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dimanche 15 octobre 2017

The Luxembourg Signal

Signés sur le label ami Kleine Untergrund Schallplatten de Augsburg et Shelflife Records de Portland, les américains The Luxembourg Signal sillonnent la planète depuis des décennies avec une dream pop fantastique dans la besace. Basés à Los Angeles, l'indie-pop du groupe passe les frontières pour son dernier album et son joli nom Blue Field paru le 13 octobre 2017 en invitant Bobby Wratten des Field Mice et de Trembling Blue Stars à l'enregistrement. J'aime beaucoup cet ensemble d'artistes qui forme un cocktail puissant de sonorités sur les albums, grâce à leurs expériences, leurs personnalités et leurs diverses influences.



Je les évoque ici même l'an passé : "Voici un groupe qui séduira les amateurs du genre indie-pop, les aficionados de feu Sarah Records et de la Factory. The Luxembourg Signal est un groupe composé de pointures qui signe l'album du même nom en 2014. Cette réunion d'artistes pop qui jouent dans leurs formations respectives depuis des années, comporte le trio de Los Angeles, Aberdeen, Beth Arzy (également dans Trembling Blue Stars), Brian Espinosa et Johnny Joyner, la chanteuse anglaise Betsy Moyer qui enregistre les voix à Londres, Dale Crover des Melvins à la batterie accompagné de Toshi Kasai (acolyte des Melvins), Ginny Pitchford, Dave Newton, ex-guitariste de Fonda et de Mighty Lemon Drops au mixing, accompagné de son ami David Klotz, pilier des Fonda, Daniel Kumiega à la guitare, John Girgus ex-guitariste de Trembling Blue Stars, aux claviers, chant et guitare. Toute cette joyeuse troupe regroupant des talents, de l'inspiration, de l'expérience, nous délivre un album de 10 titres de dream-pop monumentale." TheLuxembourgSignalPiggledyPop2016

Blue Field sorti il y a deux jours est génial. A son écoute, j'entends leur humour, leurs références culturelles, dans une ambiance troisième type où des ovnis grattent le casque audio survolant l'Antarctique et déposant une dose de plutonium pop dans l'ouie. Le premier des dix titres There's Nothing More Beautiful Than A Well-Made Machine annonce d'emblée la couleur électrique planante. La mélodie étreint, sert l'étau avec ses guitares et ses claviers inquiétants. Le synthétiseur poursuit l'invasion des oreilles avec Atomic N°10 où les guitares et la batterie ne lâchent pas la rythmique musclée. L'intensité des arrangements colle aux mots 'the room is on fire, let it burn' avant que la batterie rallume les tambours d'Antartica, au beat pop très dansant. La guitare dévoile des harmonies gothiques romantiques sans pitié. Le style shoegaze impitoyable continue sur Blue Field, virevoltant, envoûtant, une tuerie pop qui fait pogoter frénétiquement les rotules pendant cinq minutes .



J'applaudis le savoureux mélange de talents encore une fois, avec les voix de Beth Arzy et de Betsy Moyer, la brillance de Brian Espinosa à la batterie, le génie de Johnny Joyner à la guitare et de Daniel Kumiega à la basse, auxquels s'allient Ginny Pitchford aux claviers et Kelly Davis à la guitare. Le tempo décolle et prend des allures cosmiques sur Shipwreck avant le gigantesque Are You Numb? qui ramène par les bretelles aux eighties et aux nineties. Le son est parfait avec aux manettes les ingénieurs Ian Catt, Mark Rains, David Klotz et Jon Chaikin au mastering qui me permettent de monter le niveau sonore sans dégâts collatéraux. Et même s'il y en avait... Fall Feeling sort de l'arsenal ses lignes de guitares brit-pop pour accueillir le chant sensuellement pop de Bobby. Malgré la silhouette dark et cold apportée avec soin, Slow Delayed Heart fait rêver quelques secondes avant le réveil vitaminé de Laura Palmer qui débarque avec sa fulgurance des eighties comme si David Lynch revisitait New Order de façon noisy et moshy. The Luxembourg Signal donne le coup de grâce et de classe avec What You're Asking For qui termine l'impressionnant Blue Field que je range chaleureusement dans mes favoris Piggledy Pop 2017.
TheLuxembourgSignal



Glassmaps

Glassmaps est l'alias de Joel Stein, ancien guitariste de Howling Bells, qui signe le premier EP My Head, My Heart en 2014. Son travail solo, écriture et composition, est accompagné d'un esprit d'équipe avec à ses côtés, les batteurs Christoph Schneider et Jaan Siekmann, du bassiste Rob Kerner, du pianiste Joscha Eickel. Comme beaucoup d'auteurs, Joel est sensible aux saisons, aux climats et écrit subtilement sur ces changements du temps comme sur l'amour, les bonheurs, les pertes d'êtres chers. Sa voix particulière apporte une musicalité supplémentaire à ses titres dansants electro-pop qui nous ramènent parfois ce parfum nostalgique de la madeleine de Proust pop : les Beatles.



Je savoure l'album Strangely Addicted et ses 10 fabuleux titres enregistré dans le home studio du bassiste des Killers, Mark Stoermer et qui sortira le 10 novembre prochain. Il attaque avec le piano opéra rock de Strangely Addicted. La batterie pleine de vigueur répond aux guitares offensives pour ce titre amoureux qui dégage une énorme énergie. Puis Summer Rain entre en piste, oxygéné et en force, avec sa guitare électrique, la batterie et la basse assurée par Mark, joliment combatives. La rythmique n'abdique guère grâce au savoir-faire du batteur Glenn Moule sur l'ingénieux Hyponotised et son allure psychédélique accrocheuse. Les effets de voix montent en puissance sur des arrangements judicieux et puissants. I'm sorry déroule deux minutes de douceur sur le chant émouvant amplifié par le microphone Telefunken et une basse sensuelle efficace qui porte sa dose d'optimisme comme dans Future Love qui suit. La mélodie somptueuse est accompagnée d'une solide instrumentation. La soul et le funk viennent hypnotiser les oreilles sur In the ShadowsJoel Stein et ses musiciens brulent d'imagination et de technique jusqu'au formidable Don't Think Twice.



Là, tout le rock britannique carillonne et vibre. Celui des anglais des Hollies, Wings, Searchers surgit sur une huit cordes, une six cordes; Des cordes pincées folk et des choeurs associés, il en pleut des myriades dans le studio où s'entremêlent les banjos, les double-basses et les guitares vintage. Les voix groupées et alliées continuent sardanapalesques sur le jovial Golden Dayze avant d'accueillir la balade langoureuse Inner Place aux mots nostalgiques touchants 'there's nothing wrong remembering' qui plaira aux amateurs de Blur et de Lennon. Avec le splendide Old Friend, l'artiste londonien qui sait marier sa musicalité moderne à des mots charmants old-school au parfum désuet, séduit et montre que la musique reste intemporelle. Strangely Addicted en est un exemple par excellence, fouillé, inspiré, on y entend toutes les influences du rock anglais des sixties aux années 2000. Le génial label Lost in a Manor a saisi cette singularité dans le format des chansons et l'interprétation qui fait de Glassmaps un groupe à suivre et à découvrir absolument.
Glassmaps






samedi 14 octobre 2017

Grimme

Grimme est le nom de scène du musicien-magicien Victor Roux, producteur et artiste esthète. Il brode sa musique comme ses images vidéo pour un résultat homogène et beau. En mars 2017 parait son premier album The world is all wrong but it's all right qui m'accompagne depuis et dont je pioche les titres fréquemment sans me lasser. Originaire de Lyon, il est un auteur-compositeur inspiré qui façonne ses chansons comme des pièces montées où se superposent instruments à cordes et à vent. L'ambiance est pop orchestrale dans un esprit de narration omniprésent et l'auditeur de se forger paysages, couleurs et figures à son gré. Prolifique et complet, après son groupe de 2011 Azrael Victor lance Grimme en 2013, tout en composant en parallèle pour d'autres musiciens comme Laurent Lamarca. LaurentLamarcaPiggledyPop2013


L'album de onze titres commence sur le vertigineux The world is all wrong but it's all right. Les couleurs envahissent les paroles, les notes rythmées du piano galopent pour accueillir des cuivres, des choeurs qui s'élancent élégants. C'est une immersion spontanée dans l'univers Grimme. La pop de From the birds grignote l'attention avec le violon, la harpe et les percussions en cascade.Les mots sont pleins du spectre lumineux. Après les oiseaux, c'est le ' china cat' qui vient se languir sur le somptueux Lordship Lane hanté par la présence de David Bowie. Quand le trombone de I've gone to sleep se glisse sur les cordes, l'atmosphère devient lyrique et onirique. Roses, qui rappelle Painting Flowers du premier EP réinjecte une jolie dose de nuances parfumées nostalgiques. Le piano suit les ondulations du violoncelle et des voix pour nous emmener fureter dans un jardin romantique dissimulé au sein d'une ville.



La promenade sonore nous ramène à Londres avec le spoken words de London Trains avant Spilt violins qui tournoie dans la vie urbaine nocturne. A l'écoute des textes comme celui de Ever More, on distingue les influences anglo-saxonnes de Grimme qui aime Dylan, Beck, Rolling Stones et Johnny Cash. Les harmonies sentimentales du banjo prennent au fur et à mesure de la chanson un profil électrique. La pop élancée orchestrale revient dansante sur Sail On avec son tambourin et son volume mélodique, iodé de bleu. La basse d'Alexandra's palace virevolte, l'instrumentation rebondit, soft et cristalline, accompagnant la magnifique voix de Victor Roux. From a king to a Jack ferme l'album avec délicatesse et harmonie. Les notes composées sublimes se marient aux choeurs éblouissants et au grain de voix en or de Victor. The world is all wrong but it's all right est imagé, poétique, nuancé tant dans l'orchestration que dans l'accompagnement visuel, une réussite, le fruit travaillé et muri d'une belle inspiration.
Grimme



dimanche 8 octobre 2017

Magic & Naked

Magic & Naked est un groupe suisse de pop psychédélique superbement groovy qui nous ramène à l'époque estivale par le bout du nez. Ils sont quatre musiciens solides et inspirés : Elie Ghersinu au chant, à la guitare acoustique, basse et claviers, Léonard Persoz à la guitare électrique, Romain Deshusses à la batterie et guitare électrique, Augustin von Arx à la batterie, flûte et percussions. Se greffe aussi aux percussions un cinquième élément, Marco Guglielmetti. Venant les uns et les autres des formations genevoises The Cats Never Sleep et The Tangerines, c'est Elie qui en 2013 met en place le projet Magic & Naked avec une formule acoustique. Petit à petit, le groupe s'étoffe et le premier album parait en décembre 2015.
Ils aiment et écoutent Syd Barrett, Bowie, JJ Cale, The Beatles et on retrouve de la pop groove country psych folk pour agrémenter leur style musical résolument rock dans le tout nouvel album paru le 8 septembre 2017, Human Expression.



J'adore l'album. Il m'emmène dans mes rêvasseries dès les premières notes, fleuries et irisées, de What's behind that locked door. Symboliquement, ce qu'il y a derrière la porte est une douce lumière tamisée qui jouxte des partitions gonflées à la pop et au chant collectif qui lance des 'pa pa pa' entrainants. Les guitares poursuivent majestueuses et taquines sur All i want to do au profil garage-pop qui se permet un groove subtil avec basse et batterie. La rythmique remarquable sur les voix sucrées et rafraichissantes de My green bird nous rappelle les Beatles avec sa mélodie qui accroche, son clavier sixties et ses guitares qui gambadent princières. Les harmonies énergisantes, peaufinées de The Glance, pop psychédélique sixties, fait opérer le charme. Les arrangements ont de l'allure et scintillent d'élégance systématiquement sur chacune des pistes.



Le groove magique de Bring me the moon déroule un jeu malin de guitares et basse entremêlées qui semblent être tombées dans le chaudron pop. Le chant d'Elie grandiose offre du funk langoureux et brillant sur The Night I Found Out tatouée d'un son underground presque baggy. La flûte vient jubiler et batifoler avec la guitare acoustique sur In the morning quand la balade We Will Lose, dont le style alternatif inspiré et coloré aspire totalement l'attention, vient chevaucher le genre rock-psyché de ses particules acoustiques et électriques. La basse, intense, captivante poursuit sa course folle sur Dark Room qui pousse goulûment à danser et à se dandiner sur les vivifiants tambourin et clap-hands . Les textes amoureux nous prennent par la main pour des visites d'endroits aux décors mystérieux et rocambolesques. To Be A Queen poursuit dans la découverte d'espaces ronds de sensualité ; Idem sur Desert Sky qui démantibule la colonne vertébrale par ses gigotements frénétiques. Les guitares, basse, caisse claire et claviers ferment la marche sur un A Casual Warning habile et assuré. Human Expression est un album fin et abouti, aux titres entêtants et musclés d'inspiration, d'harmonies maitrisées qui guide les Magic & Naked sur le chemin du succès.
Magic&Naked



dimanche 1 octobre 2017

Eoin Dolan + Biggles Flys Again

Biggles Flys Again
Voilà une équipe que j'aime située dans la très belle Galway irlandaise. Ce sont deux spécimens, deux entités qui se sont croisées. Mixées, elles détonnent et délivrent un territoire indie garni de mélodies pop.

Eoin Dolan

Il y a d'abord Conor Deasy que j'écoute depuis plusieurs mois avec son projet Biggles Flys Again. Je l'ai découvert grâce à une vidéo concoctée par le réalisateur-designer compatriote Marc Corrigan. Suivez la flèche ⇒ MarcCorriganPiggledyPop



Le maestro est un guitariste talentueux et un auteur-compositeur ingénieux. Sa sensibilité déposée sur les partitions est d'une beauté infinie. Le premier EP de 2007 expose son univers artistique avec des chansons mélodiques et accrocheuses. Le jeune homme est un musicien qui partage son art avec idée et inspiration; L'EP Biggles Flys Again de 7 titres est varié, enregistré avec un 12 pistes à la maison ce qui lui donne une dimension humaine fort séduisante. Il est suivi le 1er mai 2008 de Chocks Away. Ce qui marque, en plus de la qualité sonore, c'est la musicalité dans la voix délicate, en relief, de Conor Deasy. Une série de singles parait Summer's Coming Soon en 2011, Friends en 2012 et Old Pop Song en 2013 dont je suis friande. Puis en 2013 Biggles Flys Again offre l'album grandiose Remember Saturday reprenant quelques singles et beaucoup de nouveautés, à savourer comme l'EP Chambers, dernière production en date.
En écoutant Conor Deasy, on se promène à son bras, battant la campagne, les saisons, avec son chien en éclaireur, parlant d'amour et musique sur des orchestrations de guitare, basse, piano et glockenspiel.
BigglesFlysAgain



Il y a non loin de là, un autre musicien et auteur-compositeur du nom d'Eoin Dolan. Quand Biggles Flys Again fait une pause en 2013, Eoin apparait avec le majestueux EP Placid Ocean en 2014. Suivi de singles qui annoncent le second EP Something Good, solide et entêtant sur lequel apparait comme guitariste un certain... Conor Deasy. Autour d'eux il y a une bande d'amis aussi talentueux, James Casserly à la batterie, Robin Van Der Klooster à la basse, Maidhc O HEanaigh à la flûte et pour rester en famille, Brendan Dolan est là, au trombone. En 2016, l'album Eoin Dolan arrive avec ses 9 titres somptueux, qui proposent aussi une ballade romantique iodée qui part des côtes irlandaises en larguant les amarres en compagnie d'Ocean Girl pour aboutir à Spain. Les singles suivent avec Rockefeller Christmas Address et I can make you hurt at will en 2016, One Girl et Good human being en 2017 qui accueillent Adam Sheeran à la basse.



Il y a une semaine, le 22 septembre est paru le sublime album Ubique. Eoin Dolan signe les 11 titres, chante, joue guitare et claviers, Conor Deasy est à la guitare et aux voix, James Casserly à la batterie et Adam Sheeran à la basse. L'aventure musicale prend place avec les effets flash-back du jeu de pistes à l'envers sur Good Human Being qui d'emblée m'évoque les Beatles. Ella continue la promenade pop sur des guitares joviales et une rythmique bondissante pour nous inviter à découvrir les grand-parents d'Eoin, Mícheál et Molly Dolan, Frank et Marcella Finn, à qui il dédicace le disque. Une sacrée musicalité émane des claviers et des cordes electro de My Life Grows on You où la basse charismatique et envoûtante, voltige. Elle se met au galop sur la dansante Sea of Hope où le chant analogique sème des particulaires interstellaires et cosmiques comme si John Lennon accompagnait les Neutral Milk Hotel pour une session en studio.



L'ambiance synthpop continue sur Civilized où la poésie s'immisce, planante et langoureuse comme sur It is Good That We Dream offrant des guitares magnifiques au son qui trottine taquin et furieusement funky. L'atmosphère est marine, vintage, avec des arrangements sixties mêlés de modernisme finement explorés comme le montrent l'instrumental Sunset Moon suivi de One Girl, carrousel de notes synthétiques et brutes. Crater of my Heart est un bijou de production blindé d'un romantisme sarcastique. Puis Forgotten Star, qui assure les frissons, est un coup de maitre en écriture et en interprétation, me rappelant cette sensation, cette émotion, à la première écoute de Placid Ocean et son casino en bord de mer. La voix et les mots en écho d'Eoin qui s'accompagne à la guitare sont extraordinaires. Le titre Ubique boucle l'écoute en douceur, aérienne et magique, démontrant qu'Eoin Dolan est un perfectionniste dans ses orchestrations, excelle dans la production pop kaléidoscope gratifiée d'une écriture élaborée.
EoinDolanUbique







vendredi 29 septembre 2017

French Boutik

Groupe pop mods parisien French Boutik apparu en 2012, quator fondu des sixties enregistre ses deux premiers EP, Ici Paris de 2012 et Mieux comme ça de 2014 en Allemagne. Les nouvelles m'arrivent toujours d'outre-Rhin quand French Boutik signe en octobre 2016 son album Front Pop chez Copase Disques, très chouette label de Hambourg.

Gabriela Giacoman au chant, Zelda Aquil à la batterie, Serge Hoffman à la guitare et Jean-Marc Joannès à la basse offrent des mélopées stylées pop 60's à couper le souffle. Avec un esprit très underground et cinématographique à la Truffaut, les titres sont romantiques et drôles, nostalgiques et enthousiastes. On y retrouve autant la fibre de la jeune Françoise Hardy que l'âme rieuse borderline de Nino Ferrer. Les French Boutik sont passionnément mods et pour se dorloter les oreilles avec leurs mélopées, on glisse sans compter les pièces dans le juke box. Gabriella, américaine, apporte sa touche d'exotisme avec son adorable accent. Les chansons sont principalement chantées en français même si l'anglais se faufile de temps à autre.



Serge qui aime The Eggstone, Dutronc, Supergrass, Divine Comedy, Blur fait de la scène depuis les années 80 avec son groupe influencé par les Jam, nommé Les Ventura’s. Puis il fonde le trio Chatterton dans les années 90 avant de rencontrer Zelda dans un bar à Paris où elle est Dj en parallèle de ses groupes Sixtits et Riot Girl. Ils signent ensemble en 2007 le titre Kinky Allumette qui mettra le feu aux poudres et lancera l'idée d'un groupe. Les deux amis rencontrent ensuite Gabriella qui écoute exclusivement de la pop mods, les Zombies. Tous les trois aiment la brit-pop, Paul Weller, XTC, Burt Bacharach, la Motown et jouent souvent en Angleterre accompagnés d'Olivier Popincourt aux claviers. Enfin, Jean-Marc arrive avec sa basse et son appareil photo, domaine dans lequel il excelle. Les French Boutik - avec un 'k' comme Kinks- sont au complet et se trouvent sur le terrain de l'esthétisme, du dandysme rebelle, de l'humour et de la musique.



Dans Front Pop, s'entendent les influences des quatre amis. Il y a de la soul, de la pop garage et psychédélique, des arrangements joviaux sixties et une griffe personnelle qui est la simplicité avec des textes géniaux qui parlent d'amour, d'amitié, de politique. Le Mac par exemple ouvre le disque; Zelda dégaine des paroles succulentes "Ca tourne autour de l'aspect grotesque de cet imposteur (Macron pour ne pas le nommer) et de l'impact qu'il peut avoir sur la société française. Une supercherie, un peu comme une publicité pour une lessive, mais en bien plus dangereux. Là, on est en plein dans l'actualité, je crois". Les Rickenbacker sont rutilantes, le clavier trottine sur les arrangements rock garage et la basse rayonne, avec entrain. Gabriella chante avec mordant 'où sont passées les voix contraires, elles n'ont aucune chance dans la bataille'. Le tempo devient plus groovy et bossa avec Sur mon écran, chanson délicieuse de drôlerie qui évoque une rencontre avec des affinités improbables. Le clap-hands et la batterie y resplendissent et les harmonies déroulent une rythmique solidement dansante. Puis c'est aux médias, aux analystes et journalistes politiques au garde à vous d'en prendre pour leur grade sur Expert où la plume truculente de Jean-Marc dénonce une propagande insupportable, indigeste dont souffrent les français.



Hitch a ride savamment orchestré avec la flûte traversière de Suzanne délivre une sacrée mélodie pop sucrée de fière allure, suivie de la rieuse Je regarde les tigres où flotte l'âme brit-pop. C'est Gabriella qui se frotte au texte avec un esprit taquin pour évoquer les gens qui s'insultent sur les réseaux sociaux au sujet de politique et redescendent de leur belle 'conscience' quand il s'agit de commenter des photos de 'chats'. Serge signe Impitoyable, un clin à Houellebecq par le style incisif et souriant sur des harmonies galopantes comme celles de Le casse qui enchaine, une embardée pop qui dépote en guise de bande son d'un Audiard. Costard italien propulse un air pop musclé typé Eggstone, à la touche moderne psychédélique, agrémentée du style parisien avant la fabuleuse reprise d'Hardy Je ne suis là pour personne, effeuillée avec réussite et honneur. L'esprit dandy arrive avec La chemise déchirée arrangée de claviers pertinents et d'un rythme finement révolté quand The Rent boucle la pépite pop de 11 titres de sa mélodie mellow, son texte fleuri de romantisme et son interprétation élégante. Front Pop de French Boutik est un régal de style, une brillante collection d'harmonies indiepop mods qui réveille et fait fondre les sillons.
Vielen Dank Heinz!
FrenchBoutik
CopaseFrenchBoutik



mardi 26 septembre 2017

Milk Teddy

Milk Teddy, alias du fabuleux guitariste, chanteur et auteur-compositeur Thomas Mendelovits accompagné de son frère Jonathan Mendelovits à la batterie, Alexis Hall aux claviers, Bronwyn Potts à la guitare et Rachel Stanyon à la basse, musiciens de Melbourne, signe le premier album Zingers en 2012.
Paru sur le label australien Lost & Lonesome renommé pour avoir dans son catalogue de véritables petits bijoux pop depuis une décennie, Time Catches Up est le deuxième album du groupe. Les titres sont formidables, du début à la fin. Invitations au voyage, les textes voltigent de villes en villes, de pays en pays, sous fond d'amour et d'indie-pop.



Le génial New York Rhapsody présente d'emblée une ligne de guitares ornée d'une rythmique vivace et fleurie. Les oreilles sont propulsées dans la ville magique et lumineuse grâce au tempo renforcé par le chant éclatant. Sans transition ni silence, la promenade ultra pop se poursuit candide, le nez au vent, sur la fraîche Rock 'n' Roll Cretin. La tête commence à dodeliner frénétiquement sur l'excellente Seletar Airport qui offre une mélodie ingénieuse, vrombrissante à l'image des réacteurs d'avion pour continuer sur la synth-pop envoûtante de Sweet Bells Jangled. La musique pop est à l'honneur, les harmonies de guitares sont formidablement dansantes. Les voix sont aussi élégantes que porteuses de spontanéité. Breakfast Impasto nous propulse dans une ambiance indie stylée et charmante, où l'écho danse dans les cordes. Le chant plane léger au-dessus du plateau de petit-déjeuner où jonglent pommes et muffins de Londres. La batterie revient vigoureuse sur les 'aie aie aie' souriants de la poppeuse Gothic Skyline qui redonne une énergie infaillible à la 'city'.




On retourne en Australie avec la conquérante et amoureuse Dreambone, sa rythmique ensoleillée et ses claviers donnent un sérieux béguin pour la chanson. De manière logique avec l'esprit qui émane des titres par la voix si belle et entrainante de Thomas Enthusiasts suit, bombardant des notes de guitare ardentes et un tempo splendide. L'ambiance devient drôle et alternative sur Mopey Tonight qui déroule une magnifique mélodie, comme sur la surprenante Funny Feeling au son lointain d'un concert live. Puis le glorieux Iron Rose raconte façon spoken-words les aventures d'un couple sur des arrangements originaux et vibrants de sensualité digne d'un céladon pop énamouré. Le disque finit sur un splendide Too Young to Vote Too Old to Cry dreamy et rutilant avec ses cinquante dernières secondes inattendues, rappelant Tokyo et ses kimonos. Les 12 somptueux titres nous font faire un périple géographique et musical dans une veine pop eighties réussie formant un Time Catches Up de toute beauté, une des plus belles signatures de l'année 2017.
MilkTeddy
Post-scriptum :  Je parlais en mai dernier de Milk Teddy dont je suis fan. Pour ceux qui ont manqué la chronique c'est par là MilkTeddyPiggledypop2017




dimanche 17 septembre 2017

Pete Fij and Terry Bickers

Le sublime album de Pete Fij and Terry Bickers, We Are Millionaires, paru en juillet 2017 m'accompagne depuis le printemps et plus je l'écoute, plus il me touche, devenant presque familier et surement addictif. Les deux musiciens ne sont pas des débutants et j'en fais un billet il y a trois ans quand parait leur premier album Broken Heart Surgery que je classe au top des albums Piggledy Pop.



"Pete Fij utilise son nom Piotr Fijalkowski en 1991 à Coventry pour former Adorable qui signera deux albums avant de splitter, puis suit le nom Pete Fijalkowski pour le projet Polak qui signera deux fabuleux albums en 2000 et 2002, formation dans laquelle joue aussi son frère Krzysztof Fijalkowski du groupe The Bardots. Apparaissant parfois avec House of Love, étant ami de longue date de Terry Bickers, en 2008 Pete avec une poignée de nouvelles chansons est prêt à entrer en studio quand un festival l'invite à venir jouer sur scène, il appelle son complice pour l'accompagner. L'idée de travailler ensemble fait son chemin et en 2013, Pete Fij/Terry Bickers édite un premier single, puis plusieurs, qui aboutiront sur Broken Heart Surgery le 7 juillet 2014. Une première version acoustique précède l'album comprenant les reprises réussies, Homeboy de Adorable et Love Vigilantes de New-Order. Quant à Terry Bickers, avec la création de House Of Love en 1986, il ne sait pas encore qu'il entre dans l'histoire de la britpop, de la pop, simplement, et en deviendra un acteur incontournable au mêmes titres que Felt, The Pastels, Teenage Fanclub, The Jesus and Mary Chain, My Bloody Valentine etc."
PeteFij&TerryBickersPiggledyPop2014



Dès l'amorce du disque avec Let's Get Lost Together, on plonge dans l'univers pop autant romantique que rock, poétique et épidermique, où rôde éternellement l'âme de Lou Reed. Les deux artistes réunis sont au sommet de la mélodie, inspirée, efficace, et de la pratique technique. L'introduction de We are Millionaires presse le jus qui va arroser tout le disque de vitamines, de parfums et de notes sucrées. Les guitares aux cordes tendues et gaillardes s'allient élégantes au chant de Pete et de Terry qui en osmose, se répondent et s'accompagnent donnant forme à leur belle et unique amitié.
Pete : "I was interested in having a song that had two males having a ‘bromantic’ moment. I couldn’t really think of anyone else who had done that. We are very different people, and work in different ways, but we’ve learned to deal with each other’s quirks. I quite enjoy the singularity and purity of a duo: there is only us two to hone and discuss the music, and there’s no band politics to work through." "There’s a genuine friendship between us which is very rewarding. I love Terry, and find him exasperating and exhilarating in equal measure, and I sense the feeling is mutual"

La batterie de If The World Is All We Have sort délicatement les balais pour laisser champ libre au clapfingers et à la basse . Les voix subjuguent dans un jeu d'écho pour imager un sentiment amoureux plein d'espoir qui devient délicieusement insistant sur Love's Going To Get You. Là aussi le grain de voix qui joue sur les arpèges en croonant façon Lee Hazlewood réussit à attraper les oreilles sur le tempo langoureux. La romance prend forme sous forme de métaphores, souvent proches du cinéma et de personnages de fiction avec un rythme permanent, hypnotique, qui nous capte et nous cueille. Le bouquet de notes offert, le vigoureux tapis de cordes de guitares sur We Are Millionaires de toute beauté laisse clairement place au désir "We both love downbeat movies (...) Inhabit a monochrome world, where the beat-up hero never seems to get the girl". Puis le réalisme toujours présent entre les lignes se mêle joliment à la poésie de Waking Up où les yeux, le regard sous les cils de velours battent la mesure. L'écriture est classieuse, l'interprétation de Pete qui susurre, charme et mordille est enchanteresse.



La mélodie de Mary Celeste m'émeut avec son mouvement typé Velvet Underground et son personnage mystérieux, qui se dévoile par touches comme un puzzle. Trottant dignement comme dans un film en noir et blanc, un peu ambigüe, d'espionnage ou d'amour, ou des deux, Over You délivre une impression de bande-son cinématographique. En guise de sniper positif, Pete déclame doucement et fermement ses mots mélodieux sur la guitare acoustique. Les arrangements soyeux et inspirés, sa palette d'émotions, sont magnifiques sur I love You . Le chant sensuel aussi tendre que passionné fonctionne à merveille sur les harmonies de guitares ingénieuses. Sous une veste mélancolique, Sometimes Soon dessine tout le positivisme de Pete et le génie de Terry à la guitare qui brille sur tout l'album. Le titre clôt en beauté les neufs titres tout en pensant à la suite. Le duo offre des mélodies et des orchestrations subtiles s'accordant aux thèmes d'une splendeur romantique. We are Millionaires se transforme en voûte artistique emplie d'étoiles. (Coup de coeur pour la pochette d'album signée de la photographe Rosanne De Lange.)
PeteFij&TerryBickers