayneGreene



Waitress for the Bees

Waitress for the Bees est le nom qu'offre Emma Hooper à son petit chef d'oeuvre musical pour lequel j'ai un énorme coup de coeur. A l'écoute de sa musique, de ses textes, de sa voix je suis conquise. Canadienne de naissance, c'est en Angleterre qu'elle étudie la littérature et la musique et qu'elle vit depuis. Enseignante à l'université de Bath, la jeune femme est une artiste jusqu'aux bouts des doigts, et ceux là sont en or. En plus de jouer dans diverses formations musicales, de monter son projet solo Waitress for the Bees, Emma Hooper est écrivain. Son premier roman Etta et Otto (et Russell et James) récolte des critiques élogieuses et brillantes de la presse internationale. Emma travaille actuellement au second, Our Homesick Songs qui paraitra au printemps 2018.

Quand elle n'écrit pas, elle compose et se produit sur scène avec son quatuor à cordes le Red Carousel ou bien assure ses concerts en solo, chantant et jouant du violon, violoncelle, accordéon, du luth, du glockenspiel et une multitudes d'autres instruments. C'est une femme orchestre qui a la tête sur les épaules ou dans les nuages, une voix posée et envoûtante, des mots réfléchis et enfantins à la fois. En bonus, la musicienne a de l'humour. Ses chansons balaient des sujets stupéfiants allant des dinosaures aux abeilles sur des arrangements classiques mariés à des harmonies indiepop. Emma Hooper est un sacré personnage, une femme qui préserve son âme d'enfant tout en délivrant son inspiration, sa sensibilité et son savoir artistique avec expérimentation et détermination.



'I wrote my first album about dinosaurs as an homage to the dusty bones of home. I wrote the album in Finland and England, but all the songs are named for dinosaurs from Alberta [Canada], where I’m from. Dinosaurs carry with them the cultural idea of long, deep history, and that’s what I was looking to explore, both on a literal and metaphoric, personal level.'

Après son premier incroyable et surprenant album Albertosaurus en 2010, elle signe la bande originale du film SingSmash en 2012 et revient en 2015 avec CICADANTHEM, plein d'histoires truculentes autour des insectes et des végétaux. Avec Emma à la composition, chant et violon, il y a Pete Gibbs à la basse, James King à la batterie, Jay Chakravorty aux percussions, Charlie Williams au piano qui ouvre le disque sur Phasmida. La chanson contient absolument tous les éléments pour sourire, danser et savourer les métaphores que tous ceux qui sont passés par l'étude du phasme pendant leur scolarité comprendront (délicieuse expérience que celle de décoller tout le lierre sur les murets des voisins pour rapporter le déjeuner des phasmes qui se reproduisent à la vitesse lumière et mangent comme des voraces avant de craquer, de s'en débarrasser et les balancer in fine directement chez les voisins). La vidéo signée de l'excellent photographe et réalisateur Owen Benson est aussi fournie d'humour. 'Starring: Alex, Alfred, Amity, Aubrey, Dylan, Emma, Holly, James, Madeline, Mireille and Reuben'



Suit le magnifique morceau Drone Bee qui voltige majestueux sur les notes du Prélude de Bach, rappelant qu'Emma maitrise la musique classique. Elle papillonne, légère et subtile, entre les accords pour ériger une mélopée fleurie et parfumée d'images qui évoquent le rôle limité, la vie pas marrante de l'abeille mâle, autrement appelé faux-bourdon. Puis les sautillants et vibrants violons de Cordyceps nous content comment ce champignon parasite prend possession des insectes qui viennent le grignoter. Les araignées et fourmis infectées ont leur esprit totalement contrôlé par le parasite qui peut les manipuler à son gré, leur faire faire des mouvements inconsidérés, conduites comme des zombies pendant trois semaines, tuées à petit feu, le champignon se reforme dans les carcasse. La batterie et les cordes pincées sur Drosophila sont flamboyantes et sautillantes pour imaginer la mouche à l'allure de petite abeille aux ailes cristallines qui ne se nourrit que de fruits. Les cueilleurs et marmitons qui font des confitures maison les connaissent bien et pourront chanter cet air frétillant l'été prochain en swinguant dans leurs bocaux.



Le piano joue délicatement l'avancée du Mosquito qu'Emma Hooper fait parler avec un esprit rieur et succulent. Le violon aussi doux que la rosée du matin et les voix en chorale qui s'épanouissent lui apportent un air presque humain et sympathique. L'aventure musicale se poursuit avec The Queen où le chant intime d'Emma est somptueusement touchant. Son jeu avec les cordes pincées et taquinées semble suivre l'envol sublime de la reine de la ruche. Cicadanthem termine l'album avec un tempo discopop, entrainant plusieurs instruments en balade joyeuse, comme le spectacle exceptionnel du monde des insectes qui sur l'archet d'Emma Hooper prennent une allure folle et passionnante. Surement une des plus belles découvertes de ces dernières années, je la poursuivrai en lisant les romans de la musicienne. Waitress for the Bees est bien la reine pour composer des mélodies et tricoter des histoires d'insectes fabuleuses dignes de contes de fées.
EmmaHooper



dimanche 27 août 2017

Colorama

Je suis une fan absolue de Colorama conduit par Carwyn Ellis et de son projet parallèle Bendith. A chaque réception d'album, je suis mordue. Le gallois travaille depuis un an sur Some Things Just Take Time, magnifique nouvel album qui paraitra vendredi prochain, le 1er septembre 2017.

J'écrivais sur Bendith cet hiver et sur Colorama l'an dernier.
"Le Pays de Galles regorge de précieux artistes et Colorama, de Cardiff, y dépose sa pierre pop psychédélique depuis 2008 avec un premier album Cookie Zoo. (...) Entouré sur scène et en studio d'une brillante bande de musiciens, Colorama marque les esprits des poppeux dès cet opus trouvant un public de plus en plus solide au fil des concerts comme celui de Glastonbury en juin 2009 quand son meilleur ami et bassiste avec qui il fonde le groupe, David Fletcher, meurt. Un deuxième album suit en septembre 2009 ; Magic Lantern Show offre des titres en anglais et en gallois, dont Dere Mewn devenu depuis un hymne contemporain pour les gallois. "




"Colorama signe le troisième album Box qui lui vaudra d'être nominé aux Welsh Music Prize et d'imposer le langage gallois au grand public notamment via le quatrième album Llyfr Lliwio écrit à 100% dans sa langue. Carwyn Ellis qui apprend la clarinette en école de musique à 8 ans, complète son éducation familiale musicale avec le basson à 11 ans et plus tard joue de l'orgue, de la guitare et du piano, accompagnant sur scène Oasis, Paul Weller, Shane MacGowan, Edwyn Collins, Van Morrison, Neil Young, Ryan Adams, Stereophonics et Proud Mary."
ColoramaPiggledyPop2016
BendithPiggledyPop2017



Carwyn Ellis, auteur-compositeur, est aussi multi-instrumentiste et producteur, diplômé de la Royal Academy of Music garde son âme d'artisan et cela fait un effet éclatant sur disque. La qualité sonore exigée et cadrée qui parcoure les sillons de Some Things Just Take Time mêlée à l'humilité et à la sincérité offre un résultat émouvant. Colorama marie l'intimité au récit, l'art de composer des mélodies divines pour accompagner des paroles presque cinématographiques. Les décors sont plantés, les lumières ajustées, les personnages présentés et sans prévenir les harmonies surgissent discrètement ou passionnément. Carwyn est un génie pour créer du rêve. J'entends dans ce bijou pop différents styles et des atmosphères variées. Mais surtout j'entends sa mémoire, sa musique et les couleurs de Nashville, l'âme de Johnny Cash, Bing Crosby, Burt Bacarach, Calc, Lee Hazlewood et Glen Campbel. Carwyn est un artiste poète qui se nourrit des voyages, globe-trotter du XXIème siècle tel un écrivain de la beat-generation, il contemple ce qui l'entoure, l'aspire et s'en inspire. Il mémorise et retranscrit sa conscience, joliment ornée, sur partition.

Some Things Just Take Time c'est l'Amérique et son folklore qui l'inspire, celle qu'il foule du pied en 2000 en se rendant dans les studios de Memphis pour enregistrer avec le groupe d'amis the North Mississippi Allstars. Le sentiment qu'il éprouve lors de ce séjour est décrit sur Halcyon Days qui commence le disque. Les titres écrits ont beaucoup de substance comme sauvegardés en l'état d'enregistrement direct pour coller au mieux l'ambiance des concerts live. Le titre Some Things Just Take Time en dévient fort touchant quand la guitare guillerette comme un mustang qui trottine le long du mississippi s'allie au chant subtil de Carwyn.



La ballade stylée pop sixties So so Long, riche de rythmiques où le marteau du piano vient se joindre à la fête, est exquise. En mouvance, tournoyante sur le coffre de la guitare acoustique, la mélodie virevolte et enivre. Les excellents arrangements sont aussi peaufinés grâce à la participation en studio de fabuleux musiciens. Il y a Cody et Luther Dickinson de North Mississippi Allstars aux guitares, piano et percussion, avec Rob et James Walbourne de The Rails, The Pretenders et The Pogues à la guitare, mandoline, dobro et percussions. BJ Cole ajoute sa touche à la guitare et Jason Wilson de The James Hunter 6 à la basse. L'enregistrement compte aussi les batteurs Luca Nieri et Rupert Brown, ainsi que la violoniste Emma Smith de Seamus Fogarty, Meilyr Jones et Hot Chip. It's Not You est une mélopée savoureuse, solide et belle qui est mon coup de coeur parmi les onze trésors. Avec ce titre plein de douceur, on s'abandonne aisément à ses notes brillantes et harmonieuses. L'effet est le même avec la somptueuse guitare et les choeurs délicats de In Your Memory qui relate une lettre écrite par un mineur piégé à sa femme. L'americana entre en piste sur Special Way et sa guitare pedal steel qui fait résonner l'âme du bayou pour évoquer un soutien sentimental positif et fleurissant. Quand Colorama joue Give it a Miss, le piano perpétue un air rétro de l'Amérique des années 30 qui souffle sur le violon. La voix séduisante de Carwyn fait des merveilles. La contrebasse croone chaleureuse et jazzy pour de nouveau nous inviter au dépaysement sur le romantique But of course qui précède l'amoureux I Owe It All To You et ses frissons garantis. La guitare acoustique est magique, ensorcelante, comme sur Long Haired Doney au blues envoûtant et vibrant, au son du rain-stick et des cordes de guitare enregistrées en 2010 à Londres au studio d'Edwyn Collins West Heath Yard Studios et au studio Toerag Studio de Liam Watson qui a travaillé avec les White Stripes. Colorama a finement rajouté un parfum british aux harmonies folk traditionnelles américaines.



L'album se boucle sur la grandiose Baby don't Go, reprise de Sonny & Cher avec une mandoline rayonnante, des envolées de cordes dont parle Carwyn "“I'm a big fan of Sonny Bono's songs and arrangements with their baroque flourishes, always delivered with gusto by the Wrecking Crew. This tune has been in Colorama's live sets ever since we started doing shows back in 2008, and we’ve always looked forward to playing and singing it. And now, I've finally come round to recording it with my very own wrecking crew!”

En attendant la sortie de ce bijou dans quatre jours, un autre très bel objet est à savourer. Le mini-album Avocet Revisited paru ce mois d'août 2017 est un hommage au guitariste écossais Bert Jansch concocté par ses compatriotes Alasdair Roberts,Trembling Bells, Modern Studies et Edwyn Collins qui a invité son fidèle ami Carwyn Ellis à participer. Un des albums majeurs de Colorama, Some Things Just Take Time est évidemment dans mon top 10 de 2017 mais surtout sur ma table de nuit (et de jour). Les instrumentations pleines d'intensité et les arrangements sont parfaitement géniaux. Colorama sait se renouveler et l'album plaira beaucoup sur le continent américain où peut-être l'oiseau lyrique de Cardiff s'envolera un jour.
Colorama



dimanche 20 août 2017

Gentle Hen

Les 14 titres de Sneaking up on the Moon signés de Gentle Hen ont tapé la mesure de mon été 2017. Quelle joie d'apprendre la sortie de l'album le 10 septembre prochain et de pouvoir le découvrir sans attendre, portée au centuple! C'est le génial auteur-compositeur new-yorkais Henning Ohlenbusch qui porte le projet Gentle Hen depuis 2016. Prolifique, inspiré, on ne manque pas de gazoil pop avec le musicien. Il nous transporte dans son monde comme par magie, en claquant des doigts sur sa guitare et en délivrant une sacrée belle énergie. Je suis toujours en lévitation quand j'écoute le 'peter pan' de la pop.




" Henning Ohlenbusch grandit dans le Massachussetts en prenant des cours de piano et de guitare. Plus tard à l’université sa personnalité artistique s’accentue et il étudie la musicologie tout en commençant à composer ses chansons. D’une mère danoise et d’un père allemand, ses influences culturelles et musicales sont vastes. Dès les années 90 il se produit seul avec sa guitare à des open-mic , dans les années 2000 constitue un groupe et forme School for the Dead, puis The Fawns, comptant quasiment les mêmes musiciens qui partent en tournée sur tout le territoire américain. "

" Henning joue également dans d'autres formations comme The Fawns, Sitting Next To Brian, Bourgeois Heroes, Goldwater, dans le passé Humbert, The Aloha Steamtrain, The Greenbergs ou encore a accompagné Winterpills, Spouse, Chris Collingwood, Polaris et Mark Mulcahy. Il y a aussi le projet alt-country The Gay Potatoes où Henning écrit des chansons et joue de la basse entouré de Chris Collingwood, Lloyd Cole, Philip Price et Brian Marchese (...) Depuis il enregistre ses chansons, produit d'autres groupes dans son propre studio à Northampton. Il signe de multiples disques en solo, dont le stellaire Looks Like I'm Tall en 2006, Henning Goes to the Movies en 2011, réunissant de façon originale des chansons parlant de films comme le titre Amélie et son mellotron dévergondé, ou le magnifique single de 2014 Maybe I'm Not Meant To Do Anything Remarkable After All."

HenningOhlenbuschPiggledyPop2012
GentleHenPiggledyPop2016



Une des qualités d'Henning est sa manière de glisser son humour dans ses chansons, son optimisme sans manquer d'être parfois tranchant et sarcastique. The Hold Out ouvre le bal de Sneaking up on the Moon. D'emblée les guitares sont au galop, jouées par Hen et par le génial Ken Maiuri, suivies de la basse assurée avec brio par Max Germer et la batterie tenue par le talentueux Brian Marchese. Puis We're All Stars enchaine avec son tempo aussi vigoureux, ses paroles souriantes, candides qui rendent heureux et décomplexent pour chanter en sautillant comme une teenager. Il ne faut pas se fier à la rythmique vitaminée de We Didn't See Them Until We Did qui offre un texte offensif, dévoilant un ennemi avec des mots mêlés de lucidité et d'exaspération touchante. L'espérance ne nous lâche pas pour autant et Made up Stars l'amplifie avec sa mélodie pop agrémentée de choeurs qui montent et s'élèvent dans les 'stars'. Life of Leisure ramène aux Beatles, avec son orchestration dynamique et joyeuse comme sur Exploding the Past qui étire le sourire béat jusqu'aux oreilles. Le morceau magnifique alterne sur cinq minutes, entraine dans une spirale pop vivifiante. Je pense que certaines cordes de guitares ont dû aussi exploser pendant l'enregistrement. Les étoiles et le cosmos viennent nous envelopper grâce la duveteuse mélodie et harmonies à fleur de peau de Sneaking up on the Moon. Le moment de douceur continue avec California Brown où la voix de Henning somptueuse resplendit sur la guitare pleine de l'âme americana du grand ouest. Sit on Roofs, éclatant de rythmiques et de guitares endiablées nous invite à prendre place sur le toit puis à descendre en rappel gaiment de façon jungle pop ravissante et naive sur A Northern Lake (Erin). College Town offre une mélodie stylée pop sixties dodue qui fait dodeliner la tête bêtement quand Willing to Be Forgiven vient caresser les oreilles avec son air nostalgique et tendre. Puis Misdirection Octopus rappellera aux amateurs de rock psychédélique l'hommage que Henning rend quand passé vient refermer l'album avec le positif The Best News of Our Lives et son tambourin royal.

Sneaking up on the Moon est un album construit comme une bande-dessiné à l'esthétique des Peanuts sur des harmonies pop sixties colorées qui même picorées dans le désordre, sont tellement expressives dans l'instrumentation comme dans le sens qu'elles happent l'attention aussitôt. Il y a chez Gentle Hen, une écriture imagée charmante, des harmonies revigorantes faites de guitares en cascades ou de picking-cords. Les amateurs de Paul Simon et d'Hefner seront séduits.
GentleHen





samedi 19 août 2017

Hales Corner

Hales Corner est originaire de Bloomington dans l'Indiana et formé en 2015, il signe dès le mois de mai 2016 son premier album. Arrivée lors d'une déambulation hasardeuse sur un des titres, je suis restée accrochée sur l'album Garden View. Je l'écoute, en boucle, l'appréciant davantage à chaque fois. En général c'est l'inverse qui se produit. Alors je le grignote dans tous les sens et rien ne me lasse, même pas la très jolie pochette. Leur style est décrit comme 'malaise sunshine rock' et j'entends dans leur style du Tindersticks, Cousteau, Nick Cave, Scott Walker, Mark Kozelek.
C'est Caleb Adams à la guitare et Wesley Cook à la guitare, chant et clavier qui écrivent et s'accordent pour les arrangements accompagnés de Ben Craig à la batterie, basse et clavier. Le trio enregistre et gère le mixage des dix chansons incroyablement matures, sophistiquées et harmonieuses dans la maison de Wesley à Bloomington et accueille depuis un quatrième musicien à la basse, Ryan Boyce.



Le disque commence sur Pale Light et un son de guitare puissant, lumineux. La mélodie pop alterne et zigzague joyeusement entre les gammes et le tempo de la batterie. Le texte sautillant nous dessine le décor : Le personnage décrit ce qui l'entoure, une vue sur l'extérieur de sa chambre et l'odyssée musicale est sublime. Garden view avec son oeil affûté nous invite à suivre la vision de l'auteur humble et optimiste sur la basse groovy et la voix de Wesley, magnifique. L'air réussi nous invite à danser et à chanter le refrain 'That’s all right, might as well stay, A smallish one bedroom, but there’s a garden view'. Puis le regard, toujours lucide, arpente le quotidien peu souriant et se demande Why Aren't You Laughing sur la basse jazzy et boogie quand le génial Futility In Motion arrive avec son air virevoltant et lancinant à l'image des mots moqueurs et sarcastiques sur quelqu'un qui réussit dans la vie et se contente de son état de planqué. Puis Joseph K telle une parabole pop ensoleillée, sur le chant de Wesley si beau et les guitares taquines qui tournent comme des roues nous balade en évoquant le thème de la justice, du réalisme. Hand Me Down, habité et résonnant, offre un schéma alternatif en symbiose avec les paroles oniriques. L'harmonie de If You Come Around continue d'envoûter avec sensualité mise en forme par le tempo langoureux, la voix chaleureuse et le clavier voluptueux. De nouveau, Joseph K Theme nous renvoie au rêve avec sa guitare subtile qui arpente doucement la mélodie pour subjuguer et dématérialiser les pensées avant Return et ses arrangements de guitares, basse, clavier, batterie contemplatifs et perspicaces. C'est un virage à 180 degrés dans le temps et dans l'espace. Le soleil fait une réapparition sur Sundress après avoir brillé sur d'autres titres et Garden View se termine sur un bijou solidement écrit et joué. L'album qui émerge d'une chambre est en perpétuel mouvement et progression et composé à la perfection, il me laisse croire à une fort belle suite des Hales Corner.
HalesCorner

jeudi 17 août 2017

The Proper Ornaments

Les londoniens sont très bien ancrés dans le style pop qui nous anime depuis des décennies. Ce cocktail magique et essentiel des The Proper Ornaments est blindé de mélodies, des voix lo-fi, des instrumentations sans artifice analogique, avec des curseurs sixties comme les Byrds, Beatles, Love, seventies avec les Carpenters, Harry Nilsson, eighties avec les Smiths, Cure, The Field Mice, nineties avec Mercury Rev, Paul Stewart, The Auteurs et 2000 avec Mac Demarco, Ultimate Painting, the Clientele et Elliott Smith.

Ils sont anglais, ils sont quatre, cela vous rappelle quelqu'un?
Le premier single Recalling parait en 2010, feuillu, solide, fort saisissant avec ses distorsions dans les guitares et son chant. Fichtrement bien cousu, son tempo extasiant, tend à danser comme un siou, avec ou sans plumes. Novembre 2011, The Proper Ornaments recharge le fusil et le carquois pour délivrer le somptueux EP Taking the Gamble out of Buying où guitares, basse et batterie sont affranchies ornées de voix profanes qui honorent cette pop naïve raffinée qui, sous cape, est tout un monde underground sensuel .



Aux commandes il y a un artiste qui plus le temps passe, se distingue et devient le parrain du milieu indie. James Hoare écrit sans anicroche des pépites pop, les interprètes avec sa guitare et son grain de voix en nous mettant à genoux. Le génie de James resplendit dans d'autres projets qu'il mène d'une main de velour dans un gant de fer, Veronica Falls et Ultimate Painting. Pour ceux qui ne sont pas amateurs de pop, je précise qu'aujourd'hui, The proper Ornaments, Ultimate Painting, Mazes sont 'the place to be' et surtout 'the bands to see'. James est accompagné de Max Oscarnold du groupe Toy, autre maestro, qui écrit et compose tout en formant l'axe central du groupe. Avec eux, Daniel Nellis joue de la basse et Robert Syme assure la batterie, tels des dieux de la mythologie pop. 2014 annonce le premier album Wooden Head et ses 14 titres néo-psychédéliques fabuleux. 

Cette année 2017, The Proper Ornaments sont de retour avec un disque incroyable comme si le stress et le complexe de faire encore mieux après un succès devenait une légende. Non seulement, ils tapent fort, encore, mais en plus de la maison, enregistré dans le home-studio de James. Travaillant sur piano dans un premier temps, Max et James, multi-instrumentistes, peaufinent les 11 titres, les façonnent à leur guise sans contrainte de temps ni d'argent. Foxhole prend forme!

Les musiciens sont aux manettes de Foxhole du début à la fin. Ils sont ingénieurs, mixeurs, producteurs, toutes ces casquettes ont le mérite d'offrir un bijou pure, sans intervention extérieure, qui sonne comme ils le voulaient, au son minimal avec une production allégée avec des moments de silence, de respiration entre les instruments. Cela offre un résultat soyeux, plein de fraicheur, similaire aux premiers albums de Lennon en solo et d'Imagine dont le groupe est fan.



Le disque commence avec force et beauté en laissant entrer les notes grâcieuses de Back Pages. La guitare envoûtante lance une mélodie rythmée qui s'enroule autour de la batterie et des mots langoureux. L'immédiateté et la spontanéité de Cremated (Blown Away) avancent hardies et vivantes, en ritournelle sage qui alterne avec l'espièglerie quand le piano vibrant de Memories joue de la douceur en demi-teinte dans les mots et l'interprétation aussi fine qu'un rayon de soleil. Le contraste apparait aussi dans la composition et le jeu, décidé et ferme, qui se frotte aux thèmes romantiques et poétiques. Just a Dream poursuit la perfection musicale avec ses inclinaisons et ses changements d'arpèges où l'âme d'Elliott Smith vient planer. Emotion. L'ambiance se retourne avec le titre 69 qui fait des loopings polissons psychédéliques entre les guitares, la basse, le synthétiseur et le piano. The Frozen Stare se glisse dans le sillage des Pink Floyd. Le morceau magnifique est habillé par la batterie qui martèle avec élégance la mélodie, guidant avec audace le chant et les guitares. 
L'endurance des Proper Ornaments ne faiblit pas avec le magique Jeremy's Song qui donne l'impression de sentir la chaleur aux bouts des doigts de chacune des cordes de guitare. Le refrain entêtant offre une instrumentation grandiose et insistante 'keep your head down in the Foxhole'.
Les guitares alternent légères sur When We Were Young pour reprendre la main, entreprenantes, sur les harmonies pop de Bridge By A Tunnel où on se surprend à chanter sur la mélodie. I Know You Know sous ses airs sinueux propose un texte offensif et sarcastique. De façon là encore délibérée, la pudeur des notes coiffée du style Velvet Underground sur The Devils balance entre l'amour et la haine avec poésie offrant ce contre-jour, ce spectre lumineux persistant sur Foxhole.
L'album entier est une réussite! La magie de l'enregistrement à la maison sur un 8 pistes agit et le disque sculpté dans l'or brut, sans artifice, illico envahit les oreilles, tout l'espace et domine les émotions. L'effet épidermique se mêle au psychique. Les cordes de piano surgissent, le bois des guitares craque, le corps de la basse grésille et la peau de batterie se fendille pour créer une entité sonore soignée et intemporelle.
TheProperOrnaments